Studio entre 600 et 700 euros, bourse maximale à 630, UNEF qui chiffre à 1 300 euros le budget mensuel d’un étudiant non boursier… les comptes ne sont pas bons. Décryptage d’une ville devenue une belle vitrine, mais difficile à habiter.
Vous connaissez des étudiants à la recherche d’un logement à Bordeaux ? Pas d’inquiétude ! La future résidence Humanities promet de nouveaux logements aux étudiants et aux jeunes actifs. Mais en pleine crise du logement à Bordeaux, une question se pose : quand un studio peut atteindre près de 800 €, ces nouvelles résidences sont-elles vraiment une solution pour les jeunes ?
À Bordeaux, les loyers augmentent, les logements abordables se raréfient et les résidences CROUS sont saturées. Étudiants, apprentis et jeunes salariés peinent de plus en plus à accéder à un logement stable, même avec un emploi ou une bourse.
Dans cette newsletter, on décrypte la crise du logement bordelais, en quoi elle impacte de plein fouet la précarité étudiante et comment la jeunesse de la métropole se retrouve contrainte de jongler entre loyers exorbitants, logements précaires ou solutions d’urgence pour réussir à se loger.
Cette newsletter a été envoyée à nos inscrit·es le 02 juin 2026.

Le coup de loupe
Être jeune et vivre à Bordeaux, c’est si cher que ça ?
À Bordeaux, le problème n’est plus seulement de trouver un appartement. Le problème, c’est d’avoir les moyens d’y vivre. En une décennie, la métropole s’est transformée en vitrine attractive. LGV, tourisme en hausse, quartiers rénovés… Bordeaux attire toujours plus de monde. Derrière la carte postale, les loyers ont suivi une autre trajectoire : celle de l’envolée.
Aujourd’hui, à Bordeaux, un studio se loue en moyenne entre 600 et 700 euros. Dans les quartiers centraux, les annonces dépassent régulièrement les 750 euros pour moins de 25 m². Et le loyer, ce n’est que le début. Il faut ajouter les transports, l’électricité, l’assurance, les courses… En 2025, l’UNEF estime qu’un étudiant non boursier doit disposer d’environ 1 300 euros par mois pour vivre à Bordeaux. Pour un jeune payé au SMIC — 1 426 euros net — le calcul devient vite brutal et le logement dévore la majorité du revenu.
Alors les trajectoires changent. On s’éloigne du centre. On retourne chez ses parents. On accepte une colocation faute de mieux. Bordeaux continue d’attirer les jeunes, mais elle devient de plus en plus difficile à habiter.
Mais les étudiants ont des aides, non ?
Sur le marché locatif bordelais, les jeunes arrivent rarement avec les papiers rêvés des agences locatives. Pas de CDI, peu d’épargne, parfois aucun garant solide… Dans une ville où les propriétaires peuvent choisir, cela suffit souvent à faire basculer un dossier du mauvais côté de la pile.

Alors beaucoup se rabattent vers le CROUS, le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires. L’organisme public gère les résidences universitaires, les restaurants U et les bourses étudiantes. En théorie, c’est le filet de sécurité du système. En pratique, il craque de partout. Dans l’académie de Bordeaux, près de 78 000 demandes de logement ont été déposées pour un peu plus de 10 700 places disponibles.
Pour les étudiants les plus modestes, il existe les bourses sur critères sociaux. Elles sont attribuées après examen du dossier social étudiant, en fonction des revenus des parents, de l’éloignement géographique ou du nombre d’enfants à charge. En France, plus de 662 000 étudiants étaient boursiers en 2024-2025, soit environ un étudiant sur trois. Le montant varie fortement : environ 145 euros par mois pour les échelons les plus bas, jusqu’à plus de 630 euros pour les plus élevés. Mais à Bordeaux, où certains studios coûtent déjà plus que la bourse maximale, l’aide publique ressemble de plus en plus à un amortisseur insuffisant.
La crise du logement à Bordeaux, c’est de pire en pire ?
Sur le papier, les collectivités promettent de construire. En 2020, l’État, la Région Nouvelle-Aquitaine, Bordeaux Métropole et le CROUS annonçaient 6 000 nouveaux logements étudiants d’ici 2030. Mais cinq ans plus tard, seulement 2 195 logements ont été livrés.
Et les signaux budgétaires, eux, inquiètent. En 2025, la Région Nouvelle-Aquitaine a réduit de 45,5 % ses « crédits de paiement » consacrés au logement des jeunes. Ce sont les sommes versées pour financer les projets déjà engagés — constructions, rénovations, aides concrètes… Sans crédits de paiement, les promesses restent des lignes dans un budget.

Cette baisse a poussé le CESER à réagir. Le Conseil économique, social et environnemental régional rassemble syndicats, associations, représentants économiques et membres de la société civile. Son rôle : observer les politiques publiques et alerter quand elles décrochent du terrain. Pour le CESER, réduire les financements du logement des jeunes alors que les demandes explosent revient à alimenter encore un peu plus une crise du logement déjà installée à Bordeaux.
Le sachiez-tu ?

C’est l’augmentation en seulement un an du loyer moyen à Bordeaux en 2025 — source : le syndicat de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF).
C’est arrivé près de chez nous

Habitats Jeunes Le Levain : un rempart face à la crise du logement étudiant à Bordeaux
« Aujourd’hui, on loge des jeunes qui dorment de canapé en canapé. » Isabelle Garcia, directrice de l’association Habitats Jeunes Le Levain, à Bordeaux énonce un constat d’urgence. Le Levain est une association privée à but non lucratif, appartenant au réseau national des Foyers de Jeunes Travailleurs (FJT). Ce réseau a été créé après la Seconde Guerre mondiale pour faciliter l’accès au logement des jeunes actifs.
Aujourd’hui, l’association bordelaise accueille des 16-30 ans aux profils très variés : étudiants, apprentis, salariés, jeunes en service civique, personnes en formation ou en reconversion. La mixité des profils accueillis fait partie de l’ADN de la structure. « On peut avoir un apprenti boucher, un étudiant en médecine ou quelqu’un qui termine ses études pour devenir magistrat. »
« Notre objectif, c’est l’émancipation des jeunes à partir du logement »
Derrière les résidences étudiantes meublées, Habitats Jeunes Le Levain revendique une mission plus large qu’un simple hébergement. « Nos habitats, ce sont des lieux de vie », explique la directrice. « Notre objectif, c’est l’émancipation des jeunes à partir du logement. »
Les résidents occupent des studios ou des T1/T2 meublés, avec charges comprises (eau, électricité, internet selon les sites), ce qui permet de limiter les démarches à l’entrée. Et le coût moyen d’un logement en résidence Le Levain se situe généralement entre 400 et 500 € par mois, selon la surface et les aides au logement, ce qui reste inférieur à une location classique sur le marché privé bordelais. L’accès se fait sur dossier : les jeunes doivent déposer une demande via l’association ou les plateformes de logement jeunes. Ils sont ensuite orientés en fonction de leur situation (études, emploi, urgence sociale…).

La particularité de l’association est que sur place, des équipes éducatives travaillent auprès des jeunes, dans les résidences. « Ce ne sont pas les jeunes qui viennent à nous, c’est nous qui venons à eux. » Au quotidien, cela se traduit par un accompagnement très complet : aide administrative ou d’accès aux droits, accompagnement vers l’emploi ou vers un futur logement, mais aussi ateliers collectifs et activités culturelles. « On accompagne les jeunes dans leur manière d’habiter, dans leur autonomie et dans leur quotidien », résume la directrice. Déclarations d’impôts, discussion sur le féminisme, sorties à la plage ou séjours au ski… les actions proposées dépassent largement le cadre du logement.
« Notre public principal aujourd’hui, ce sont des jeunes déjà présents à Bordeaux »
À Bordeaux, la crise immobilière modifie profondément le public accueilli. Historiquement, les foyers de jeunes travailleurs étaient conçus pour favoriser la mobilité des jeunes venant d’autres territoires. Désormais, de plus en plus de demandes viennent directement de Bordelais.
« Notre public principal aujourd’hui, ce sont des jeunes déjà présents à Bordeaux qui n’arrivent plus à se loger. » Selon la directrice, avoir un emploi ou une formation ne protège plus de la précarité résidentielle. Certains jeunes démarrent un contrat sans logement stable et passent de solution provisoire en solution provisoire.

« Beaucoup commencent un travail ou une formation sans savoir où ils vont dormir dans deux semaines. » La situation touche aussi les étudiants étrangers, particulièrement exposés aux difficultés d’accès au marché privé. « Depuis l’année dernière, on a l’impression qu’ils ne trouvent plus aucune solution », observe-t-elle. Malgré un emploi à côté de leurs formations, beaucoup se heurtent à des garanties financières impossibles à fournir ou à des discriminations. « Les personnes d’origine étrangère ne sont pas forcément les bienvenues dans le marché privé. »
La crise du logement à Bordeaux explose, les financements fragilisent
Face à l’augmentation des demandes, l’association Habitats Jeunes Le Levain tente de développer de nouveaux projets. Une future résidence est prévue dans le quartier Bastide-Niel et un projet d’habitat flottant est également envisagé aux Bassins à flot.
Mais l’association doit composer avec des moyens limités. Une partie du financement repose sur la Caisse d’allocations familiales et sur des aides liées à la gestion locative sociale. Les subventions locales, elles, ont fortement diminué ces dernières années.
Pour la directrice, le logement des jeunes est devenu un enjeu central d’insertion. « Il faut vraiment comprendre qu’aujourd’hui, le logement est devenu le principal frein à l’insertion des jeunes. »
Pour aller plus loin
🧑🎓 L’Étudiant — « Un étudiant sur trois est mal logé » Une enquête qui montre comment de plus en plus de jeunes vivent dans des logements précaires, éloignés ou insalubres.
🏚️ ReporterTer — « La galère du logement étudiant » Un reportage de terrain qui suit des étudiants confrontés à la pénurie de logements, aux loyers trop élevés et aux solutions de survie pour réussir à se loger.
💯 Emploi, logement, pouvoir d’achat… Quel programme pour la jeunesse ? — Les débats de l’éco, Franceinfo Deux économistes débattent de la place du logement dans les politiques de jeunesse.