Numéro 36
6 minutes de lecture
Mercredi 24 avril 2024
par LA RÉDACTION
LA RÉDACTION
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Aujourd’hui, on parle sécurité sociale de l’alimentation.
Cette newsletter a été envoyée à nos inscrit·es le 16 avril 2024.

À Bordeaux comme ailleurs, les files de distributions alimentaires ne désemplissent pas. Du producteur au consommateur, l’alimentation pose de vraies questions en France. À la rédaction, on s’est questionné sur la Sécurité sociale de l’alimentation et on s’est demandé si cette initiative, expérimentée en Gironde, n’était pas une des solutions ? 

Dans cette newsletter, vous découvrirez ce qu’est la Sécurité sociale de l’alimentation, comment elle fonctionne et l’impact qu’elle a depuis le mois d’octobre 2023 sur certain·es étudiant·es bordelais·es.

Le coup de loupe

C’est quoi une sécurité sociale de l’alimentation ?

La Sécurité sociale de l’alimentation (SSA), c’est une réflexion en cours, pour intégrer l’alimentation dans le régime général de la Sécurité sociale. Ce projet n’est pas mené par l’État mais est porté depuis 2019 par le collectif national pour la SSA, composé d’une trentaine d’associations telles qu’Ingénieurs sans frontières-Agrista ou la Confédération paysanne. L’idée est simple : ils souhaitent que l’accès à l’alimentation soit un droit autant garanti que l’accès aux soins ou le droit de vote.

Comment ? En créant une carte vitale de l’alimentation où seraient crédités 150 €/mois et par personne. Cette somme serait uniquement destinée aux dépenses alimentaires. Ainsi, elle permettrait à une partie de la population de sortir de la précarité alimentaire. Mais pas que : ce projet prône également une alimentation saine, locale et durable pour tous. Le collectif souhaite reconnecter les citoyens avec leur alimentation.

Mais très concrètement, comment ça fonctionne ?

Dans ce projet, les membres s’inspirent très largement du régime de la Sécurité sociale instauré en 1945. Ils se basent sur trois principes. Le premier est que tout le monde doit avoir accès à ce système, peu importe sa situation économique. « Personne ne se sent « assisté » aujourd’hui lorsqu’il utilise sa carte vitale chez le médecin, parce que tout le monde y a droit : il doit en être de même pour l’alimentation ! », défendent-ils.

Le second concerne l’utilisation de cette somme. 150 € d’accord, mais pas pour les dépenser n’importe où. Le collectif souhaite que le conventionnement des magasins soit organisé de façon démocratique par les citoyens. Ce sera à eux de choisir les magasins partenaires. Ainsi, cette SSA permettrait de « créer des circuits de distribution directs entre les personnes qui produisent notre nourriture et celles qui en bénéficient, c’est l’assurance d’un prix juste et d’une alimentation saine »,affirment des défenseurs du projet dans une tribune publiée sur Vert.

Enfin, son mécanisme de financement serait basé sur une cotisation sociale, comme pour la Sécurité sociale. Le collectif souhaite créer une cotisation sociale unique prélevée sur les salaires et les revenus mixtes des indépendants.

Pourquoi la monnaie locale ? 

Si cette idée de sécurité sociale de l’alimentation au niveau national est encore en pleine phase de réflexion, de nombreuses initiatives fleurissent partout en France pour la tester. C’est notamment le cas à Bordeaux, où 150 étudiants reçoivent depuis octobre 2023, 100 gemmes par mois pour faire leurs courses dans les commerces partenaires de l’association. Le gemme, c’est une monnaie locale girondine. Un gemme équivaut à un euro.

« Nous avons choisi de travailler avec La Gemme car l’association avait déjà de nombreux lieux conventionnés en Gironde. Ils travaillent uniquement avec des commerces qui tirent vers le local, le bio ou l’agroécologie, et ça, avec une juste rémunération des producteurs. C’était donc plus facile pour nous. Et puis, ça permet aussi que l’argent ne passe pas dans les mains de l’État », explique Charlotte Boulay, chargée de mission transition écologique au Crepaq, l’association à l’initiative de cette expérimentation.

Le sachiez-tu ?

C’est le pourcentage d’étudiants de Bordeaux Montaigne qui contrôlent leurs dépenses alimentaires. Et parmi eux, 11,3 % sautent des repas.

C’est arrivé près de chez nous

Malgré les nombreuses recommandations du collectif national pour une sécurité sociale de l’alimentation, créer son projet au niveau local n’est pas une mince affaire. À Bordeaux, il a fallu près de deux ans de travail au Centre ressource d’écologie pédagogique de la Nouvelle-Aquitaine (Crepaq), une association qui agit pour une transition écologique et solidaire dans la région et à la Gemme, association qui s’occupe de la monnaie locale girondine, pour lancer une sécurité sociale de l’alimentation dans les établissements d’enseignement supérieur de la ville.

C’est en octobre 2022 que se déroule la première réunion lançant le projet et dans la foulée, une « caisse locale » se crée. Cette « caisse » est le mode de gouvernance de la Sécurité sociale de l’alimentation. Dans celle-ci, on retrouve des étudiants, associations, collectivités ou commerçants, qui échangent et débattent sur le fonctionnement du projet qu’ils vont mettre en place. Lors de ces temps, de nombreuses questions sont abordées. Combien d’étudiants pourront accéder à cette initiative ? Sous quelles conditions ? Combien de Gemmes seront distribuées ? Tout est défini de façon démocratique par les citoyens eux-mêmes.

C’est au cours de ces réunions qu’ils décident par exemple que 100 gemmes numériques seront distribuées par mois, et non 150 comme le préconise le collectif national. Pourquoi ? Car ils souhaitent toucher le plus d’étudiants possible. C’est aussi lors de cette réunion qu’ils décident du coût de la cotisation, dont le montant minimum est de 10 € par étudiant.

Avoir le choix de son alimentation

« L’objectif du projet, c’est de prôner une démocratie alimentaire, pas des colis alimentaires qui sont mis en place dans des situations d’urgence. On veut que les étudiants retrouvent le choix de leur alimentation mais aussi une alimentation de qualité », explique Charlotte Boulay. Et à un mois de la fin de l’expérimentation, le pari semble plutôt réussi.

Angèle Rousselet, étudiante en première année de Staps, le sent :  la SSA a changé son rapport à l’alimentation. Avant, elle avait un budget variant de 100 à 200 € pour faire ses courses et avait parfois recours aux colis alimentaires. Lorsqu’elle allait faire les courses, elle faisait plusieurs fois le tour du magasin pour « prendre uniquement ce dont j’avais besoin et dans mon budget ». Souvent, la jeune sportive se rabattait sur des aliments riches en protéines et peu chers, comme les lentilles. Mais avec ces 100 gemmes, elle « s’autorise plus de diversité dans les fruits et légumes » et a même découvert de nouveaux aliments végétariens comme « le tofu qui était beaucoup trop cher pour moi avant ».

À la fin du mois de mai, l’expérimentation prendra fin et ne pourra pas être renouvelée pour l’année scolaire prochaine. En effet, un projet comme celui-ci représente un budget de 200 000 € et n’a pas pu être autofinancé par la cotisation des étudiants qui étaient trop faibles. Ainsi, les deux associations ont noué de nombreux partenariats pour financer le projet. Parmi eux, on retrouve les collectivités locales de la ville, du département et de la région, l’université de Bordeaux et de Bordeaux Montaigne ainsi que des fondations.

Mais les deux associations prévoient déjà de co-construire un projet pour l’année suivante, incluant un autre public que les étudiants.

Preuve que l’idée d’une sécurité sociale de l’alimentation prend place dans notre département, une nouvelle expérimentation a déjà été lancée en ce mois d’avril, par l’association Acclimat’action. Au total, 200 nouveaux foyers vont tester la Sécurité sociale de l’alimentation en Gironde.

Pour aller plus loin

💰La Gironde se lance dans l’expérimentation d’une sécurité sociale de l’alimentation. Une caisse commune de l’alimentation est officiellement activée auprès de 400 Girondin·es. Objectif : faciliter l’accès à une nourriture durable pour tous·tes.

🎤Bernard Friot, mettre en place une Sécurité sociale alimentaire. Comment favoriser l’ascension d’une alimentation de qualité, accessible à tous ? Pour le sociologue Bernard Friot, le recul de l’agrobusiness ne pourra advenir qu’en instaurant une sécurité sociale de l’alimentation.

📈Inflation : vers une sécurité sociale de l’alimentation ? Plusieurs villes, associations et acteurs locaux expérimentent actuellement une « caisse alimentaire » ou une « sécurité sociale de l’alimentation ». L’objectif : rendre accessible une alimentation saine pour tous, dans un contexte de forte inflation.

– Cette newsletter a été conçue par Mélissa Huon, Thomas Cordet et Clémence Postis.

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