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Mercredi 24 janvier 2024
par Clémence Postis

Aujourd’hui, on se demande si on peut continuer à manger des huîtres.
Cette newsletter a été envoyée à nos inscrit·es le 22 janvier 2024.

Elles font leur grand retour : après trois semaines d’interdiction, les huîtres du bassin d’Arcachon sont à nouveau autorisées depuis vendredi. Si la vague est passée, la contamination des huîtres à un norovirus cache en réalité un problème écologique plus vaste, et illustre notre manque d’adaptation au dérèglement climatique.

Dans cette newsletter, vous comprendrez pourquoi les huîtres ont été contaminées cet hiver, vous découvrirez que ce phénomène n’est pas nouveau, et pourquoi il risque d’être plus fréquent à l’avenir

Le coup de loupe

Comment un virus a-t-il contaminé des huîtres ?

Le 27 décembre dernier, les huîtres du bassin d’Arcachon ont été temporairement interdites à la vente par la préfecture de la Gironde. En cause, la contamination des mollusques par un norovirus, principal responsable de la gastro-entérite

Tous les acteurs de la conchyliculture s’accordent sur l’origine du problème : cette contamination serait due à un débordement du réseau d’assainissement des eaux, après les pluies « centennales » des mois de novembre et décembre. L’eau de pluie s’est infiltrée au réseau des eaux usées, qui sont sorties des canalisations pour atteindre les fossés, puis les cours d’eau pour finalement atterrir dans le bassin. Ainsi, un virus présent dans les excréments s’est retrouvé dans les eaux du bassin d’Arcachon, et a infecté les huîtres. 

Si les huîtres du bassin sont à nouveau autorisées à la consommation, la contamination a mis un coup d’arrêt au travail des ostréiculteurs. Une situation dont ils ne sont pourtant pas responsables : « Ces interdictions temporaires ne sont pas du tout liées au travail des conchyliculteurs », rappelait le secrétaire d’État à la mer, Hervé Berville, dans une interview à Ouest France le 31 décembre.

Les huîtres du bassin sont-elles les seules à être touchées ?

Et non ! Le problème dépasse de loin les frontières de la Gironde. Les huîtres des Landes, mais aussi celles de Vendée, du Calvados et de la Manche, ont été interdites dans les jours qui ont suivi Noël. Toutes ont peu à peu été à nouveau autorisées à la vente.

Mais le mal est fait : si sur l’ensemble du pays, seuls 2,7 % des bassins étaient concernés par l’interdiction début janvier, les ostréiculteurs craignent une perte de confiance de la part des consommateurs : « Il y a eu un effet médiatique sur l’ensemble de la filière partout en France », estime Philippe Le Gal, président du Comité national de conchyliculture, sur France Inter. Une mauvaise pub dont les ostréiculteurs se seraient bien passés pendant la période des fêtes, où ils réalisent près de la moitié de leur chiffre annuel. 

À qui la faute ?

Quelques jours après l’interdiction de vente d’huîtres du bassin d’Arcachon, plusieurs associations de défense de l’environnement ont porté plainte pour tenter d’établir les causes de cette crise et surtout, ses responsables : une première plainte est déposée le 29 décembre par l’Association de défense des eaux du bassin d’Arcachon (Adeba), créée par des ostréiculteurs. Début janvier, la Ceba, un collectif qui regroupe une trentaine d’associations de défense de l’environnement, lui emboîte le pas, avant une nouvelle plainte déposée par la Sepanso Gironde (Société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest).

Toutes pointent un même responsable : le Syndicat intercommunal du bassin d’Arcachon (Siba), qui regroupe les maires des douze communes du bassin d’Arcachon, et est chargé de la gestion du réseau d’assainissement des eaux usées. Les associations l’accusent notamment d’avoir délibérément rejeté dans la nature des eaux pluviales de bassins de rétention et d’eaux usées à Lanton et Audenge.

L’affaire prend de telles proportions que le 12 janvier, le parquet de Bordeaux décide d’ouvrir une enquête, pour « déversement par imprudence ou négligence » ainsi que pour « écocide », une disposition de la Loi climat qui incrimine les atteintes graves à l’environnement.

­Le sachiez-tu ?

C’est, en millions d’euros, les pertes estimées sur le chiffre d’affaires des ostréiculteurs du bassin d’Arcachon, dont 5 millions d’euros en termes de marge brute, selon Olivier Laban, président du comité régional de la conchyliculture Arcachon-Aquitaine, interrogé par Europe 1.

C’est arrivé près de chez nous

Les huîtres contaminées, illustration du déni écologique

Et si l’huître cachait la forêt ? Accusé de véhiculer le virus de la gastro-entérite, le mollusque n’est en fait qu’une victime d’un système d’assainissement des eaux défaillant. Cet hiver, le réseau a débordé, du fait de pluies « centennales » : entre le 26 octobre et le 13 décembre, il est tombé 70 centimètres d’eau, soit l’équivalent des précipitations annuelles. 

Pourtant, le phénomène n’est pas nouveau : en 2019, déjà, les huîtres du bassin d’Arcachon et de Bretagne avaient été contaminées par un norovirus après que des eaux usées ont pollué le littoral. Et là aussi, la Bretagne avait souffert de pluies « inhabituelles » : l’équivalent de 75 % de la pluviométrie annuelle en quelques semaines.

Le problème, c’est que ces pluies centennales pourraient bien devenir décennales avec le dérèglement climatique, et que les infrastructures de traitement de l’eau ne sont pas dimensionnées pour y faire face. Yves Foulon, maire LR d’Arcachon et président du Siba, le reconnaît volontiers : « Aucun réseau en France n’est dimensionné pour ça. Cet aléa climatique dépasse la capacité d’absorption de nos équipements », dit-il à Sud Ouest

L’urbanisation, vraie cause de l’intoxication des huîtres

Les pouvoirs publics semblent vouloir prendre le problème à bras-le-corps : lors d’une réunion avec les acteurs de la filière conchylicole le 15 janvier, Étienne Guyot, le préfet de la Gironde a chiffré à 36 millions d’euros le coût d’amélioration de système de traitement des eaux usées du bassin d’Arcachon, et a affirmé sa volonté « d’accélérer un plan d’investissement ». Celui-ci pourrait être financé par l’État à hauteur de 2,6 millions d’euros, ainsi que par des financements de l’Agence de l’eau et de la Banque des Territoires.

Mais ce plan d’investissement oublie une partie du problème : l’urbanisation effrénée du bassin d’Arcachon et l’artificialisation des sols, qui empêchent l’eau de s’écouler normalement. Au fil de l’urbanisation des communes, de nombreux fossés, appelés « crastes » sur le bassin, ont été comblés ou remplacés par des tuyaux. Ce sont pourtant elles qui permettent d’évacuer l’eau et de réguler la nappe phréatique en cas de fortes pluies. 

30 000 nouveaux logements d’ici 2040

La situation risque bien de s’aggraver : le schéma de cohérence territoriale (Scot), un document de planification et d’urbanisme qui définit les grandes orientations d’aménagement du bassin, prévoit en effet l’artificialisation de 630 hectares supplémentaires d’ici 2030, soit plus de 800 terrains de foot. Le Scot prévoit également la création de 30 000 nouveaux logements sur le bassin d’Arcachon d’ici 2040. En plus de bétonner les sols et de les empêcher d’absorber les eaux pluviales, l’urbanisation amplifie le problème en sollicitant davantage le réseau d’assainissement.

La situation est d’autant plus problématique que le Siba est tiraillé entre deux missions contradictoires : gérer le réseau d’assainissement des eaux, et promouvoir l’attractivité du bassin d’Arcachon. Ainsi, en contribuant à l’arrivée massive de nouveaux habitants et touristes, le Siba accentue la pollution des eaux qu’il est censé combattre.

Alors, que faire ? Ralentir, peut-être. Comme en 2022 en Bretagne, où la préfecture a suspendu les permis de construire sur certaines communes, faute de réseau d’assainissement des eaux capable d’assumer une telle augmentation de sa population. 

Pour aller plus loin

☠️ Délit d’écocide. Parmi les associations qui se sont élevées contre le Siba, l’Adeba a déposé plainte pour « écocide ». France Bleu nous explique pourquoi cette plainte a peu de chances d’aboutir.

🦪 “Certains vont avoir du mal à se relever”. Libé est allé à la rencontre des ostréiculteurs de Gujan-Mestras, qui redoutent de ne pas être aidés à hauteur du préjudice économique.

💩 Comment nos excréments contaminent les huîtres. Reporterre nous explique en détails pourquoi l’intoxication des huîtres relève d’un problème écologique.

🌊 Des huîtres pour nous protéger des tempêtes. Elles peuvent nous donner la gastro, mais aussi nous sauver des catastrophes naturelles : Slate nous explique pourquoi la ville de New-York a réintroduit des huîtres pour lutter contre le dérèglement climatique.

Retrouvez cet article dans le feuilleton :

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