Épisode 12
5 minutes de lecture
Jeudi 8 octobre 2020
par Les Apprenti·e·s
Les Apprenti·e·s
Les Apprenti·e·s sont des jeunes ayant pris part à des programmes d'éducation aux médias, d'initiative scolaire, associative ou individuelle. Certain·e·s ont fait une "immersion" ou un atelier "premier papier" chez Far Ouest.

La classe média de quatrième du collège François Truffaut (Saint-Martin de Seignanx, 40) a réalisé l’an dernier une émission radio d’une heure, diffusée en direct. « Sur un air latino », diffusé sur la radio MKT, évoque des thématiques propres à l’Amérique du Sud.

Le projet Les Apprenti·e·s est un programme d’éducation aux médias développé par l’association Les Ami·e·s de Far Ouest. Dans ce feuilleton, nous donnons la parole à des jeunes qui s’essaient à l’écriture ou l’audiovisuel. Que leurs réalisations soient d’initiatives scolaire, associative ou individuelle, notre plateforme les valorise.

C’est la troisième fois que Stéphanie Lacabanne et Brigitte Anglesio – respectivement professeure de français et documentaliste – dirigent une émission de radio avec les élèves de la classe média, celle-ci centrée sur l’Amérique latine. En février 2020, la 4e5 du collège Jean Truffaut, situé à Saint-Martin de Seignanx (Landes) a enregistré une heure de direct avec l’aide du chargé de mission radio au Centre pour l’éducation aux médias (CLEMI), Éric Bonneau. « Nous faisons d’abord un travail d’écriture, de recherche, de préparation et de collecte de matériaux sonores. Ensuite, ils réalisent de courts fichiers audio qui seront diffusés de l’émission, explique Stéphanie Lacabanne. Et le défi cette année, c’était de réaliser l’interview en direct. »

Cette émission est diffusée sur le blog du CLEMI par la »Radio MKT ». Pourquoi MKT ? « C’est tiré par les cheveux, s’amuse la professeure. Au départ, ils avaient trouvé le nom ‘’Micro 4 Tunes’’ mais c’était beaucoup trop long et imprononçable. Donc cela s’est transformé en M4T, puis MKT. »

L’invitée du jour, c’était la réalisatrice et documentariste franco-uruguayenne Maiana Bidegain. Interrogée sur son film « Secretos de lucha » (Secrets de lutte), elle retrace en une dizaine de minutes une étape clé de sa vie, durant laquelle elle reconstruit son histoire familiale : ses parents, activistes uruguayens opposants au régime, s’étaient engagés dans la résistance avant d’être contraints à s’exiler au Pays basque dans les années 70. Après cette interview, différents thèmes autour de l’Amérique latine ont été balayés durant une émission d’une heure : une interview du réalisateur de La Llorona (La pleureuse), un point sur les traditions culinaires, le football, la musique, sur les festivités de El Día de Muertos (Le jour des morts)…

Un travail de mémoire

La classe média, ouverte en 2017, a rencontré un franc succès dès sa deuxième année : une soixantaine d’élèves avaient candidaté, un chiffre qui ne baissera pas pour cette rentrée 2019-2020. L’émission « Sur un air latino » sera finalement réalisée par un groupe de 28 élèves.

« Je suis professeure de français, mais enseigner la littérature sans contexte historique est souvent difficile, donc nous faisons des ponts. Et les programmes de français et d’histoire se suivent toujours », explique Stéphanie Lacabanne. Avec le dispositif « Collège au cinéma » – dans lequel s’inscrivait cette classe – les élèves ont pu découvrir le film Enfance clandestine, qui raconte la vie d’un petit garçon brésilien dont les parents sont opposants au régime.

Ce sont justement les films qu’on a vus qui ont déclenché la thématique de l’émission.

Alors, pourquoi l’Amérique du Sud comme point d’ancrage ? La classe média, qui se rend chaque année au festival Latino de Biarritz, a pu rencontrer le réalisateur de La Llorona, Jayro Bustamente, réalisateur de La Llorona. : « On avait fait une interview de ce réalisateur, en début d’année. Ce sont justement les films qu’on a vus qui ont déclenché la thématique de l’émission », explique Stéphanie Lacabanne. À raison de trente minutes par semaine entre la fin du mois d’octobre et l’enregistrement du direct en février, les élèves se sont documentés sur l’histoire de l’Amérique Latine.

La professeure de français n’a pas eu de difficulté pour contacter la documentariste Maiana Bidegain : « J’ai eu son neveu en classe pendant deux ans. Je connaissais son travail, nous avons donc pu rencontrer facilement ses parents. » Un témoignage de deux heures sur leur passé en Uruguay et leur exil en est né, enregistré directement par les élèves. « Ils ont raconté ce que Maiana Bidegain a retracé dans son premier documentaire Secretos de Lucha, et ensuite, on a fait le lien avec son travail de cinéaste », relate Stéphanie Lacabanne.

Le travail d’écriture

Julie, 13 ans et élève de troisième dans ce collège actuellement, a beaucoup apprécié l’exercice et notamment les recherches nécessaires à ce direct : « J’aime beaucoup ce qui a un rapport avec le journalisme, s’enthousiasme-t-elle. Depuis que je suis petite j’aime écrire et cette option webradio m’a plue ! » Écrire, à la radio ? Pas si paradoxal pour la jeune fille : « Ce n’est pas totalement de l’écriture mais il y a une partie de script pour savoir ce que l’on va dire. »

Pour elle, l’exercice le plus difficile a été la préparation des questions : « Nous avions fait des recherches sur ses documentaires, nous l’avions d’abord interrogée sur l’un d’entre eux qui avait été récompensé par des prix ». En l’occurrence, celui du meilleur documentaire Cinéma et Culture Amérique latine à Biarritz, et celui du meilleur film d’Histoire à Pessac. À quatre, les collégiennes s’étaient réparties les questions et avaient introduit deux fichiers sonores tirés de l’interview des parents de Maiana Bidegain.

« Il y a eu un gros travail collectif, qui s’est fait avec l’aide du Rahmi. Cette association a tout un processus auprès des scolaires, à qui ils apprennent à relancer, poser des questions », explique Stéphanie Lacabanne. Donnant-donnant, puisque l’association a pu récupérer l’enregistrement de ce témoignage oral pour le mettre ensuite dans ses archives. Des témoignages qui avaient marqué Julie : « Ils ont vécu une histoire difficile en Uruguay, et nous nous identifiions à eux lorsqu’ils la racontaient », se souvient la jeune fille.

Stéphanie Lacabanne a aussi fait cet exercice pour que les élèves puissent cadrer au mieux leurs questions : « Les réponses données ont permis de rebondir sur le travail de Maiana Bidegain, en sachant que l’on ne pouvait pas faire une interview trop longue. Il fallait faire des choix, en respectant la contrainte du format. Une heure, c’est déjà intense pour eux. »

La peur du direct ?

L’intervenant du CLEMI est donc venu avec un studio mobile la veille de l’enregistrement pour préparer le terrain : « On fignole, on fait des filages, on répète, on se trompe, on reprend ! » explique la professeure de français. Mais pas de répétition pour l’interview : « Maiana est venue assister au dernier filage le matin, mais nous avons mis un blanc au moment de son passage pour garantir une certaine spontanéité. »

Julie a trouvé l’exercice de l’interview moins compliqué à gérer que le direct : « C’est un peu dur car il ne faut pas se tromper ni faire de fautes. Même si les auditeurs ne connaissent pas le script, ils peuvent le remarquer. » Stéphanie Lacabanne nuance : « Le fait qu’il n’y ait pas d’image et que cela soit en format radio, ça aide. Et ceux qui n’ont pas envie de faire le direct peuvent occuper un poste technique : ils lancent les sons, manient les boutons de la régie… ».

Finalement, les élèves – qui ont tous participé aux montages sonores – ont découvert le travail que doivent opérer les journalistes radio : « Ils n’imaginent pas le travail d’écriture que cela nécessite ; ils pensent se mettre derrière un micro et que tout vient naturellement, comme par magie. Donc ils prennent conscience de tout ce travail de recherche, de documentation, de vérification des sources. » Un exercice qui visait également à leur faire découvrir les métiers du journalisme et la technique qui y est liée, une expérience qui a ravi Julie : « J’aimerais faire plus de reportages ».

Les Apprenti·e·s
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