Épisode 2
6 minutes de lecture
Jeudi 25 juin 2020
par Les Apprenti·e·s
Les Apprenti·e·s
Les Apprenti·e·s sont des jeunes ayant pris part à des programmes d'éducation aux médias, d'initiative scolaire, associative ou individuelle. Certain·e·s ont fait une "immersion" ou un atelier "premier papier" chez Far Ouest.

Le 27 février 2020 se tenait l’avant-première du documentaire « Woman » au Cinéma Bordeaux CGR Le Français, qui révèle les injustices subies par les femmes dans le monde. La séance était suivie d’un débat avec cinq associations défendant les droits des femmes : Baskets Roses, Nouveaux Cycles, HeForShe, BURN’ettes et STOP Harcèlement de rue 33. Chacune d’elle s’est mobilisée sur certaines problématiques du film pour illustrer les enjeux auprès des spectateurs présents lors de cet évènement.

Le projet « Les Apprenti·e·s » est un programme d’éducation aux médias développé par l’association Les Ami·e·s de Far Ouest. Dans ce feuilleton, nous donnons la parole à des jeunes qui s’essaient à l’écriture ou l’audiovisuel. Que leurs réalisations soient d’initiatives scolaire, associative ou individuelle, notre plateforme les valorise. Pendant une semaine, Sami est venu en « immersion » chez Far Ouest faire un sujet autour du ciné-débat sur le film « Woman », qui révèle les injustices subies par les femmes dans le monde.

Sami El Azaar : Passionné par le cinéma, j’adore discuter d’un film pendant des heures après l’avoir vu avec des amis ou ma famille. Connaître ainsi leur ressenti, savoir s’ils l’ont trouvé passionnant, effrayant, choquant ou triste. Pour moi, parler d’un film a toujours facilité mon interaction avec les autres, cela me permet de me rapprocher socialement des personnes sur un sujet en commun. Je me suis dit qu’un ciné-débat, c’était un peu comme les soirées de discussion que je faisais avec mes amis après avoir vu un film ou une série, mais avec beaucoup plus de personnes. Donc je me suis renseigné sur cet évènement qu’était le ciné-débat sur le film WOMAN et je voulais partager avec vous cette première expérience à travers cet article.

Il existe encore des inégalités entre les sexes, mais de plus en plus de personnes se questionnent sur les violences et les inégalités que les femmes subissent tout au long de leur vie. Le film documentaire Woman en retrace certaines problématiques à l’échelle mondiale. Morgane Gâcon, cofondatrice de l’association Nouveaux Cycles, clame qu’il faut « montrer au public que ce n’est pas qu’une histoire dans un film documentaire, mais que ça existe dans la vraie vie ! »

Un film ancré dans la réalité

Woman repose sur près de 2 000 témoignages de femmes de tout âge, de tout horizon ; des personnalités féminines provenant de plus de cinquante pays sur des sujets variés comme la maternité, l’éducation, le mariage, l’indépendance financière et la sexualité. C’est le reflet du monde actuel qui libère la parole des femmes, en montrant la charge mentale, mais aussi physique que doivent surmonter les femmes au quotidien dans notre société.

L'écran diffusait une présentation de l'association Nouveaux Cycles, qui lutte pour une éducation à la santé des femmes.
L’association Nouveaux Cycles venait informer des alternatives locales au manque d’éducation sur la santé des femmes. Photo : Sami El Azaar.

Le long-métrage débute sur une magnifique introduction poétique et artistique, qui m’a touché au plus profond de mon être. Certains passages m’ont surpris, attristé et même dégoûté. J’ai ressenti beaucoup de compassion pour ces femmes qui ont lutté et luttent encore tout au long de leur vie. Le courage qu’elles ont eu de tout raconter devant la caméra donne envie de les féliciter pour cela.

Morgane Gâcon, cofondatrice de l’association de prévention sur la santé féminine Nouveaux Cycles, s’émerveille : « La réalisatrice Anastasia Mikova est juste géniale, elle a beaucoup donné de sa personne dans les interviews. Nous voyons des bribes qui durent 30 secondes pour chaque femme, qui développent trois heures de témoignage pour essayer tranquillement d’amener la personne en toute confiance et de dévoiler divers éléments de son vécu qui vont émouvoir. »

Un voyage dans différentes cultures

« On a toutes énormément de questions parce qu’il y a des tabous et on n’est pas forcément toutes égales face à ce sujet-là, explique la cofondatrice de Nouveaux Cycles Morgane Gâcon. La sexualité est un peu compliquée pour celles qui n’ont pas eu d’éducation dans la sexualité. » L’association intervient pour soulever un point important : « Chaque culture de la femme dans le monde n’a pas la même vision de la sexualité. » Le documentaire questionne l’excision, et d’autres questions intimes. « Ce film est une levée de tabous ! » s’exclame-t-elle.

Pour la jeune association présente lors de cet évènement, « ce film est un voyage avec une culture très large […] où les différentes thématiques qui sont présentées nous ont fortement touchées. » Ce débat est l’occasion d’avertir le public présent des alternatives locales pour lutter contre les violences, de dire « que si l’on veut avoir des infos, nous organisons différents évènements et sommes à l’écoute », souligne Morgane Gâcon.

Nous voulons toucher ces communautés qui n’osent pas poser de questions sur la sexualité et le domaine médical ou gynécologique parce que c’est tabou.

En se replaçant dans une perspective locale, la jeune femme développe : « Sachant que notre association est située à Cenon, rive droite, où il y a énormément de communautés féminines de différentes cultures, nous voulons toucher ces communautés qui n’osent pas poser de questions sur la sexualité et le domaine médical ou gynécologique parce que c’est tabou. » L’association souhaite « apporter des réponses aux différentes ethnies qu’on a en France, où l’on est plus ouvert. Pas sur tout, car d’autres pays sont légèrement avancés, mais on souhaite faire évoluer les mentalités »

« Que peut-on faire à notre niveau ? »

« Ce soir, on va voyager dans 50 pays. Mais nous, que peut-on faire à notre niveau ? interroge Murielle Nguyen, fondatrice de l’association féministe Baskets Roses. On va revenir à Bordeaux, parce qu’il y a aussi des ressources locales. » L’animatrice de la soirée vante « la richesse de ce ciné-débat, qui est de se ramener sur ce qui se passe sur notre territoire. » Par choix, elle n’avait pas encore vu Woman : « Je voulais créer la découverte, c’est-à-dire être au même niveau de connaissance que le public. L’émotion est importante, de voyager, et je m’autorise à m’en nourrir en même temps. »

L’association Baskets Roses vise à sensibiliser sur les violences physiques ou morales en créant des moments de rencontre et d’échange comme ce ciné-débat. Pour la présidente de l’association Murielle Nguyen, « nous n’avons pas les mêmes niveaux d’information, de sensibilisation selon les pays. Il y a le patrimoine, on n’a pas tous la même liberté d’expression. Et parce que cette violence “conjugale” est millénaire dans toutes les populations confondues, pour les femmes d’un côté, mais aussi les hommes. On a beaucoup de boulot à faire pour que l’on arrête ces actes et que l’on soit tous équitables, car il existe encore des inégalités. »

La fondatrice de Baskets Roses, Murielle Nguyen, devant l'écran qui diffusait le film "Woman", évoque les injustices subit par les femmes.
Murielle Nguyen, qui a fondé l’association Baskets Roses, a animé le ciné-débat. Photo : Sami El Azaar.

L’association Baskets Roses présentait aussi son court-métrage « cycle de la vie », qui incite les femmes à avoir confiance en elles, « être bien dans ses baskets ». « Il est venu en complément du long-métrage Woman pour son côté esthétique avec la beauté féérique qui permettra de voir des violences qui sont difficiles à aborder, » développe Murielle Nguyen. « Les choses se sont bien faites ! s’exclame l’entrepreneuse bordelaise, nous avons sollicité les cinémas pour diffuser le court-métrage de l’association parce que quand on entre dans une salle de ciné, on se recentre, on est détaché de notre quotidien. » Elle explique également avoir choisi « de ne pas être moralisateur, d’être ouvert à tous et de se parler à soi-même en prenant du recul ».

L’entrepreneuse ajoute « qu’il y a une méconnaissance des différentes cultures et il y a une certaine honte chez les femmes de raconter que son cœur, son corps est meurtri ». Pour elle, il s’agit alors « de montrer comment avoir ce courage, d’appeler, d’aller voir une association et de porter plainte. La force de Woman » et de « cycle de la vie » est de casser cette chaîne de violence ».

Vers une conclusion positive

Selon la cofondatrice de Nouveaux cycles, Morgane Gâcon, « on parle beaucoup de choses négatives dans ce film, mais il ne faut retenir pas que ça ». Si les associations apportent une aide, elle ne veut pas que cela aboutisse à une « dramatisation et que la femme ne soit vue que comme une petite chose ».

Est-ce que Dieu ne serait pas une femme ?

La fondatrice de Baskets Roses Murielle Nguyen, quant à elle, est confiante pour l’avenir : « Nous allons fêter les 43 ans du droit de vote des femmes et aujourd’hui, je suis dans l’espérance qu’on a progressé. Donc c’est aussi cette once de progression qu’il faut mettre en lumière. […] On a aussi la richesse d’ouvrir les frontières aujourd’hui, d’avoir la mondialisation. Alors ouvrons aussi cette ouverture d’esprit au niveau mondial, » élargit-elle.

Le film Woman s’est terminé sur cet aspect joyeux où les différentes personnes interrogées se décrivent, le sourire aux lèvres, en un seul mot : forte, décidée, fière, puissante, heureuse, guerrière, sans peur, héroïque… Finalement, comme le dit l’une d’entre elles : « Est-ce que Dieu ne serait pas une femme ? »

Le film Woman continue d’être diffusé au cinéma CGR Le Français jusqu’à fin juin.

Les Apprenti·e·s
Les Apprenti·e·s sont des jeunes ayant pris part à des programmes d'éducation aux médias, d'initiative scolaire, associative ou individuelle. Certain·e·s ont fait une "immersion" ou un atelier "premier papier" chez Far Ouest.
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