Épisode 11
7 minutes de lecture
Vendredi 11 septembre 2020
par LA RÉDACTION
LA RÉDACTION
Nous sommes un média en ligne, local, indépendant, sans publicité et sur abonnement. Nous voulons partir de chez nous, du local, pour ancrer des histoires et des personnages dont le vécu interroge notre place au sein de la collectivité.

Même si les classes populaires passaient plus de temps sur les devoirs que les autres, la « continuité pédagogique » des deux mois sans école a creusé les inégalités. Romain Delès est revenu sur son enquête menée avec Filippo Pirone du Centre Emile Durkheim pendant le confinement auprès de 64 000 établissements scolaires.

« Il vaut mieux l’école à l’école que l’école à la maison si on veut éviter le creusement des inégalités. Néanmoins, l’école à l’école telle qu’elle se met en place depuis le 11 mai, ce n’est pas une vraie école : la responsabilité de l’éducation scolaire reste endossée par les familles. »

Pour évaluer l’impact de la « continuité pédagogique » sur les inégalités, Romain Delès et Filippo Pirone, chercheurs à l’université de Bordeaux, ont mené une enquête auprès de 64 000 établissements scolaires et reçu 30 000 réponses entre avril et juin. Romain Delès nous livre leurs premières analyses.

« On voit que 90 % des parents répondants disent avoir le temps pour faire la classe à la maison, et il n’y a pas de variation entre les milieux sociaux. Les classes populaires déclarent passer 3 h 16, en moyenne, par jour à l’accompagnement scolaire, contre 3 h 13 dans les classes moyennes, 3 h 7 dans les classes supérieures, et même 2 h 58 chez les enseignant·e·s. Ça remet en cause cette espèce de mythe de la démission parentale dans les milieux populaires.

Malheureusement, la “continuité pédagogique”, c’est-à-dire l’école à la maison est clairement plus inégalitaire que l’école à l’école. »

Mais pourquoi ?

La nature des exercices.

« On demandait aux parents s’ils faisaient faire des exercices alternatifs, en rapport indirect avec la leçon, et dans ces techniques d’accompagnement, on se rend compte que les classes supérieures sont plus actives.

Les classes populaires sont dans des stratégies d’acquisition du savoir scolaire qui sont très directes : on récite la leçon, on est en parfaite adhésion avec la consigne formelle. Néanmoins, on ne mène pas, dans ces milieux-là, tout un travail de décodage de la consigne scolaire.

Donc on a vraiment des styles pédagogiques qui sont socialement différenciés. Or, les savoirs scolaires reposent sur des implicites, et il y a des familles capables de décrypter ces implicites, et d’autres laissées à leurs schémas de perception qui sont plus immédiats. »

Les différences générationnelles

« Le taux de bacheliers dans une génération passe de 30 % en 1985 à 60 % en 1995. Les enfants sont confrontés, parce qu’ils vont dans des scolarités de plus en plus longues, à des apprentissages scolaires de plus en plus sophistiqués, et les familles restent peu diplômées, donc font face à la difficulté d’accompagner leurs enfants. »

La fracture numérique

« Il existe effectivement des inégalités d’équipements, mais elles ne sont pas très élevées : 11,4 % des familles populaires déclarent avoir une connexion qui pose problème, contre 8,9 % des familles de catégorie sociale supérieure.

Par contre, quand on pose une question sur le sentiment de compétence informatique, on se rend compte que l’écart est beaucoup plus important : 45 % des classes supérieures se sentent tout à fait capables de répondre aux exigences techniques, numériques, de l’école à la maison, contre seulement 31 % des classes populaires. »

Des relations saines

« On a posé une question assez simple : ‘Avez-vous de bonnes relations avec vos enfants hors période de confinement ?’ À peu près 80 % des parents qui déclarent avoir de bonnes ou plutôt bonnes relations avec leurs enfants.

Juste après, on pose la même question, mais on dit : ‘Dans l’expérience spécifique de l’école à la maison ?’ Et là, les choses changent. On observe une aggravation des relations dans tous les milieux. On passe de 80 % de bonnes relations à 76 % de bonnes relations dans les classes supérieures. Mais quand on regarde dans les familles populaires, on passe de ces 80 % à 68 %. Une relation apaisée, sereine, bienveillante, va créer un climat favorable aux apprentissages.

Ce qu’on demande aux parents quand on leur demande d’être patients, c’est de retrouver finalement une forme de distance relationnelle qui est celle de la relation qui existe à l’école entre l’élève et le maître.

Néanmoins, quand on donne à l’Éducation nationale, à l’instruction publique, le pouvoir de former autrement que par la culture familiale, on fabrique plus d’égalité entre les milieux sociaux. Donc la solution est probablement à chercher dans une éducation scolaire plus forte et plus égalitaire. »

LA RÉDACTION
Nous sommes un média en ligne, local, indépendant, sans publicité et sur abonnement. Nous voulons partir de chez nous, du local, pour ancrer des histoires et des personnages dont le vécu interroge notre place au sein de la collectivité.
Dans le même feuilleton

Le compostage participatif

Impossible de composter en appartement ? C'est oublier le système du bokashi.

On ne joue pas, on boxe

"On joue au foot, on joue au tennis... mais on boxe, on ne joue pas."

La cravate solidaire

« L’habit ne fait pas le moine, mais il y contribue. » Voici la devise de l’association la Cravate Solidaire. Pour les recruteurs, l’apparence est une source importante de...

LOGICIELS LIBRES & SOUVERAINETÉ

"Un logiciel fermé est une menace pour la souveraineté de toute organisation, quels que soient son niveau et sa taille."

Le sexisme dans la boxe

"Les hommes avaient des bourses afin de se concentrer sur leur pratique sportive, alors que moi j'avais un travail." L'autrice, comédienne et triple championne du monde de boxe...

Pride sauvage, (cis)tème brutal

La Marche des Fiertés commémore chaque année l’insurrection de Stonewall. Évènement pilier de la lutte de la communauté LGBTQUIA+, elle a été annulée suite à la crise sanitaire...

La mort écolo

Entre l'embaumement, l'importation du cercueil, la crémation... Et si votre mort gâchait tous vos efforts écolo ?

Sanctuariser la terre

« Terre de Liens s’inscrit dans le changement que doivent opérer l’agriculture et les paysans dans leurs pratiques. » Alors que la Nouvelle-Aquitaine est la 1ère région agricole...

Courses : temps calme pour les autistes

Lumières moins fortes et bruits réduits : le supermarché de Langon a mis en place deux heures de temps calme tous les mardis. Ces temps calmes permettent aux autistes et...

Réforme scolaire : toujours plus d'inégalités

« On peut presque prédire quelle sera la trajectoire scolaire d’un élève à six ans et c’est extrêmement problématique. » Vos enfants rentrent à l’école ? Votre famille, vos...

L'école à la maison creuse les inégalités scolaires

Même si les classes populaires passaient plus de temps sur les devoirs que les autres, la « continuité pédagogique » des deux mois sans école a creusé les inégalités. Romain...

Sabine Delcour : Odyssée dans l'empire du milieu

SABINE DELCOUR. Dans sa nouvelle série, la photographe nous plonge dans la frénésie urbanistique de la Chine et la vertigineuse transformation de la ville démesurée, connectée...

Yoyo vidéo : le dernier vidéoclub

Au début des années 2000, La France comptait 5000 vidéoclubs. Aujourd’hui il en reste à peine sur cinquantaine sur tout le territoire. Parmi eux, Yoyo Vidéo, le vidéo club du...

Le dernier Gilet Jaune

Terminé le mouvement des Gilets Jaunes à Bordeaux ? Pas pour Patrice qui tient le piquet de grève tous les jours sur son rond-point.

La low-tech au quotidien

Difficile de se débarrasser de ses outils technologiques alors que peu d’alternatives durables semblent accessibles. L’association Low-Tech Bordeaux essaie justement de...

Ze Drive : les courses zéro déchets

Faire ses courses rapidement grâce au drive, tout en réduisant ses déchets par le vrac : c’est le pari de Ze Drive. Le supermarché sans déchet propose des retraits à Libourne...

La créativité musicale des enfants

Le producteur bordelais Müca Ozer a créé des ateliers d’éveil musical électronique destinés aux enfants dans le but de réveiller leur créativité. Avec des capteurs...

Spiruline bio : la Ferme de l'or vert

À la ferme de l’or vert, située à Bruges, Arthur et Fatima produisent leur propre spiruline bio depuis août 2020. Cette cyanobactérie, surtout utilisée comme complément...

Klaus compagnie : danser en fauteuil roulant

À Bordeaux, la Klaus compagnie inclut les personnes handicapées avec des danseurs et danseuses valides. Elle permet aux premiers de s’exprimer sur scène ou dans les cours de...

Bordeaux-Montaigne : des étudiant·es en détresse

Pour analyser l’ampleur du mal-être étudiant et proposer des solutions pour y répondre, plusieurs associations de l’Université de sciences humaines Bordeaux Montaigne (UBM) ont...

Le Pourquoi Pas Café met la culture locale sous enveloppe

Contraint de fermer ses portes depuis le 28 octobre dernier, le Pourquoi pas Café culturel se réinvente. Afin de lutter contre l'isolement en ces temps de crise sanitaire...

Le quotidien des sans-abris "confiné·es dehors"

Paris, mars 2020. Dans une capitale nocturne vidée par le confinement, le journaliste bordelais Julien Goudichaud a filmé la nuit de ceux qui dorment dehors. Son court-métrage...

Sortir du traumatisme du licenciement

Le sentiment après un licenciement se rapprocherait du stress post-traumatique. C’est la thèse avancée par Luc Biecq dans son Guide d’autodéfense du licencié, paru en 2019. Il y...

La mort civique : dépasser la vieillesse

Une personne âgée, moins indépendante qu’un enfant ? Marianne Blin, autrice de la conférence gesticulée "ridée... mais pas fanée" dénonce les idées reçues sur "les vieux"....

50 ans de féminisme

En 1977, Anne Raulin, avec un groupe de femmes, traduit et adapte le livre américain "Notre Corps, Nous-mêmes" sur la santé féminine. 50 ans après, l’autrice Marie Hermann le...

Ces épisodes pourraient vous intéresser
Histoire(s) Noire(s)

Lamine Senghor, poumon de la lutte anticoloniale

Lamine Senghor, poumon de la lutte anticoloniale

France, fin des années 1920. Malgré sa santé fragile, Lamine Senghor lutte pour améliorer les conditions de vie des anciens tirailleurs sénégalais, dont il fait lui-même partie....
Soutenez Revue Far Ouest !

Nous avons besoin de 1 000 nouvelles souscriptions pour continuer à exister.

Découvrir nos offres d’abonnement