Épisode 38
6 minutes de lecture
Lundi 29 novembre 2021
par Louise Saubade
Louise Saubade
Jeune journaliste plurimédia, je me passionne pour les nouvelles écritures numériques, en particulier la vidéo web et le podcast. Je m’intéresse de près aux sujets de société, culture, solidarité, initiatives et solutions, mais aussi aux questions de genre et à l’actualité internationale. Mais mon premier amour demeure et restera l’information de proximité.

Obi, nigérian sans papiers, a fui son pays il y a dix ans pour rejoindre l’Europe par la voie de la Méditerranée. De camps en squats, le rappeur a composé de nombreux morceaux pour raconter son quotidien, avant d’être repéré à Lyon. Le Rocher de Palmer lui a ouvert ses portes dans le cadre de sa « Migration positive ». Une résidence itinérante qui devient acte de création et enrichit culturellement les territoires qui l’accueillent.

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La scène musicale du Rocher de Palmer est plongée dans le noir. Le visage grave, Obi s’avance sur scène. Une musique électronique démarre et soudain, le jeune homme de 34 ans devient solaire. Accompagné de trois musiciens, le rappeur scande ses textes dans un anglais appuyé aux couleurs nigérianes. La magie opère : la trentaine de spectateur·rices venu·es assister à cette représentation à Cenon, le 31 mars, se déhanchent au rythme des paroles. Portés par un style mélangeant rap, électro, afro trap et soul, ses textes abordent des thèmes forts comme l’immigration, la clandestinité et la résilience.

Obi est un migrant sans papiers. Né au Nigeria il y a trente-quatre ans, il a traversé la Méditerranée par le Maroc il y a dix ans pour fuir un conflit ethnique. De camps en squats, d’Espagne en Italie, en Suisse ou en France, il a composé et enregistré plusieurs titres sur son petit ordinateur dont il ne se sépare jamais pour raconter son quotidien de migrant, en marge de la société.

Repéré en 2019 par le musicien Cédric de La Chapelle dans un squat à Lyon, le jeune homme présente aujourd’hui ses premières productions au cours d’une résidence itinérante baptisée « Migration positive ». 

Fuir pour survivre

Assis avec nonchalance sur le bord de la scène en bois, Obi se présente au public. « Mon nom est Obinna Igwe et je viens du Nigéria, raconte le rappeur en anglais. J’ai décidé de quitter mon pays parce que là-bas, iels veulent se débarrasser des habitant·es du Biafra. » 

Situé dans la partie sud-est du Nigeria, le Biafra fut entre 1967 et 1970 un État sécessionniste, avant d’être réintégré au pays. « Nous nous sommes battu·es pour obtenir notre indépendance, poursuit Obi. Mais le gouvernement nigérian ne veut pas nous laisser partir alors il continue de nous purger. C’est pour ça que je suis parti. »

« Ici, quand tu meurs, rien n’arrive. Ce n’est pas comme en France, où il y aurait des manifestations, se désole le chanteur nigérian, qui appartient à l’ethnie Igbo. En Afrique, des choses peuvent arriver et personne ne dit rien. Car si tu dis quelque chose, ça peut t’arriver aussi. Si ces choses-là arrivent à des gens, elles peuvent m’arriver aussi. »

Des squats à la scène musicale

Obi est aujourd’hui sur scène avec le musicien Cédric de La Chapelle, qu’il a croisé dans dans le squat lyonnais du collège Maurice-Scève. Ensemble, ils interprètent le fruit de résidences dans différentes salles de France, dont La Sirène à La Rochelle. Patrick Duval, directeur du Rocher de Palmer, n’a pas hésité un instant à prendre part à cette « Migration positive », dont l’association SOS Méditerranée est partenaire. 

« C’est un projet itinérant construit autour de la personnalité d’Obi, détaille Patrick Duval. Afin de faire avancer son travail, l’idée a été de monter une sorte de résidence itinérante dans plusieurs villes. Il y a eu la Sirène à La Rochelle, le Rocher de Palmer à Cenon en ce moment, et prochainement Lyon. À chaque fois, il y a un temps de travail pour les musiciens mais aussi un temps de rencontre avec des bénévoles de SOS Méditerranée, des étudiant·es, des journalistes. »

Car pour le directeur de la salle cenonnaise, « la musique est un vecteur d’intégration. La musique doit permettre de trouver sa place aujourd’hui dans la société. Elle peut aider quelqu’un à trouver un métier afin de vivre de ce qu’il sait faire. En l’occurrence, dans le cas d’Obi, de la musique et de l’écriture. »

Un rêve qui se réalise

Obi a commencé à composer pour raconter son exil forcé et son errance géographique. « Là où je vivais, ce n’était pas un endroit normal comme ça devrait l’être et ce que je raconte n’a rien à voir avec la vie normale que chaque humain devrait avoir. Je pense que j’ai cette musique en moi et que c’est en moi depuis longtemps. »

Aujourd’hui, Obi a repris la route vers de meilleurs horizons. Cet été, au Printemps de Bourges, le rappeur nigérian jouera en première partie de la chanteuse Ayo et partagera la scène avec Gaël Faye. « J’ai hâte de rencontrer le public lorsque cela sera possible, se réjouit Obi. J’attends ça depuis si longtemps. Je suis prêt à rencontrer le public, j’en suis sûr. J’y pense depuis longtemps, ça représente beaucoup pour moi. C’est un rêve qui se réalise. »

Louise Saubade
Jeune journaliste plurimédia, je me passionne pour les nouvelles écritures numériques, en particulier la vidéo web et le podcast. Je m’intéresse de près aux sujets de société, culture, solidarité, initiatives et solutions, mais aussi aux questions de genre et à l’actualité internationale. Mais mon premier amour demeure et restera l’information de proximité.
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