Épisode 11
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Jeudi 23 juillet 2020
par Clémence POSTIS
Clémence POSTIS
Journaliste pluri-média Clémence a pigé pour des médias comme NEON Magazine, Ulyces, Le Monde ou encore L'Avis des Bulles. Elle est également podcasteuse culture pour Radiokawa et auteure pour Third Éditions.

Septembre 2019 : Charlotte Monasterio lance avec d’autres femmes le collectif Collages Féministes Bordeaux. Printemps 2020 : elle va à l’hôpital pour une dépression sévère. Il est facile d’oublier la charge mentale du militantisme, la fatigue physique et morale, la culpabilité de ne pas tenir le coup. Charlotte Monasterio a envoyé à la rédaction un texte où elle partage son expérience, sa fatigue et sa rage. Retrouvez ici des extraits de ce SOS, commentés et expliqués par la militante en plein burn out.

Merci à Charlotte Monasterio de nous avoir permis d’utiliser ses photos pour illustrer cet article sur le burn out militant.

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« Je suis épuisée. Cela fait 6 mois que nous nous sommes rencontrées, réunies et organisées chez moi, suite à l’appel de Marguerite [Stern]. […] Du travail à la chaîne avec 40 nanas surmotivées dans une maison. Surmotivées… plutôt Suroppressées.

Minuit : Coller ; 4 heures : rentrer ; 5 heures : traiter les photos ; 11 heures : communiquer, répondre, réfléchir à comment frapper encore plus fort. Encaisser ce chiffre qui ne cesse de grandir. »

Tous les deux jours, le nombre de femmes assassinées augmente. Et encore : il est le plus bas possible puisqu’il ne compte pas les femmes trans et les travailleuses du sexe.

Nous nous sentions capables de faire quelque chose pour changer la situation et cette injustice énorme. Ou au moins, obliger les gens à lire nos collages. Les actions sont épuisantes physiquement. Lorsque nous avons bloqué le film de Polanski à l’Utopia, les gens nous poussaient, nous insultaient… La police nous surveillait et nous ne savions pas s’ils allaient nous arrêter.

Les collages se faisaient à partir de minuit. À quatre heures du matin, je rentrais m’occuper des photos, avant de passer la journée à recevoir la presse et les personnes intéressées pour nous rejoindre.

C’est une triple peine : il faut supporter la charge mentale, la charge physique, et supporter le monde dans lequel on vit.

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« J’ai plongé de toute mon âme dans cet activisme, en très peu de temps, aussi parce que ce combat c’est toute mon enfance et adolescence. Trop peu de temps. 3 mois. Si peu et à la fois si intense. […]
Se renseigner en permanence sur l’actualité et le passé pour éviter de faire une erreur, devoir tout connaître, savoir le dire de façon correcte, ne pas s’énerver sinon on ne nous écoute plus. Prévoir les questions pièges.
Piège. C’est bien de ça dont je me suis rendue compte, la société consciente du sexisme tente quand même de nous piéger : tant que nous ne serons pas toutes incollables et capables de nous exprimer de la façon la plus convaincante qui soit, nous serons décrédibilisées. »

Dès qu’on se trompe dans les chiffres lorsque l’on parle à la presse, tout le monde le reprend. Alors même que nous n’avons dormi que deux heures et que les chiffres commencent à s’emmêler un peu. Je n’étais pas parfaite tout le temps pour répondre à la presse, et cela me stressait énormément. Nous avions peur que nos propos soient ensuite déformés dans les articles.

Aujourd’hui, Lila s’occupe de la partie presse. Elle n’est jamais satisfaite des articles, parce que tout est toujours modifié. Alors on culpabilise : si cela a été mal retranscrit, c’est qu’on s’est mal exprimé.
Il y a aussi les pièges posés par les gens. Je me souviens d’une nuit de collage… Deux personnes, agressives, nous expliquent que nous ne devrions pas coller les noms de femmes que nous ne connaissons pas.

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