À La Réole, la microbrasserie Y’a une sorcière dans la bière, brasse autant de houblon que de féminisme. Et rappelle que la chasse aux sorcières, c’était aussi une histoire d’argent.
Quel est le rapport entre la bière et une sorcière ? Tout ! La figure de la sorcière a toujours eu une place importante dans notre imagination. L’image la plus convoquée dans la culture populaire est celle d’une femme sur son balai volant, avec un chapeau pointu et une longue cape noire.
Cette représentation de la sorcière s’est vraiment installée au 19° siècle, avec l’essor de la littérature fantastique. Mais, déjà à l’époque, ces représentations s’inspirent d’une époque bien plus ancienne. Une époque où brasser de la bière était un savoir ancestral de femme.

On se représente souvent le brasseur comme un homme bien musclé, un vrai mâle alpha qui exerce un métier physique et difficile. Et ceux qui la consomment comme des groupes de supporters virils à un match de foot. Mais si on fait un retour au Moyen-Âge, c’est une autre histoire. À cette époque, la bière est fabriquée par les femmes : le brassage a toujours fait partie de leurs tâches domestiques.
Brasser la bière, une affaire de femme… et de sorcière
Ce savoir-faire a ensuite été récupéré par les hommes dans une quête de profit. Grâce à leurs ventes de bière, les brasseuses devenaient financièrement indépendantes. Une position qui n’a pas plu aux messieurs qui ont décidé de leur confisquer cette activité et de les diaboliser.
Se réapproprier ce savoir et informer sur son histoire, c’est ce qui anime Véro et Véro.
Accusées de sorcellerie, les brasseuses sont obligées d’abandonner la fabrication de la bière si elles ne veulent pas être victimes de la chasse aux sorcières. Les hommes récupèrent ainsi les techniques, le marché et les gains, tandis que l’histoire des femmes brasseuses – et donc de la bière – tombe peu à peu dans l’oubli.
Chaudrons et balais à brasser
Et en parlant de sorcellerie, l’attirail de la sorcière semble être un héritage du costume de la brasseuse. Le chapeau pointu ? Un couvre-chef qu’elles utilisaient pour être repérées facilement sur les marchés. Le chaudron ? Le récipient dans lequel elles concoctaient la boisson. Les balais ? Elles s’en servaient pour touiller le brassin. Sans oublier le fameux chat noir pour faire fuir les souris de leurs réserves de blé.

En bref, les femmes brasseuses ne sont donc pas passées entre les mailles du filet du patriarcat. Aujourd’hui, femmes brassant de la bière sont une minorité : difficile de dire combien de brasseuses professionnelles oeuvre en France – certains parlent de moins d’une brasseuse pour dix brasseurs.
Certaines reprennent tout de même une activité de brasseuses dans une démarche féministe. Se réapproprier ce savoir et informer sur son histoire, c’est ce qui anime Véro et Véro : elles ont créé leur microbrasserie à La Réole, Y’a une sorcière dans la bière. Pour Popex, Laura est partie brasser à leurs côtés !
Un sujet tiré de l’émission PopEx « Les sorcières modernes de Nouvelle-Aquitaine» (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Laura Brunet.