Épisode 15
3 minutes de lecture
Mercredi 18 mars 2026
par Kinda Luwawa

En Creuse, en Corrèze, en Haute-Vienne, l’interruption volontaire de grossesse est légale, remboursée, et pourtant difficile d’accès. Déserts médicaux, manque de personnel formé, trajets de 70 kilomètres : dans cette région peu dense, obtenir une IVG dans les délais relève encore du parcours du combattant.

Dans le Limousin, accéder à une IVG reste un véritable parcours du combattant pour celles et ceux qui en ont besoin. En Creuse, par exemple, le Centre hospitalier de Guéret est le seul lieu où des avortements, qu’ils soient médicamenteux ou chirurgicaux, sont pratiqués. Pour pallier ce manque, les centres hospitaliers et plannings familiaux de la Haute-Vienne, de la Creuse et de la Corrèze collaborent étroitement. Leur objectif : assurer une prise en charge de personnes souhaitant avorter, le plus près possible de chez elles et dans le respect des délais légaux. 

Limousin 70 km pour une IVG

Car à Guéret, l’équipe médicale, composée de trois praticiens et d’une sage-femme, fait face à une charge de travail importante. Chaque année, c’est près de 180 IVG qui y sont réalisées. À lui seul, l’hôpital assure autant d’IVG que les départements dans la moyenne nationale. Pas de solution miracle : le personnel ne compte pas ses heures. « Je ne devais pas travailler aujourd’hui, mais avec le nombre d’IVG programmées, j’ai dû réajuster mon emploi du temps », confie Valérie Picot, la sage-femme conventionnée de l’établissement.

Mais face à cette offre dispersée, un défi majeur persiste : celui de la mobilité des patient·e·s. En effet, si une personne de Tarnac en Corrèze souhaite avorter chirurgicalement, elle doit parcourir pas moins de 70 kilomètres jusqu’au centre le plus proche, à Limoges en Haute-Vienne. Une contrainte en termes de temps et d’argent, car si l’IVG est gratuite en France, les frais de déplacement eux ne sont pas pris en charge. C’est un obstacle supplémentaire pour les personnes en situation de précarité.

femme en voiture

Alors pour alléger ces difficultés, des initiatives locales ont vu le jour. En Creuse comme en Corrèze, les salariés du Planning familial peuvent accompagner les patient·e·s vers leurs lieux d’avortement. De leur côté, les centres hospitaliers s’efforcent également de limiter les trajets inutiles. « Pour les patientes qui habitent loin, on essaie au maximum de regrouper leurs rendez-vous sur un même jour », assure Valérie Picot.

Aucun médecin généraliste conventionné 

Malgré ces efforts, plusieurs obstacles demeurent. Le manque de personnel qualifié, notamment de sages-femmes formées à l’IVG en Limousin, met les services hospitaliers sous pression. Et la médecine de ville, qui pourrait offrir des IVG médicamenteuses, est encore peu développée dans la région. En Creuse et en Haute-Vienne, aucun médecin généraliste n’est conventionné pour pratiquer des IVG, laissant de nombreuses personnes sans options accessibles. 

Difficile également de s’adapter aux nouvelles mesures avec peu de ressources. L’allongement du délai légal de l’IVG à 14 semaines voté en 2022 n’est pas encore applicable partout en raison de la technicité de l’opération. Et pour la méthode d’anesthésie, là aussi le choix est moindre. Pour l’essentiel, elle sera générale, car l’anesthésie locale au niveau du col de l’utérus nécessite elle aussi une formation supplémentaire. « Normalement c’est les patients qui choisissent le choix de l’anesthésie. En l’état, notre rôle c’est surtout de rassurer les réfractaires », pointe Valérie Picot. 

Plusieurs docteurs et infirmiers

« Ce que cela traduit, c’est un manque de moyens pour les organisations qui luttent pour les droits et la santé des femmes », explique Isabelle Doyon du Planning familial de Peyrelevade en Corrèze. Pour répondre à cette problématique, les animatrices du Planning familial ont créé des permanences itinérantes à bord d’un camion aménagé. « Une de nos missions c’est aussi de sensibiliser à la contraception et à l’avortement en amont, afin que les personnes concernées sachent quoi faire en cas de besoin. »

Dans le même feuilleton

Mon gynéco, mon mari & moi

Tout au long de leurs vies, la gynécologie accompagne les femmes. Mais que faire quand celle-ci nie leurs choix individuels ? Stérilisation, IVG, examens routiniers… Entre...

Contraception : du latex et des hormones

« Et toi, tu utilises quoi comme contraception ? ». Pour de nombreuses femmes, le choix de la méthode contraceptive peut devenir un vrai parcours du combattant, entre mal...

Violences médicales : la bataille des gynécos

Dans la lutte contre les violences gynécologiques, la médecine se prend des claques. Mais au sein de la profession, une prise de conscience semble émerger, petit à petit.

Gynécologie : à l'écoute

Après le feuilleton Écartez-vous Mesdames, son auteur Gabriel Taïeb a participé à une émission spéciale sur Radio Campus Bordeaux avec l'illustratrice du feuilleton Manon Jousse...

Renaître après l'excision

Marie-Claire Kakpotia Moraldo est née en Côte d’Ivoire. Excisée à l’âge de 9 ans par une tante, elle choisit de faire en 2016 une opération de reconstruction pour devenir « une...

« Débiliser le corps féminin »

Coline Gineste est une ancienne doctorante en éthique du soin, autrice du mémoire de recherche et du projet de thèse « l’impact du sexisme sur la qualité des soins en...

La nouvelle éducation féministe

À l’occasion de la table ronde « Tout le plaisir est pour moi » organisée par Revue Far Ouest ce 5 juillet à l’I.BOAT, nous avons eu envie d’élargir nos perspectives. Nous nous...

L'égalité des cerveaux

"C'est seulement à l'âge de deux ans et demi que l'enfant s'identifie au masculin ou au féminin."

Féminicides : « On ne veut plus les compter »

Depuis quelques-jours, des centaines d’affichettes honorant la mémoire des 102 femmes mortes en France en 2019 sous les coups d’un compagnon, d’un mari, ou d’un ex-mari, ont...

Burn-out : les femmes au bûcher

Très médiatisé, mais encore peu reconnu, le burn-out toucherait aujourd’hui plus les femmes que les hommes. Créée pour accompagner et sensibiliser, l’association L’Burn propose...

Féministe : le burn out militant

Septembre 2019 : Charlotte Monasterio lance avec d’autres femmes le collectif Collages Féministes Bordeaux. Printemps 2020 : elle va à l’hôpital pour une dépression sévère. Il...

Du désir au viol : la réalité du consentement

Le consentement peut paraître simple : oui, c’est oui et non, c’est non. La doctorante en sociologie Alexia Boucherie est l’autrice de « Troubles dans le consentement : du désir...

Congé menstruel pour les agent·es de la Région

Malgré le rejet d'une proposition de loi visant à créer un congé menstruel de deux jours par mois, la Région Nouvelle-Aquitaine a décidé de faire partie des employeurs...

La bière est une affaire de sorcière à La Réole

À La Réole, la microbrasserie Y'a une sorcière dans la bière, brasse autant de houblon que de féminisme. Et rappelle que la chasse aux sorcières, c'était aussi une histoire...

IVG en Limousin : le droit existe, le chemin reste long

En Creuse, en Corrèze, en Haute-Vienne, l'interruption volontaire de grossesse est légale, remboursée, et pourtant difficile d'accès. Déserts médicaux, manque de personnel...

Célibat volontaire : pourquoi des femmes choisissent de rester seules

Camille, Sarah, Manon ne se connaissent pas. Pourtant, elles ont fait le même choix : rester célibataires. Pas par résignation, pas « en attendant ». Mais parce qu’elles ont...

Ces épisodes pourraient vous intéresser
Newsletter

L'extrême droite se sent pousser des ailes à Bordeaux

L'extrême droite se sent pousser des ailes à Bordeaux

Aujourd’hui, on plonge dans la vague brune. Cette newsletter a été envoyée aux inscrit·es le 7 novembre 2023.
Newsletter

Drag queens à Bordeaux : belles de nuit

Drag queens à Bordeaux : belles de nuit

Aujourd’hui, on vous emmène à la rencontre des drag queens à Bordeaux. Cette newsletter a été envoyée aux inscrit·es le 14 mars 2023.
Soutenez Revue Far Ouest !

Nous avons besoin de 1 000 nouvelles souscriptions pour continuer à exister.

Découvrir nos offres d’abonnement