En Creuse, en Corrèze, en Haute-Vienne, l’interruption volontaire de grossesse est légale, remboursée, et pourtant difficile d’accès. Déserts médicaux, manque de personnel formé, trajets de 70 kilomètres : dans cette région peu dense, obtenir une IVG dans les délais relève encore du parcours du combattant.
Dans le Limousin, accéder à une IVG reste un véritable parcours du combattant pour celles et ceux qui en ont besoin. En Creuse, par exemple, le Centre hospitalier de Guéret est le seul lieu où des avortements, qu’ils soient médicamenteux ou chirurgicaux, sont pratiqués. Pour pallier ce manque, les centres hospitaliers et plannings familiaux de la Haute-Vienne, de la Creuse et de la Corrèze collaborent étroitement. Leur objectif : assurer une prise en charge de personnes souhaitant avorter, le plus près possible de chez elles et dans le respect des délais légaux.
Limousin 70 km pour une IVG
Car à Guéret, l’équipe médicale, composée de trois praticiens et d’une sage-femme, fait face à une charge de travail importante. Chaque année, c’est près de 180 IVG qui y sont réalisées. À lui seul, l’hôpital assure autant d’IVG que les départements dans la moyenne nationale. Pas de solution miracle : le personnel ne compte pas ses heures. « Je ne devais pas travailler aujourd’hui, mais avec le nombre d’IVG programmées, j’ai dû réajuster mon emploi du temps », confie Valérie Picot, la sage-femme conventionnée de l’établissement.
Mais face à cette offre dispersée, un défi majeur persiste : celui de la mobilité des patient·e·s. En effet, si une personne de Tarnac en Corrèze souhaite avorter chirurgicalement, elle doit parcourir pas moins de 70 kilomètres jusqu’au centre le plus proche, à Limoges en Haute-Vienne. Une contrainte en termes de temps et d’argent, car si l’IVG est gratuite en France, les frais de déplacement eux ne sont pas pris en charge. C’est un obstacle supplémentaire pour les personnes en situation de précarité.

Alors pour alléger ces difficultés, des initiatives locales ont vu le jour. En Creuse comme en Corrèze, les salariés du Planning familial peuvent accompagner les patient·e·s vers leurs lieux d’avortement. De leur côté, les centres hospitaliers s’efforcent également de limiter les trajets inutiles. « Pour les patientes qui habitent loin, on essaie au maximum de regrouper leurs rendez-vous sur un même jour », assure Valérie Picot.
Aucun médecin généraliste conventionné
Malgré ces efforts, plusieurs obstacles demeurent. Le manque de personnel qualifié, notamment de sages-femmes formées à l’IVG en Limousin, met les services hospitaliers sous pression. Et la médecine de ville, qui pourrait offrir des IVG médicamenteuses, est encore peu développée dans la région. En Creuse et en Haute-Vienne, aucun médecin généraliste n’est conventionné pour pratiquer des IVG, laissant de nombreuses personnes sans options accessibles.
Difficile également de s’adapter aux nouvelles mesures avec peu de ressources. L’allongement du délai légal de l’IVG à 14 semaines voté en 2022 n’est pas encore applicable partout en raison de la technicité de l’opération. Et pour la méthode d’anesthésie, là aussi le choix est moindre. Pour l’essentiel, elle sera générale, car l’anesthésie locale au niveau du col de l’utérus nécessite elle aussi une formation supplémentaire. « Normalement c’est les patients qui choisissent le choix de l’anesthésie. En l’état, notre rôle c’est surtout de rassurer les réfractaires », pointe Valérie Picot.

« Ce que cela traduit, c’est un manque de moyens pour les organisations qui luttent pour les droits et la santé des femmes », explique Isabelle Doyon du Planning familial de Peyrelevade en Corrèze. Pour répondre à cette problématique, les animatrices du Planning familial ont créé des permanences itinérantes à bord d’un camion aménagé. « Une de nos missions c’est aussi de sensibiliser à la contraception et à l’avortement en amont, afin que les personnes concernées sachent quoi faire en cas de besoin. »