Épisode 5
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Jeudi 6 août 2020
par Justine VALLÉE
Justine VALLÉE
J’ai quitté la pluie bretonne pour rejoindre la chaleur bordelaise après avoir terminé mes études. Intéressée par l’Histoire, les problématiques sociales et féministes, je suis venue à Revue Far Ouest pour narrer des récits au long cours.

Bordeaux connaît sa première épidémie de choléra en 1832. Touchant en grande partie les quartiers populaires, les discours politiques se veulent rassurants ou moralisateurs. En parallèle, la maladie fait émerger une conscience sociale dans les milieux médicaux. La science sort du champ empirique pour s’attaquer aux causes réelles du choléra, et Jean Hameau, médecin de La Teste semble révolutionner la pensée de la médecine du XIXe siècle.

Dès avril 1832, le choléra asiatique fait des ravages dans la capitale française. Dans les quartiers insalubres, le bruit court que le gouvernement a empoisonné aliments et fontaines. L’épidémie sert aux opposants politiques pour discréditer la Monarchie constitutionnelle instaurée deux ans plus tôt.

À Bordeaux, toutes les précautions sont prises : dès février 1831, le consul général M. De la Boutraye, installé à Dantzig, dans le Royaume de Prusse, informe les autorités de Gironde que la maladie a touché l’est de l’Europe et rapporte son avancée. Les navires de la Baltique sont dès lors arrêtés à Pauillac. En juillet se crée une intendance qui vise à l’assainissement de la ville. Bordeaux espère échapper à l’épidémie qui a déjà fait 18 000 morts à Paris quand, le 9 août 1832, docteur Mabit y annonce les deux premiers cas de choléra.

« C’est la classe pauvre qui est exclusivement atteinte »

Depuis la peste, il est connu que certaines maladies sont contagieuses, sans pour autant en identifier les causes réelles : on pense à l’impureté de l’air, à l’eau empoisonnée… « Médecins et hygiénistes ont depuis longtemps établi un lien entre mortalité et insalubrité ; l’expérience des pays étrangers montre suffisamment que le choléra exerce ses ravages dans les quartiers misérables des villes », rapporte l’historien Stéphane Barry. Le gouvernement ordonne alors la création de conseils de salubrité, chargés de veiller à la propreté des villes, ce que Bordeaux fait en août 1831.

Les contemporains ont pu observer l’évolution de l’épidémie dans l’Est de l’Europe, remarquant qu’elle touchait d’abord les milieux populaires, comme le retranscrit un siècle après le Dr Fréour à Bordeaux : « L’épidémie a débuté dans la partie ouest de la ville, les premiers cas apparaissent dans les quartiers les plus malsains, dans les demeures misérables, surpeuplées […] C’est la classe pauvre, la classe laborieuse, qui est exclusivement atteinte », assène-t-il en 1958.

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Justine VALLÉE
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