Épisode 3
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Vendredi 17 avril 2020
par Justine VALLÉE
Justine VALLÉE
J’ai quitté la pluie bretonne pour rejoindre la chaleur bordelaise après avoir terminé mes études. Intéressée par l’Histoire, les problématiques sociales et féministes, je suis venue à Revue Far Ouest pour narrer des récits au long cours.

Entre la peste noire du milieu du XIVe siècle et la dernière grande peste qui a ravagé le Sud-Ouest — elle débute en 1629 — l’épidémie frappe 35 fois. En plus d’être récurrente, elle semble incurable : la prière est mise au même niveau que les conseils médicaux des savants qui n’identifient pas les causes de la maladie. La seule solution reste donc d’endiguer la propagation de cette bactérie.

Bordeaux, 1629. La ville connaît sa dernière vague de peste — elle durera deux ans. « À l’état épidémique », la maladie apparaît environ 35 fois depuis la Peste noire de 1347, soit tous les huit ans environ.

« Aujourd’hui, on évoque les avions et les gens venant de Wuhan, compare Laurent Coste, professeur d’histoire moderne à l’Université de Bordeaux. Mais à l’époque, la circulation des gens se fait essentiellement par voie fluviale. » Touchant Toulouse en 1628, la peste gagne du terrain vers l’ouest par la Garonne.

En 1629, le « patient zéro » de Bordeaux pourrait être un membre de la famille Castets. Le Bureau de santé de la ville accuse cette famille qui réside près du fort du Hâ, d’« avoir retirer (sic) dans leur maison des hardes infectées portées de la ville de Tholouse ».

Une maladie meurtrière

En 1630, Bordeaux est bien différente d’aujourd’hui : « Des dizaines d’arrêtés du parlement ou de la jurade imposent le nettoyage des fontaines, mais ce n’est pas fait, s’indigne le fondateur des Cafés Historiques Stéphane Barry. Certaines sont fermées tellement il y a d’immondices dedans ! »

Les animaux, leurs excréments, la boue et les tanneurs forment des égouts à ciel ouvert où prolifèrent les rats. La bactérie responsable de cette terrible épidémie s’est justement nichée dans leurs poils. Il ne manque plus que les puces pour jouer le rôle d’intermédiaire en l’animal et l’homme.

Celles-ci, se réfugiant dans les étoffes, transmettent la maladie aux populations. « Au Moyen-Âge, on se lavait plus à l’eau qu’à l’époque moderne, où l’on pratiquait la toilette sèche », explique Laurent Coste. L’absence de propreté favorisant le développement bactérien, la peste profite de conditions idéales pour faire son nid à Bordeaux.

Enluminure de malades de la peste bubonique.
Les malades étaient invités à rester au lit. —  Enluminure de la peste bubonique, auteur inconnu XIVe.

Cette petite bactérie invisible terrorise la population et les autorités. Dans les aires urbaines, « on peut estimer que 10 à 20 % de la population est touchée » selon le professeur Laurent Coste. La peste prend alors deux formes. La première, « bubonique », provoque de fortes fièvres, des hallucinations, des vomissements et l’apparition de ganglions tuméfiés. Elle tue 60 % des malades. La seconde forme est dite « pulmonaire » : elle fauche presque systématiquement ses victimes.

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Justine VALLÉE
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