Épisode 3
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Mercredi 14 novembre 2018
par Gabriel TAÏEB
Gabriel TAÏEB
Jeune journaliste pigiste et rédacteur web, je travaille notamment pour Objectif Méditerranée, les Mots de Mai et le Journal du Dimanche. Avant cela, j'ai aussi pu collaborer avec Radio Campus Bordeaux et Bordeaux Gazette. Travaillant sur des sujets très divers, je m'intéresse particulièrement aux domaines de la santé, de l'autoritarisme et de la culture culinaire.

Dans la lutte contre les violences gynécologiques, la médecine se prend des claques. Mais au sein de la profession, une prise de conscience semble émerger, petit à petit.

Lorsqu’il est question sur Internet des violences faites aux femmes, il est courant de voir apparaître le commentaire « Pourquoi elle n’a rien fait ? Pourquoi elle n’a rien dit ? ». Une façon, bien souvent, d’essayer de décrédibiliser le témoignage rapporté. Bien entendu, les causes d’un manque d’action face à une agression peuvent être multiples et complexes, chez tous les individus. Mais comme me l’a expliqué Anne-Sophie, dans le cadre de la médecine, l’absence d’une réaction immédiate provient parfois du rapport entre médecin et patient.

« J’ai dû subir une intervention sous anesthésie, pour des cellules pré cancéreuses après un papillomavirus. J’ai choisi une anesthésie locale. La prise en charge commence, tout se passait très bien. Jusqu’au moment de l’anesthésie. » Anne-Sophie précise que sa position était plutôt inconfortable, mais les problèmes ne faisaient que commencer pour elle.

« Quand la chirurgienne a commencé, c’était insoutenable. Alors j’ai eu droit à du “proto”, du gaz anesthésiant, qui m’a paralysé. Mais moi, j’étais toujours là. En termes d’antalgique, de suppression de la douleur, c’était le néant. Par contre je ne pouvais plus bouger ni me plaindre. » Plus que la douleur, c’est la réaction de l’équipe médicale qui a gêné la patiente : « J’ai arraché le champ et la blouse que j’avais sur le corps. Alors ils m’ont bloqué le bras, et la tête avec le masque. »

Il n’y a pas de raison de faire un examen gynécologique au premier rendez-vous.

Anne-Sophie a essayé d’en parler après avec les personnes en charge de l’opération. Ils lui ont dit que c’était normal, qu’il y avait d’autres patients derrières et qu’ils ne pouvaient pas prendre de retard. Alors elle est partie. Selon elle, ses proches n’ont pas pu lui apporter de réponses plus concrètes par la suite. Sa mère lui a conseillé de « ne pas en faire trop », sous prétexte que « le chirurgien avait sûrement ses raisons ».

« Je me suis vraiment posé des questions. Est-ce que je n’en faisais pas trop ? Mais il s’agit de douleurs, de mon corps. Par définition ce n’est pas trop. Ce sont des choses sur lesquelles je suis passée, à tort peut-être, à côté. »

Est-ce que nous accordons trop de pouvoirs à nos praticiens ?

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