Épisode 26
6 minutes de lecture
Vendredi 7 mai 2021
par Louise Saubade
Louise Saubade
Jeune journaliste plurimédia, je me passionne pour les nouvelles écritures numériques, en particulier la vidéo web et le podcast. Je m’intéresse de près aux sujets de société, culture, solidarité, initiatives et solutions, mais aussi aux questions de genre et à l’actualité internationale. Mais mon premier amour demeure et restera l’information de proximité.

C’était il y a un an, au printemps 2020. Alors que tous ses projets professionnels s’arrêtent avec le reste du monde, mis sous cloche durant le premier confinement, l’artiste bordelais Senbeï décide de produire un nouvel album un peu particulier. Sur un groupe Facebook, près de 500 fans collaborent avec lui à la réalisation de treize morceaux, en envoyant des sons, des samples, des prises de voix et même des bruitages. Quatre mois plus tard, l’album collaboratif « Tōitsu » voit le jour.

Avril 2020. Alors qu’il enchaînait les projets professionnels, l’artiste bordelais Senbeï, confiné chez lui comme le reste du pays, voit à son tour son activité s’arrêter. « Je n’avais plus rien à faire, j’étais dans une période de creux. Alors je me suis dit : comme tout le monde est coincé chez lui, comme moi, pourquoi ne pas lancer un projet collaboratif en faisant appel à mes fans ? »

De cette réflexion naît l’idée de créer une communauté virtuelle, regroupée autour d’un projet commun, celui de créer un nouvel album collaboratif et confiné. « J’ai demandé aux gens, via Facebook, de m’envoyer plein de trucs : des sons, des samples, des prises de voix, de chant, des bruitages même ! J’ai créé un groupe Facebook, et je leur ai dit : à partir de maintenant, on est tou·tes ensemble, on bosse ici, envoyez-moi n’importe quoi, je vais essayer de faire un morceau avec. »

La communauté enfle rapidement, jusqu’à atteindre en peu de temps les 500 membres. « Tout l’album a été fait en quatre mois, ce qui est assez fou, reconnaît le DJ. Il y a eu trois mois de composition, puis un mois de mixage, ensuite on était au mastering et puis voilà, c’était fait. » De ce confinement créatif ressort treize morceaux. Reste à choisir son nom, départagé par un vote : « Les membres du groupe ont fait des propositions, puis on a fait un sondage, rapporte le musicien bordelais. “Tōitsu”, ça signifie tout simplement « unification » en japonais. » La couverture de l’album se veut elle aussi collaborative : « Tout le monde a envoyé sa petite photo sur le groupe, puis on a fait un espèce de montage à partir de mon avatar de musicien. Tout est parti de ce groupe en fait. »

Un prélude en intro

Grâce à ce groupe virtuel, Senbeï fait la rencontre de nombreux musiciens. Parmi eux, Kevin, un pianiste de Marseille. « Il est arrivé tard dans le projet, se souvient le producteur. Il m’avait envoyé quelque chose, mais j’avais quasiment fini tous les morceaux, j’étais déjà dans une phase où j’avais plus ou moins fini la tracklist. Et puis un jour, j’ai écouté et ça a été une claque. »

Senbeï propose alors au musicien de composer un morceau, « de faire un freestyle au piano en gardant la grille musicale du titre suivant afin de le mettre en intro. Et j’ai trouvé ça tellement bien que j’ai décidé de faire un vrai prélude sur une seule piste. Au final, ce morceau, je n’ai rien fait dessus, c’est uniquement Kevin qui joue du piano. Je pense que c’était la meilleure manière de commencer un album collaboratif finalement. »

Musicien 2.0

L’album Tōitsu sort en novembre. Pas peu fier du résultat, l’artiste bordelais décide de prolonger l’expérience : « Maintenant qu’on a réussi à souder une communauté, on va essayer de leur proposer le plus de choses. »

« J’ai commencé à faire du Twitch, relate Senbeï. Il s’agit de live streaming, et ça marche plutôt pas mal. Mais c’est de la messagerie instantanée par contre, donc il  faut y être tout le temps et parler avec la communauté sans cesse. »

Car pour le DJ, l’utilisation de plateformes numériques est aujourd’hui indissociable de sa profession. « Pour moi, c’est un nouveau moyen de communication. Savoir jouer d’un instrument, c’est un tiers du métier aujourd’hui. Le deuxième tiers, c’est maîtriser les médias, maîtriser les réseaux sociaux. Et le troisième, c’est la technique. Au-delà de savoir jouer, savoir s’enregistrer soi-même, aujourd’hui, c’est fondamental. »

Louise Saubade
Jeune journaliste plurimédia, je me passionne pour les nouvelles écritures numériques, en particulier la vidéo web et le podcast. Je m’intéresse de près aux sujets de société, culture, solidarité, initiatives et solutions, mais aussi aux questions de genre et à l’actualité internationale. Mais mon premier amour demeure et restera l’information de proximité.
Dans le même feuilleton

Le compostage participatif

Impossible de composter en appartement ? C'est oublier le système du bokashi.

On ne joue pas, on boxe

"On joue au foot, on joue au tennis... mais on boxe, on ne joue pas."

La cravate solidaire

« L’habit ne fait pas le moine, mais il y contribue. » Voici la devise de l’association la Cravate Solidaire. Pour les recruteurs, l’apparence est une source importante de...

LOGICIELS LIBRES & SOUVERAINETÉ

"Un logiciel fermé est une menace pour la souveraineté de toute organisation, quels que soient son niveau et sa taille."

Le sexisme dans la boxe

"Les hommes avaient des bourses afin de se concentrer sur leur pratique sportive, alors que moi j'avais un travail." L'autrice, comédienne et triple championne du monde de boxe...

Pride sauvage, (cis)tème brutal

La Marche des Fiertés commémore chaque année l’insurrection de Stonewall. Évènement pilier de la lutte de la communauté LGBTQUIA+, elle a été annulée suite à la crise sanitaire...

La mort écolo

Entre l'embaumement, l'importation du cercueil, la crémation... Et si votre mort gâchait tous vos efforts écolo ?

Sanctuariser la terre

« Terre de Liens s’inscrit dans le changement que doivent opérer l’agriculture et les paysans dans leurs pratiques. » Alors que la Nouvelle-Aquitaine est la 1ère région agricole...

Courses : temps calme pour les autistes

Lumières moins fortes et bruits réduits : le supermarché de Langon a mis en place deux heures de temps calme tous les mardis. Ces temps calmes permettent aux autistes et...

Réforme scolaire : toujours plus d'inégalités

« On peut presque prédire quelle sera la trajectoire scolaire d’un élève à six ans et c’est extrêmement problématique. » Vos enfants rentrent à l’école ? Votre famille, vos...

L'école à la maison creuse les inégalités scolaires

Même si les classes populaires passaient plus de temps sur les devoirs que les autres, la « continuité pédagogique » des deux mois sans école a creusé les inégalités. Romain...

Sabine Delcour : Odyssée dans l'empire du milieu

SABINE DELCOUR. Dans sa nouvelle série, la photographe nous plonge dans la frénésie urbanistique de la Chine et la vertigineuse transformation de la ville démesurée, connectée...

Yoyo vidéo : le dernier vidéoclub

Au début des années 2000, La France comptait 5000 vidéoclubs. Aujourd’hui il en reste à peine sur cinquantaine sur tout le territoire. Parmi eux, Yoyo Vidéo, le vidéo club du...

Le dernier Gilet Jaune

Terminé le mouvement des Gilets Jaunes à Bordeaux ? Pas pour Patrice qui tient le piquet de grève tous les jours sur son rond-point.

La low-tech au quotidien

Difficile de se débarrasser de ses outils technologiques alors que peu d’alternatives durables semblent accessibles. L’association Low-Tech Bordeaux essaie justement de...

Ze Drive : les courses zéro déchets

Faire ses courses rapidement grâce au drive, tout en réduisant ses déchets par le vrac : c’est le pari de Ze Drive. Le supermarché sans déchet propose des retraits à Libourne...

La créativité musicale des enfants

Le producteur bordelais Müca Ozer a créé des ateliers d’éveil musical électronique destinés aux enfants dans le but de réveiller leur créativité. Avec des capteurs...

Spiruline bio : la Ferme de l'or vert

À la ferme de l’or vert, située à Bruges, Arthur et Fatima produisent leur propre spiruline bio depuis août 2020. Cette cyanobactérie, surtout utilisée comme complément...

Klaus compagnie : danser en fauteuil roulant

À Bordeaux, la Klaus compagnie inclut les personnes handicapées avec des danseurs et danseuses valides. Elle permet aux premiers de s’exprimer sur scène ou dans les cours de...

Bordeaux-Montaigne : des étudiant·es en détresse

Pour analyser l’ampleur du mal-être étudiant et proposer des solutions pour y répondre, plusieurs associations de l’Université de sciences humaines Bordeaux Montaigne (UBM) ont...

Le Pourquoi Pas Café met la culture locale sous enveloppe

Contraint de fermer ses portes depuis le 28 octobre dernier, le Pourquoi pas Café culturel se réinvente. Afin de lutter contre l'isolement en ces temps de crise sanitaire...

Le quotidien des sans-abris "confiné·es dehors"

Paris, mars 2020. Dans une capitale nocturne vidée par le confinement, le journaliste bordelais Julien Goudichaud a filmé la nuit de ceux qui dorment dehors. Son court-métrage...

Sortir du traumatisme du licenciement

Le sentiment après un licenciement se rapprocherait du stress post-traumatique. C’est la thèse avancée par Luc Biecq dans son Guide d’autodéfense du licencié, paru en 2019. Il y...

La mort civique : dépasser la vieillesse

Une personne âgée, moins indépendante qu’un enfant ? Marianne Blin, autrice de la conférence gesticulée "ridée... mais pas fanée" dénonce les idées reçues sur "les vieux"....

50 ans de féminisme

En 1977, Anne Raulin, avec un groupe de femmes, traduit et adapte le livre américain "Notre Corps, Nous-mêmes" sur la santé féminine. 50 ans après, l’autrice Marie Hermann le...

"Tōitsu" de Senbeï : un album collaboratif et confiné

C’était il y a un an, au printemps 2020. Alors que tous ses projets professionnels s’arrêtent avec le reste du monde, mis sous cloche durant le premier confinement, l’artiste...

Les colleur·euses de Bordeaux

Depuis sa création, il y a deux ans, le mouvement des collages féministes n'a cessé d'évoluer. Les colleur·euses féministes utilisent l’affichage sauvage pour lutter en faveur...

Des femmes et des fûts

Déconstruire les clichés tenaces liés à leur genre et donner de la visibilité à leurs actions locales, tels sont les objectifs du collectif des femmes brasseuses de...

Ces épisodes pourraient vous intéresser
Écartez-vous mesdames

Féminicides : « On ne veut plus les compter »

Féminicides : « On ne veut plus les compter »

Depuis quelques-jours, des centaines d’affichettes honorant la mémoire des 102 femmes mortes en France en 2019 sous les coups d’un compagnon, d’un mari, ou d’un ex-mari, ont...
Soutenez Revue Far Ouest !

Nous avons besoin de 1 000 nouvelles souscriptions pour continuer à exister.

Découvrir nos offres d’abonnement