Derrière les murs de la prison de Gradignan, une question : à quoi sert vraiment la prison quand 63% des condamnés récidivent dans les cinq ans ?
La prison de Gradignan, l’une des plus anciennes de Nouvelle-Aquitaine, incarne toutes les contradictions du système pénitentiaire français. Depuis le Moyen Âge, on enferme. Mais pour quoi faire, au juste ? Retour sur un système qui n’a jamais vraiment choisi entre punir et réinsérer.
Depuis quand ça existe, la prison ?
Dès le Moyen Âge, le concept de prison sort de terre. À cette période, il n’y a pas de système pénitentiaire uniforme. Les prisons se situent souvent dans les donjons des châteaux, dans les forteresses… On trouve aussi des prisons municipales pour détenir des délinquants locaux. Leur but était simplement de détenir des individus accusés de crime ou d’infraction dans l’attente de leur jugement. En gros, au Moyen Âge, la prison était comme une salle d’attente avant de connaître son châtiment ou sa mise à mort.

À partir de 1789, les mentalités changent. L’enfermement plutôt que les châtiments corporels ou la torture est considéré comme une punition plus humaniste et progressiste. La sociologue Natacha Chetcuti-Osorovitz explique : “Sous la IIIe République, on assiste à la naissance de la prison avec deux fonctions : sortir des châtiments corporels et remettre dans le droit chemin les délinquants au comportement déviant”. La prison se rapproche alors d’un lieu de redressement.
Le système pénitentiaire tel qu’on le connaît aujourd’hui est toujours basé sur l’emprisonnement punitif avec pour objectif de préserver la société. C’est aussi au XIXe siècle qu’est créée la maison d’arrêt de Gradignan, utilisée pour incarcérer des détenus ayant des courtes peines C’est l’une des prisons les plus anciennes de Nouvelle-Aquitaine.
Et aujourd’hui, quelles sont les conditions de détention à la prison de Gradignan ?
En France, le taux d’occupation des prisons est en moyenne de 119,2%. C’est-à-dire qu’il y a 72 350 personnes incarcérées pour 60 709 places opérationnelles. Un taux qui atteint les 141,5% en maisons d’arrêt, qui accueillent les personnes en attente de jugement et celles condamnées à des courtes peines de prison. Résultat : en France, 1 850 personnes détenues sont contraintes de dormir chaque soir sur un matelas posé à même le sol.
C’est le cas à Gradignan, où le taux d’occupation du bâtiment A, le plus grand et dans lequel sont incarcérés la majorité des hommes, affiche un taux d’occupation de plus de 230% (539 détenus pour 233 places opérationnelles). Pourtant, la loi française impose théoriquement le droit à une cellule individuelle par détenu.

En octobre 2022, l’Ordre des avocats du barreau de Bordeaux, l’Association pour la défense des droits des détenus et l’OIP (Observatoire international des prisons) ont attaqué l’État en justice pour conditions indignes de détention à la prison de Gradignan. Sa réponse : la promesse d’une nouvelle prison de 600 places au premier semestre 2024. En mai 2024, 280 détenus ont été transférés des anciens bâtiments vétustes vers cette nouvelle structure.
Face à la surpopulation et les tensions grandissantes, la prison de Gradignan a pris la décision de stopper toutes les nouvelles incarcérations. Les nouveaux détenus sont désormais transférés vers les établissements de Mont-de-Marsan et de Pau.
Ça fonctionne vraiment, la prison ?
D’après l’Observatoire international des prisons, “la prison est une institution désocialisante et criminogène”. Et pour cause, 63% des personnes condamnées à une peine de prison ferme sont à nouveau condamnées dans les cinq ans. Le passage par la case prison ne serait donc pas très dissuasif. Si la récidive est si importante, c’est – entre autres – car l’emprisonnement augmente les fréquentations délinquantes, selon l’OIP. Les détenus seraient confortés dans leur “identité délinquante”.

À ce jour, 38% des personnes incarcérées moins de six mois souffrent d’une addiction aux substances illicites, 40% d’entre elles sont atteintes de syndrome dépressif et 21% de troubles psychotiques. Et dans ces cas-là, le suivi et l’accompagnement à la réinsertion sont aussi importants que la punition elle-même pour éviter toute récidive et donc protéger la société.
Pour mettre en place un réel accompagnement, les établissements ont besoin de plusieurs conseillers d’insertion. Actuellement, un conseiller gère en moyenne 100 dossiers, là où il faudrait se limiter à 40 pour assurer un suivi efficace. La prise en charge socio-sanitaire à la sortie de détention n’est pas prise en compte. En bref, sortir de prison sans logement et sans emploi amène très vite à de nouveaux passage à l’acte délinquant.