La Nouvelle-Aquitaine fait partie des régions les plus touchées par la sécheresse en 2025. Eau au robinet menacée, récoltes de maïs en chute libre, viande plus rare et plus chère : les conséquences sont déjà là.
La sécheresse menace notre accès à l’eau potable et notre alimentation en Nouvelle-Aquitaine. Nappes phréatiques au plus bas, restrictions d’eau dans plusieurs départements, récoltes de maïs en chute libre : les conséquences de la sécheresse ne se limitent plus à quelques étés difficiles. Elles s’installent dans le quotidien des habitants, de leur robinet à leur assiette. Pourtant, une idée reçue persiste : il suffirait qu’il pleuve pour que tout rentre dans l’ordre. La réalité est bien plus complexe… et bien plus préoccupante.
Est-ce qu’on va toujours avoir de l’eau au robinet ?
Ça dépend où vous vivez… En France, la sécheresse a trois principales causes : de grosses chaleurs, peu de pluie, et une trop grande utilisation de l’eau. Le principal problème, c’est que la sécheresse affecte les nappes phréatiques. Ce sont elles qui fournissent 96 % de l’eau potable en Gironde. Donc, quand leur niveau baisse, nos ressources en eau potable aussi.
Après les sécheresses historiques de 2022 et 2023, la France a connu un répit relatif en 2024. L’hiver 2023-2024 a été « généreux », et il a été suivi de pluies printanières abondantes. La plupart des nappes phréatiques étaient remplies à un niveau suffisant. Mais l’année 2025 a été moins positive.
À l’été 2025, la Nouvelle-Aquitaine figure parmi les sept régions françaises frappées par une sécheresse superficielle qualifiée d’extrême par Météo-France. La Gironde et la Charente-Maritime figurent d’ailleurs parmi les cinq départements français les plus touchés par les restrictions d’eau en 2025.

Donc, quand leur niveau baisse, nos ressources en eau potable aussi. Et quand on ne la pompe pas dans les nappes, l’eau potable que l’on boit vient des cours d’eau, comme à Agen avec la Garonne. Dans ce cas, la sécheresse peut aussi nous rendre malades, en contaminant le réseau d’eau potable : « Plus il fait chaud, plus le risque de développement de bactéries augmente, et peut contaminer l’eau du robinet », explique Nicolas Lyonnet, responsable à Eau de Garonne.
Dans les cas les plus extrêmes, certaines communes de Nouvelle-Aquitaine se retrouvent sans eau suffisante au robinet. En 2022, la commune de Saint-Privat en Xaintrie (Corrèze) a ainsi eu recours à plusieurs reprises à des camions-citernes pour approvisionner son réseau d’eau potable. Le cours d’eau qui l’alimente habituellement, la Glane, s’assèche chaque été sous l’effet de la sécheresse.
Quelles sont les conséquences de la sécheresse en Nouvelle-Aquitaine dans nos assiettes ?
L’été, 80 % de la consommation d’eau est consacrée à l’agriculture. La sécheresse va donc logiquement avoir un impact direct sur ce que nous mangeons. Du côté des productions végétales, le maïs et les pommes de terre sont les grands perdants : s’il est encore trop tôt pour tirer un bilan définitif, la récolte du maïs grain étant en cours, les agriculteurs de Nouvelle-Aquitaine tablent déjà sur une baisse de 20 % à 40 % de leur rendement. Dans les Landes, qui assurent la moitié de la production de maïs de la région, certains parlent même de 70 % de pertes.
Mais c’est la viande qui risque de payer le plus lourd tribut. En cause : la moitié de l’irrigation en France est consacrée au maïs, dont l’immense majorité sert à nourrir les bêtes. « Les premières victimes de cette conjonction de sécheresse et de hausse des prix de l’énergie, ce sont les éleveurs », analyse Michel Duru, directeur de recherche à l’INRAE, spécialiste de la transition agroécologique des systèmes alimentaires.
Alors, comment lutter contre la sécheresse dans nos assiettes ? « Manger moins de viande. Ce serait meilleur pour notre santé et notre climat. » Et irriguer des produits stratégiques, comme des fruits et légumes.
Et s’il pleut, tout ira mieux ?
Eh non ! Les pluies actuelles ne sont pas encore efficaces car le sol est trop sec. Pour se « remettre » d’une sécheresse et réalimenter les nappes phréatiques, « il faudrait une pluie continue sur plusieurs jours, plusieurs fois par mois », explique l’hydrologue Laurie Caillouet. Mais ce qu’il faut surtout, c’est s’inquiéter de la sécheresse en hiver, et pas seulement quand il fait 40 °C.
« Les nappes se rechargent principalement en automne et en hiver. C’est à ce moment-là qu’il faut imposer des restrictions d’eau », poursuit l’hydrologue. Et ainsi, ne pas pomper l’eau des nappes en plein hiver plutôt qu’en mai, comme cela a été le cas cette année.