En Nouvelle-Aquitaine, les initiatives pour valoriser le congé menstruel essaiment. Décryptons en 3 questions la proposition.
Le 15 février 2024, une proposition de loi visant à créer un congé menstruel de deux jours par mois a été rejetée par la majorité sénatoriale et le gouvernement. Malgré ce rejet, la création de congés menstruels fleurie dans de nombreuses collectivités et entreprises à travers toute la France. Y compris en Nouvelle-Aquitaine.
En quoi consiste le congé menstruel?
C’est un congé spécifique réservé aux personnes qui souffrent de règles douloureuses (dysménorrhées) ou d’endométriose. En cas de douleurs incapacitantes, ce congé permet de s’absenter pendant un ou plusieurs jours, sans jour de carence et donc sans perte de salaire.

Alors que ce congé est déjà mis en place dans de nombreux pays dans le monde, comme en Espagne, au Japon ou en Zambie, aucune loi ne prévoit ce congé en France. Pourtant, le débat est ouvert. De nombreuses propositions de loi venant de plusieurs partis politiques ont été étudiées à l’Assemblée nationale et au Sénat, sans jamais être adoptées.
Pourtant, selon une enquête IFOP réalisée en France en 2022, 66 % des salariées sont favorables au congé menstruel en entreprise tandis que 53 % déclarent subir des règles douloureuses. Ainsi, la mise en place d’un congé menstruel permettrait de reconnaître la souffrance des personnes qui souffrent de dysménorrhées et aiderait à atténuer le tabou qui flotte autour des menstruations.
Pourquoi est-ce que c’est compliqué ?
Parmi les nombreuses propositions étudiées pour faire passer ce congé menstruel, trois solutions ressortent : reconnaître l’endométriose comme une affection longue durée, donner aux personnes souffrant d’endométriose la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) et mettre en place un congé menstruel. Et spoiler : aucune d’elles ne fait l’unanimité.
Pour les deux premières solutions, les démarches sont trop longues et complexes et ne concernent que les cas les plus graves. C’est-à-dire que sur les 1,5 à 2,5 millions de personnes concernées, seuls 15 000 pourraient obtenir ces statuts. En plus, ces deux premières solutions ne concernent que les personnes touchées par l’endométriose.

Concernant la troisième idée, celle d’un congé menstruel, elle peine également à convaincre. Pour certaines associations féministes, comme Osez le féminisme !, ce congé pourrait s’avérer être « contre-productif ». En février 2023, Fabienne El Khoury, porte-parole de l’association, exprimait ses craintes quant à une banalisation de la douleur liée aux menstruations, une augmentation de la discrimination à l’embauche ou encore une stigmatisation des femmes au travail.
Mais pourtant, le congé menstruel existe déjà en France ?
Eh oui. Même si le congé menstruel peine à se trouver une place au niveau national, puisqu’il n’est pas encadré au niveau législatif, de plus en plus d’entreprises et d’institutions le mettent en place pour leurs employées. C’est notamment le cas de la région Nouvelle-Aquitaine, qui offre à ses agents depuis novembre 2023, la possibilité de poser un congé menstruel.
Le problème, c’est que ce congé est laissé aux mains des employeurs et de leurs bonnes volontés. Car mettre en place un congé menstruel demande du temps et de l’engagement, notamment au niveau juridique et des ressources humaines. Ainsi, selon Sandrine Derville, vice-présidente du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, « cela crée des inégalités entre les collectivités puisque des petites collectivités ont moins les moyens de se pencher sur le sujet et ont donc des délibérations plus fragiles ».