Décryptage #21
3 minutes de lecture
Vendredi 13 février 2026
par Kinda Luwawa

3 questions pour comprendre les obstacles que rencontrent les lycéens ruraux de Nouvelle-Aquitaine face à Parcoursup et à la concentration des universités.

La course contre la montre est lancée : tous les élèves de Terminale doivent formuler leurs vœux sur Parcoursup. Créée en 2018, cette plateforme centralise les formations publiques pour l’accès à l’enseignement supérieur.

En Nouvelle-Aquitaine, plus de 75 % des formations se trouvent à Bordeaux selon l’UNEF, un vrai casse-tête pour les lycéens des zones rurales, souvent confrontés à des coûts élevés pour se déplacer.

Face aux études supérieures, tout le monde n’est pas égal. Pour comprendre les freins structurels qui compliquent l’accès des jeunes ruraux aux études supérieures et les enjeux locaux liés à l’éducation, on vous propose un décryptage en 3 questions.

Pourquoi les études supérieures sont-elles concentrées dans les grandes villes ?

Historiquement, les grandes villes proches des centres de pouvoir ont accueilli les universités. Bordeaux, Poitiers, Limoges… Depuis le Moyen Âge, l’élite intellectuelle se formait dans ces pôles, développant infrastructures et centres de recherche. Au XXe siècle, avec l’explosion du nombre d’étudiants, cette centralisation s’est amplifiée.

Pourquoi ? Principalement pour des raisons économiques. Construire et maintenir une université coûte cher, et l’État a jugé plus rentable de concentrer ces ressources sur de grands campus plutôt que de les disperser. »On se dit que les campagnes sont un grand territoire qui coûte très cher et qu’il n’y a pas nécessairement un intérêt fou à mettre trop de choses en place », analyse le sociologue spécialiste des jeunesses rurales, Clément Reversé, dans un article pour les Champs d’Ici.

Depuis les années 1990, des efforts de décentralisation ont été entrepris, avec la création d’universités à Pau et La Rochelle et des antennes à Angoulême ou Niort. Mais la réalité est que ces sites restent minoritaires. Pour des formations comme la médecine ou le droit, il faut toujours se tourner vers les grandes agglomérations.

Oui, mais peut-être que ces jeunes n’ont pas envie de faire d’études longues ?

C’est un peu plus compliqué que ça. Tout d’abord, il existe un effet de reproduction sociale : les jeunes s’inspirent des modèles professionnels qui les entourent. Dans certaines régions, comme le Limousin, où 35 % des parents n’ont pas poursuivi d’études au-delà du lycée, l’université peut sembler un horizon lointain, faute d’informations.

Mais quand on interroge ces jeunes sur leurs métiers de rêve — avocat·e, vétérinaire, instituteur·ice —, leurs aspirations ne sont pas si différentes de celles des jeunes urbains. Ces jeunes font juste face à ce qu’on appelle en sociologie un « deuil des grands métiers » exacerbé et précoce : dès le lycée, ils se tournent vers des orientations et des emplois plus concrets. 

L’éloignement des universités, le coût des études et le manque de soutien familial sont des freins réels : 60 % des jeunes ruraux issus de milieux modestes estiment ne pas avoir les « épaules » pour suivre des études longues. C’est 32 points de plus que leurs pairs en ville, alors que leurs résultats scolaires sont souvent équivalents, voire meilleurs. Ce sentiment explique aussi l’attrait pour les formations courtes : 47 % des jeunes ruraux s’orientent vers un BTS ou un DUT, contre 38 % en milieu urbain.

Est-ce qu’ils sont pénalisés par Parcoursup ?  

Oui, clairement. Parcoursup permet aux lycéens de soumettre leurs vœux pour l’enseignement supérieur de manière centralisée. Un changement majeur avec Parcoursup est l’introduction d’une sélection accrue dans les formations non sélectives, comme les licences de droit ou de psychologie. Avant, ces formations ne pouvaient pas trier elles-mêmes les candidats. Résultat : selon l’INSEE, la proportion d’élèves issus de milieux favorisés a augmenté de 7 points dans ces formations après l’instauration de Parcoursup.

Car cette sélection repose sur des critères comme les notes, le CV, la lettre de motivation, et même le lycée d’origine. Face à la compétition nationale, les lycéens ruraux, moins accompagnés vers ces études longues sont de fait désavantagés.

En plus, les critères varient d’une université à l’autre. Par exemple, à Poitiers, 75 % de la sélection repose sur les résultats scolaires, tandis qu’à Bordeaux, la licence LEA privilégie les « méthodes de travail » sans tenir compte des notes. Qu’est-ce que c’est ? Comment évaluer cela dans un dossier ? Difficile d’y répondre tout seul.

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