Derrière les sigles — CADA, HUDA, OFII, CAES — se cachent des milliers de personnes qui attendent, parfois des années, une réponse à leur demande de protection. En Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs, les places manquent, les communes subissent, et le droit à l’hébergement reste une promesse rarement tenue.
3 000 demandeurs d’asile à Bordeaux. 471 places disponibles. Pour les autres : hôtels saturés, squats, rue. Voici comment fonctionne — et dysfonctionne — l’accueil des exilés en France.
C’est quoi un CADA ?
Un CADA, ou centre d’accueil pour demandeurs d’asile, héberge les personnes qui ont engagé une demande de protection en France le temps que leur dossier soit examiné. Les résident·es y trouvent un logement gratuit, un accompagnement social et juridique, ainsi qu’un accès aux soins. Mais les places sont rares. En Nouvelle-Aquitaine, un peu moins de 5000 places sont réparties dans une trentaine de centres. À Bordeaux, seuls 471 demandeur·euses peuvent être hébergé·es, pour une population estimée à 3 000.
En moyenne, les résident·es restent près de deux ans en CADA, le temps que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), statue sur leur demande. À l’issue de cette procédure, le séjour doit s’arrêter.
Comme les places sont limitées, certaines personnes sont prioritaires : les familles avec enfants, les femmes enceintes, les personnes malades, âgées ou particulièrement vulnérables.
Les personnes déboutées, celles et ceux dont la demande a été rejetée, disposent d’un mois pour quitter le centre. Les personnes reconnues réfugiées, elles, ont droit à trois mois, parfois renouvelables. Ce délai est censé leur permettre de trouver un logement, d’accéder au RSA, à la CAF, à Pôle emploi. En pratique, ces démarches prennent du temps, et beaucoup sortent du CADA sans solution durable.
Comment on fait pour avoir une place dans un CADA ?
L’accès à un CADA dépend d’une orientation décidée par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Une fois la demande d’asile enregistrée auprès d’une structure de premier accueil des demandeurs d’asile (SPADA), puis en préfecture au guichet unique, l’OFII évalue la situation de la personne pour déterminer si un hébergement peut être proposé.

Comme les places sont limitées, certaines personnes sont prioritaires : les familles avec enfants, les femmes enceintes, les personnes malades, âgées ou particulièrement vulnérables. En revanche, celles dont la demande est jugée relever d’un autre pays européen (selon la procédure dite « Dublin ») ou celles dont la demande est en procédure accélérée — un mode d’examen rapide appliqué lorsque la demande semble peu crédible et qui mène le plus souvent à un refus — sont exclues d’emblée du dispositif.
Quand aucune place n’est disponible en CADA, l’OFII peut orienter vers d’autres structures : un Hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (HUDA), souvent en chambre d’hôtel, ou un Centre d’accueil et d’évaluation des situations (CAES), conçu pour offrir une mise à l’abri immédiate à l’arrivée sur le territoire. Mais ces dispositifs, peu implantés dans le Sud-Ouest, sont eux aussi débordés. Ils ne suffisent pas à couvrir les besoins et beaucoup de personnes restent sans solution autres que l’hébergement informel, les squats, ou la rue…
Ce sont les communes qui décident de l’installation des CADA ?
Non. La décision revient à l’État, via les préfectures et l’OFII. Les communes ne sont pas consultées : elles apprennent souvent l’existence du projet une fois validé. Depuis 2016, cette gouvernance s’appuie sur un schéma national de répartition, qui fixe des quotas régionaux. L’objectif affiché est d’éviter la concentration des demandeur·euses d’asile en Île-de-France ou à Calais, en organisant leur accueil sur l’ensemble du territoire.
Ce projet a redessiné l’offre des CADA en Nouvelle-Aquitaine, avec l’ouverture de centres dans des zones rurales peu peuplées comme le Limousin, le nord de la Corrèze ou la Haute-Vienne. Officiellement, on parle de « solidarité territoriale ». Mais cette stratégie repose aussi sur une logique de gestion des flux, inspirée du burden sharing européen : répartir les exilés comme une charge.

Dans ce cadre, ce sont des associations agréées qui identifient des bâtiments disponibles (hôtels, auberges, structures vacantes) et soumettent un projet à la préfecture. Si celui-ci est validé, elles acquièrent ou louent les lieux, puis assurent la gestion avec un financement public. Certaines communes ont bien sûr tenté de contourner cette politique. À Beyssenac en Corrèze (360 habitant·es), la mairie a voulu bloquer l’installation d’un centre en lançant une procédure pour racheter le terrain. En vain, le projet a échoué et le CADA a ouvert 40 places en 2023.