Les cancers chez l’enfant : à quelle fréquence cela arrive-t-il vraiment ? Que se passe-t-il quand plusieurs cas surgissent au même endroit ? Décryptage.
En février 2026, l’Institut national du cancer dévoilait sa nouvelle feuille de route 2026-2030, plaçant les cancers chez l’enfant parmi ses priorités absolues. Un signal fort ; et un aveu implicite : malgré les progrès thérapeutiques, la question de ce qui rend nos enfants malades reste entière.
En Charente-Maritime, une étude récente a révélé l’existence de trois nouveaux foyers de cancers pédiatriques, s’ajoutant à celui de Saint-Rogatien, connu depuis 2017. Face à ces concentrations anormales, les autorités sanitaires peinent à identifier les causes environnementales possibles. Et ce n’est pas faute d’enquêter. Pesticides, antennes relais, lignes à haute tension, sols pollués : les suspects sont nombreux, les preuves rares.
C’est courant les cancers chez l’enfant ?
Normalement, non. Les cancers chez l’enfant restent minoritaires par rapport à la population générale. Depuis 2000, un Registre des tumeurs solides de l’enfant (RNTSE) recueille les cas à travers la France. Dans une étude de Santé Publique France, parue en 2010 et qui s’intéresse à la période 2000 à 2004, 0,5 % des cancers se déclaraient chez les moins de 15 ans. Et 0,2 % des décès liés à des cancers avaient lieu dans cette population. Autrement dit, c’est un enfant sur 440 qui va développer un cancer.
Ces maladies n’étant pas contagieuses, une concentration trop importante de cas dans le temps et dans l’espace éveille la vigilance. Et si c’était l’environnement qui rendait les gens malades ?
Que se passe-t-il quand trop de cancers surgissent au même endroit ?
Malgré l’existence d’un registre national pour les enfants et d’un registre partiel pour les adultes, c’est bien souvent la société civile qui tire la sonnette d’alarme sur un « cluster » de cancer.
En 2008, une association de parents d’élèves de Draveil, en région parisienne, signale à leur mairie un nombre anormalement élevé de tumeurs chez des enfants scolarisés dans l’école du Belvédère et leurs parents. Le maire saisit la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass) qui embarque la Cellule interrégionale épidémiologique pour mener une enquête.

Parmi les causes possibles, les autorités sanitaires énumèrent tous les sites industriels susceptibles de polluer l’air ou l’eau dans les parages, les lignes à haute tension, les installations nucléaires, les sites pollués, exploitations agricoles… ainsi que le suspect numéro 1 des plaignants : un groupe d’antennes relais installées sur un château d’eau à 300 mètres du groupe scolaire.
Quand une source particulière est isolée, le taux d’exposition est étudié. Dans le cas de Draveil, c’est la quantité d’ondes rayonnant sur la cour de l’établissement que le cabinet Emitech a étudié pour la comparer à celle des autres quartiers de la ville. Conclusion : le rayonnement étant homogène, cette cause environnementale fut écartée et l’investigation arrêtée.
Arrive-t-on parfois à identifier la source de ces cancers ?
Identifier une seule et unique raison s’avère un casse-tête. En face des inventaires des sources et évaluations de l’exposition, les autorités sanitaires épluchent les études épidémiologiques. Or quand 5 ou 6 personnes déclarent un cancer dans un même pâté de maisons, isoler les cas pour étudier chaque facteur séparément se révèle une gageure.
Ce fut tout d’abord le cas dans la commune de Preignac, à quelques châteaux de Langon, en Gironde. Sur interpellation du maire de la commune en 2015, l’Agence régionale de santé a initié une investigation. Dès cette lettre, les suspects principaux sont désignés : les traitements aux pesticides et sulfates des vignes à proximité de la cour d’école.
Contredisant l’avis des locaux, l’investigation sur cet agrégat de cancers chez l’enfant conclue à l’absence de lien entre l’épandage de produits phytosanitaires et les 9 cas déclarés entre une période de 22 ans.
Dix ans plus tard, une étude de l’INSERM vient bousculer le débat. Pilotée par Stéphanie Goujon, Matthieu Mancini et Jacqueline Clavel (INSERM, université Paris Cité), la publication pointe à l’échelle nationale un risque légèrement accru (5 %) de certains types de cancers chez l’enfant dans un rayon de 10 kilomètres autour des zones de culture de vignobles. Les données manquent hélas pour aller plus loin.