La protection des données et un enjeu individuel et collectif qui concerne tous·tes les habitant·es de la Nouvelle-Aquitaine. Et on vous promet que ce n’est pas compliqué !
Le 28 janvier, c’était la journée mondiale de la protection des données. Mais pourquoi c’est important de protéger ses données, en fait ? Vous vous dites peut-être que vous n’avez rien à cacher. Mais des militant·es anti-bassines, si.
François Pellegrini, vice-président de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et professeur des universités à Bordeaux, va tout nous expliquer.
Rien n’est gratuit, hormis l’air qu’on respire. Il faut donc voir si on accepte de payer pour ne pas être tracé.
Aujourd’hui, on va essayer de défricher un sujet crucial, mais méconnu, tout en vous prouvant qu’il n’y a pas besoin d’être un génie de l’informatique pour protéger sa vie privée. Car la protection des données, c’est aussi l’affaire de tous les Néo-Aquitains.
La protection des données c’est bien. Mais c’est quoi une donnée personnelle ?
Premièrement, si vous voulez faire le malin en soirée, on parle de données « à caractère personnel » et non pas de données personnelles. « Les données vous concernent, mais ne vous appartiennent pas », explique François Pellegrini. Vice-président de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et professeur des universités à Bordeaux, il a aidé à la rédaction de cet article.
Si une donnée – votre nom, votre numéro de téléphone, votre géolocalisation – permet de vous identifier, même partiellement, elle est une donnée à caractère personnel. Ces données sont récoltées par presque toutes les applications présentes sur votre téléphone.

Lorsque nous utilisons internet, nous laissons des traces de notre passage. Ou plutôt, des traces sont gardées, grâce notamment à ce que l’on appelle des « cookies ». Il s’agit d’un petit fichier stocké dans votre ordinateur ou votre téléphone, et qui est associé à un site web par exemple. Ces cookies permettent que le site mémorise vos identifiants, conserve le contenu d’un panier d’achats non finalisés… et collectent des informations à des visées publicitaires.
Par exemple, depuis que j’ai cherché à acheter une table basse, toutes les publicités qui passent me proposent du mobilier. En quelques jours de navigation sur internet — grâce aux cookies, aux informations que vous donnez aux réseaux sociaux ou encore aux données de votre GPS — les régies publicitaires peuvent dresser un portrait plus ou moins fidèle de vous : votre lieu de vie, votre régime alimentaire, votre âge, vos goûts culturels, vos opinions politiques… Grâce à ces données, vous devenez ainsi rapidement identifiable, ce qui en fait des données à caractère personnel. La boucle est bouclée.
Et je peux les protéger, ces données à caractère personnel ?
« Tout dépend du type de service que l’on souhaite, et du niveau d’exposition de notre intimité que l’on accepte », répond François Pellegrini. Revenons à notre régie publicitaire citée plus haut, qui connaît tout de vos habitudes : elle peut vous proposer ainsi de la publicité ciblée.« Elle peut être vécue par certains comme une aide, pour recevoir des informations et publicités pertinentes, et par d’autres comme une intrusion inacceptable dans leur vie privée. »
C’est à vous de voir ce qui vous arrange et ce qui vous dérange. Mais si l’utilisation de vos données à des fins publicitaires vous gêne, nul besoin d’être un expert en informatique pour vous protéger. Vous pouvez commencer par installer un bloqueur de publicité et surtout faire attention à ce petit bandeau, bien souvent agaçant, qui vous demande votre consentement pour installer des cookies sur votre ordinateur ou téléphone. Quelques secondes d’attention et quelques clics vous permettent de refuser le traçage.

Vous pouvez également choisir un navigateur comme Tor ou Opera qui collectent moins de données à caractère personnel que Google Chrome ou Safari. Et même en utilisant ceux-ci : vous pouvez utiliser la navigation privée ou encore les configurer pour qu’ils n’enregistrent aucun cookie.
Une autre astuce consiste à désactiver la géolocalisation et la connexion wi-fi de votre téléphone, pour garder privés les lieux où vous vous rendez. Et éviter ainsi à Google de savoir où vous habitez, et où vous travaillez. « Rien n’est gratuit, hormis l’air qu’on respire. Il faut donc voir si on accepte de payer pour ne pas être tracé. » Pour François Pellegrini, vice-président de la Cnil, il faut également s’intéresser et comprendre le modèle économique de chaque fournisseur de service. « Par exemple, Wikipédia n’affiche pas de publicités, mais lance annuellement des appels aux dons pour se financer. »
Mais moi, je m’en fous de la protection des données, j’ai rien à cacher !
« D’abord, je pense que c’est inexact : on a tous quelque chose à cacher, à des personnes différentes », rétorque François Pellegrini. N’avez-vous jamais volé une fourniture de bureau ? Grillé un feu rouge ? Et vous n’avez certainement pas envie que votre banquier connaisse les résultats de votre dernière prise de sang ou votre tension artérielle.
« Ensuite, penser que le droit à la vie privée n’est pas utile parce qu’on n’aurait rien à cacher, c’est comme penser que la liberté d’expression n’est pas utile parce qu’on n’a soi-même rien à dire. » Pour François Pellegrini, la protection de la vie privée et des données à caractère personnel sont un droit individuel « mais aussi et surtout collectif ».
Alors que des militants anti-bassines dans les Deux-Sèvres sont soumis à une surveillance accrue, la question se pose : peut-il encore exister des luttes et des lanceurs d’alerte si tous nos faits et gestes sont récoltés et diffusés ? « Dans une société humaine, de nombreuses personnes ont des choses à cacher, pour le bien de tous : des journalistes ou des militants associatifs enquêtant sur une affaire, ou juste des personnes souhaitant conserver privée leur sexualité ou leur pratique religieuse. Il est du devoir de tous de protéger les libertés de chacun. »