Épisode 5
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Mardi 22 septembre 2020
par Vincent BRESSON
Vincent BRESSON
Fou curieux des communautés en décalage, Vincent regarde la société par ses marges et traine sa plume auprès de différents canards, avec un verre de Gaillac pour encrier.

De plus en plus de viticulteurs se détournent des méthodes industrielles pour se convertir à la biodynamie. Un système d’exploitation agricole et ésotérique un peu particulier, qui mise sur des préparations à base de bouse de vache et sur le calendrier lunaire. Pour mieux comprendre de quoi il retourne, Far Ouest s’est rendu chez des convaincus, au Domaine Cinq Peyres dans le Tarn.

Impossible de voir la Lune aujourd’hui. Lumineux, le soleil prend toute la place dans le ciel bleu. Sous cette chaleur accablante, Charles Bonnafont marche pieds nus au milieu de ses vignes sur un sol encore humidifié par l’orage de la veille. Il tend le bras et estime : « Elle doit être par là, je pense. » La vie de Charles tourne autour de la Lune, aussi sûr que la Terre tourne autour du soleil. « Pour un scientifique, c’est comme ça que ça se passe. Mais moi, c’est l’inverse que je vis au quotidien. »

Charles n’est pas fermé à la science. Avant de devenir vigneron à 19 ans, le jeune agriculteur tarnais s’était même lancé dans une licence de biologie à la sortie d’un bac S. Cette formation scientifique ne l’empêche pas de se méfier des discours trop rationalistes, trop fermés, bref trop cartésiens. « L’esprit voit ce qu’il veut voir, l’âme synthétise », résume-t-il. Charles applique ce mantra dans son quotidien : au sein de son domaine situé à Cahuzac-sur-Vère, au cœur de l’appellation Gaillac, il ne cultive pas de la même façon que la plupart des viticulteurs qui entourent ses vignes.

Charles marche pieds nus au milieu de ses vignes
Charles marche pieds nus au milieu de ses vignes — Photo : Vincent Bresson

Quand il reprend le domaine de ses parents en 2013, Charles fait un choix fort : il le convertit à la biodynamie. « C’est une philosophie et une pratique respectueuse des sols. Elle correspondait à la façon dont je voulais travailler. » En suivant cette méthode, les agriculteurs n’utilisent ni engrais ni pesticides. L’écologie a beau être au cœur de cette pensée, la biodynamie est davantage tournée vers l’idée de revenir au temps d’avant, avec moins de produits chimiques et moins de mécanisation.

Mais une autre raison explique la conversion de Charles. « Lorsque j’accompagnais mes parents pour des salons ou quand je participais à des dégustations, c’était les vins qui me donnaient le plus d’émotion. » Ni une, ni deux, le vigneron s’initie à cette pratique agricole ésotérique en suivant des formations. Une conversion loin d’être évidente.

Un travail dicté par le ciel

L’obsession de Charles pour la Lune vient de la biodynamie. Les tenants de cette méthode agricole théorisée par Rudolf Steiner en 1924 sont convaincus de la profonde influence du satellite sur la faune et la flore. Face à la mécanisation et à la généralisation des engrais dans l’agriculture, cet intellectuel né dans l’Empire d’Autriche-Hongrie propose une méthode ésotérique, basée sur le rythme lunaire et planétaire.

Vincent dans ses vignes
« C’est une philosophie et une pratique respectueuse des sols. Elle correspondait à la façon dont je voulais travailler. » — Photo : Vincent Bresson

Pour organiser ses semaines, Charles se repose sur son « Calendrier des semis », un agenda singulier conçu par Maria et Matthias Thun, deux pionniers de la biodynamie. Les semaines y sont rythmées par la place de la Lune dans le ciel. Le livre s’attarde également sur les constellations. Le vigneron du Gaillacois explique : « La Lune passe par les différentes constellations. Et elles sont toutes reliées à un élément. L’élément feu, ce sont les signes du Bélier, du Lion et du Sagittaire. Cela correspond au fruit. L’élément terre c’est la racine, l’air c’est la fleur et l’eau c’est la feuille. »

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