Épisode 7
7 minutes de lecture
Mercredi 9 décembre 2020
par Vincent BRESSON
Vincent BRESSON
Fou curieux des communautés en décalage, Vincent regarde la société par ses marges et traine sa plume auprès de différents canards, avec un verre de Gaillac pour encrier.

Grincements mystérieux, claquements de porte inexpliqués… Pour certains, rien de suspect. Pour d’autres, il peut s’agir d’un indice qui trahirait la présence de fantômes. Dans la région bordelaise, certains ont décidé de partir à la chasse aux fantômes. Esprit, es-tu là ?

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Photo de couverture : Patrick Tomasso

Laetitia Duvignere-Billon a une occupation peu ordinaire. Quand elle ne travaille pas en tant que responsable facturation pour un grossiste près de Bordeaux, elle chasse des fantômes dans les lieux hantés. « Par moments, c’est dégueulasse ! Une fois, j’entends quelqu’un qui me dit “Psst” derrière moi. Je me retourne et je vois un gamin avec la moitié du crâne enfoncé ! Il avait un arc à la main et la tête sur le côté. C’était affreux. » Pour simplifier, l’exorciste compare son « don » à celui de la voyante du film Ghost : « Je vois les fantômes et je les entends », résume Laetitia.

Chaque semaine, des personnes se présentant comme des victimes de fantômes font appel à elle, contre rémunération. La chasseuse de fantôme assure que ses prix « sont très bas » et que c’est d’ailleurs un motif de dispute avec son mari, qui estime qu’elle pourrait en demander plus. Au bout du fil, les témoignages se ressemblent. « C’est toujours le même script. Les gens entendent des bruits étranges dans leur maison, ils ont l’impression que des objets sont déplacés, ils se disputent de plus en plus régulièrement et finissent par s’isoler. » Autant de signes qui, pour Laetitia, ne trompent pas : des fantômes hantent les lieux.

Pourquoi ? Ces morts seraient coincés entre le monde physique et l’au-delà, et ils ne seraient pas bloqués pour rien. Elle évoque deux raisons principales. L’une lugubre, les morts cherchent à se venger, l’autre frustrante, les morts n’auraient pas eu le temps de dire ou de faire quelque chose. C’est là qu’elle intervient, en prenant quelques précautions préalables. « Avant de venir exorciser et purifier, je fais des recherches pour en savoir davantage sur l’histoire de la maison ou du quartier. Je n’interviens jamais sans connaître le lieu, c’est important pour comprendre l’histoire du fantôme. » 

Parfois, Laetitia voit des choses « dégueulasse ! » — Photo : Aimee Vogelsang

Pour décrire son étrange activité, Laetitia a un talent certain pour les comparaisons. « Je les aide à passer d’un monde à l’autre, raconte-t-elle. C’est un peu comme si vous loupiez votre sortie d’autoroute, moi je viens vous aider à retrouver le bon chemin. » Mais quand on lui demande sa méthode, elle ne révèle pas ses secrets. Elle confesse simplement qu’elle s’enferme seule dans la maison et qu’elle se met au travail. Et pour unique justification, elle rajoute : « J’ai ça en moi. Je suis la 6e génération d’exorciste de la famille. Mes ancêtres savaient défaire de mauvais sorts. » Peut-être qu’elle transmettra à son tour ses secrets à ses enfants âgés de 15 et 19 ans, « mais pas de suite, c’est très énergivore. » La relève attendra donc encore un peu.

Sexisme paranormal

Les propos de Laetitia en surprennent plus d’un. Le paranormal intrigue autant qu’il divise. Alors, la responsable facturation a l’habitude de ne pas toujours être prise au sérieux quand elle parle de son activité de médium. « Dans ma famille maternelle, certains estiment que je fais un travail de charlatan. Du côté de mon père, il y a un peu de tout. » Est-ce que ça l’affecte ?« Franchement, je m’en fous. De toute façon, je ne mets pas ce sujet-là sur la table. »

Il arrive que des prêtres viennent me voir pour exorciser.

Même quand une personne est réceptive aux discours paranormaux, Laetitia n’est pas toujours bien accueillie. « Souvent, on m’appelle et quand je réponds, on me dit : “Oh, mais vous êtes une femme !” C’est un handicap, car les gens ont moins confiance. Mais quand ils voient le résultat, ils sont convaincus », assure-t-elle. Elle assure que l’efficacité de son passage est facile à observer : « Mon boulot est quantifiable. Après que je sois passée, la maison n’est plus hantée et la luminosité augmente par exemple. »

À l’inverse, chasser le fantôme est pris au sérieux dans certains milieux, comme par chez une partie des catholiques. Le pape Benoît XVI a d’ailleurs beaucoup œuvré pour le rétablissement de cette pratique. « Il a rencontré lors d’une audience des exorcistes du monde entier et nous a reçus avec des mots de grand, grand encouragement », s’était enthousiasmé Gabriele Amorth, le chef exorciste du Vatican, en 2013. Ce n’est pas un hasard si Laetitia court après les fantômes : même si elle se déclare polythéiste, elle n’en demeure pas moins petite nièce de prêtre. Et parfois, ce sont les curés qui lui courent après : « Il arrive que des prêtres viennent me voir pour exorciser. Je reçois beaucoup de sollicitations de toute la France. Entre ça et mon boulot, je travaille entre 50 et 70 h par semaine ! »

Sur YouTube, la chasse est ouverte

Guillaume Durieux, 47 ans, est un Youtubeur un peu spécial. Contrairement à nombre de ses confrères, il ne consacre pas sa page YouTube au make-up, au fitness, à l’humour, à la nourriture ou à la musique. Un temps dédié à sa passion pour le gaming, sa chaîne est aujourd’hui largement consacrée aux fantômes. Il faut dire que Guillaume Durieux est tombé dans le paranormal quand il était petit. « Jeune, j’ai eu l’impression d’avoir des expériences troublantes, affirme-t-il. Le surnaturel, comme tout ce qui peut surprendre ou qui est inexplicable, m’a toujours intéressé. »

Malgré cette curiosité, rien ne semblait prédestiner ce gamer à devenir l’un des Youtubeurs les plus suivis de l’Hexagone en matière de chasse aux fantômes. Accro à Minecraft, un jeu vidéo de création et de survie, le Bordelais enchaîne dans un premier temps les vidéos où il se filme jouant et commentant ses parties. 

Puis un beau jour, il décide de proposer un contenu différent. « Jouer à des jeux vidéo, c’était bien, mais c’était parfois un peu plan-plan. J’ai toujours regardé beaucoup d’émissions consacrées au surnaturel. Ça m’a donné envie de me mettre à la chasse aux fantômes. Alors j’ai acheté des caméras et je me suis lancé. J’avais 40 ans et je voulais vivre quelque chose d’exceptionnel ! » Et comme Guillaume est un inconditionnel de l’émission J’irai dormir chez vous, il s’inspire de l’équipement d’Antoine de Maximy pour fixer deux caméras paluches sur lui. Filmant en caméra subjective, il emporte avec lui ses abonnés dans des châteaux ou maisons laissées à l’abandon dans la région bordelaise. 

Un chasseur sachant chasser 

Depuis sa première vidéo, Guillaume a parcouru du chemin. Parfois en suivant des sentiers sinueux, comme la fois où il a avoué, poussé par des révélations faites par différents internautes, avoir triché. « Au tout début de l’aventure, je n’avais pas de garde-fou. J’ai truqué une vidéo », admet-il. Après un an d’arrêt, il se remet à chasser le fantôme et rend sa démarche plus rigoureuse. « Mon travail, c’est de vérifier que quelque chose est vrai. J’essaie de trouver des phénomènes avec mes caméras et mes appareils. » 

Très influencé par la « zététique », souvent décrite comme l’art du doute, Guillaume se met à questionner davantage les bruits qu’il entend et autres indices étranges qu’il croise lors de ses enquêtes. Pour tenter de détecter l’activité d’un éventuel fantôme, il s’arme tantôt d’un capteur de champ électromagnétique, tantôt d’une radio, des appareils très utilisés par les amateurs de surnaturel. « J’ai remis en question l’équipement classique d’un chasseur de fantôme et une partie ne m’a pas convaincu, tranche Guillaume. Démystifier ça fait aussi partie du job. Par exemple, l’utilisation de radio pour trouver des fréquences avec lesquelles les fantômes pourraient communiquer. On a parfois l’impression que quelque chose nous répond, mais ce sont des émissions de radio. » 

La Région Nouvelle-Aquitaine serait propice aux évènements de hantises — Photo : Tandem X Visuals

À mesure que sa démarche évolue, le chasseur de fantômes semble de moins en moins convaincu de leur existence. Après six ans de traque d’esprits en tout genre, il raconte avoir multiplié les expériences étranges, mais confie ne pas avoir de preuve de leur présence. Entre ses premières chasses aux fantômes de 2014 et les dernières, Guss DX — son pseudonyme — a changé son approche et ses discours. D’ailleurs, sur ces anciennes vidéos, un petit commentaire vient prévenir les spectateurs : « Cette enquête a été menée il y a quelques années, elle doit être regardée avec du recul. En effet, elle contient probablement des erreurs de protocole, de jugement, d’interprétations et d’analyse. » Une seule chose n’a pas changé : c’est toujours lui qui compose les musiques inquiétantes de ses contenus. 

Club paranormal

« Guss DX » est l’un des Youtubeurs précurseurs dans l’exploration du paranormal. Aujourd’hui, ils sont nombreux à enchaîner les millions de vues avec le surnaturel, comme le Suisse Le Grand JD ou la Belge Silent Jill. « La chasse aux fantômes s’est démocratisée, à tort et à travers », résume Guillaume. 

Même Laetitia s’est mise à YouTube. Avec un groupe d’amis, elle a fondé l’Aquitaine Paranormal Investigation. Cette association mène l’enquête dans des lieux abandonnés et chez les particuliers de la région. 3 000 abonnés Facebook et 1 500 sur YouTube plus tard, l’API a trouvé son public. « Nous prouvons avec des outils électroniques comme des caméras thermiques et des détecteurs d’ondes qu’il y a des choses étranges, veut croire la fondatrice de l’API. C’est mesurable. Même si nous n’avons pas les moyens des Youtubeurs ! »

L’histoire de la région étant chargée en batailles médiévales, elle serait propice aux apparitions surnaturelles, d’après Laetitia. Si Guillaume n’a toujours pas trouvé de fantôme, il juge l’emplacement tout aussi intéressant pour ce type d’enquêtes surnaturelles : « Dans le Bordelais, il y a tout un cheptel de châteaux. Après, les lieux hantés, c’est quelque chose qui s’alimente. J’ai fait une enquête dans un endroit en Gironde qui est devenu, après mon passage, un lieu connu pour les amateurs de paranormal. » Avis aux amateurs de la région : l’Aquitaine Paranormal Investigation et Laetitia recrutent. 

Vincent BRESSON
Fou curieux des communautés en décalage, Vincent regarde la société par ses marges et traine sa plume auprès de différents canards, avec un verre de Gaillac pour encrier.
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