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SOCIAL BRUTAL ÉPISODE 2 CROIX BLEUES ET GILETS JAUNES

Chaque semaine, les images de manifestants blessés lors des mobilisations des gilets jaunes envahissent les réseaux sociaux. Dans ce nouvel épisode de Social Brutal, Revue Far Ouest vous fait découvrir la démarche des “Croix bleues”, ces secouristes de l’extrême qui parcourent les manifestations afin d’administrer les premiers soins aux blessés.

Texte

PAR

Les Frères Lopez

le vendredi 18 janvier 2019

Midi pile. En cette nouvelle journée de mobilisation, toujours aucun gilet jaune ni forces de l’ordre à l’horizon. Nous avons rendez-vous dans Bordeaux avec une équipe de Croix bleues. Deux hommes d’une trentaine d’années nous attendent, adossés à un mur.

Ils sont vite rejoints par le reste de leur équipe. Autour de Vincent, Bastien, Jacques, Paul et Marie, ils sont une quinzaine. Organisés via des groupes sur les réseaux sociaux, ils ont ajusté leur nombre quelques heures avant la manifestation. « Nous avons dû procéder à un grand nettoyage sur Facebook, en réduisant les effectifs de 600 à 200 personnes. Beaucoup ne possédaient aucune compétence médicale. Il y avait même un marabout éloigneur de mauvais sort et une femme qui soignait la douleur en posant sur les corps blessés des pierres chaudes. C’était un peu trop long comme process médical  ! », s’amuse l’un d’entre eux.

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Les "Croix bleues rejoignent la place de la Bourse - Photo  : Alexis Lopez
Leur démarche rappelle celle des Street Medics, qui ont fait leur apparition il y a quelques années sur la zone à défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes, avant de se démocratiser lors des mobilisations face à la « Loi Travail ». Pour autant, l’histoire de ces secouristes des mouvements sociaux est déjà ancienne, puisqu’elle a pris sa source au cœur des combats pour les droits civiques aux États-Unis, dans les années 1960. « Nous avons une démarche un peu différente des street medics, on pense qu’on est plus efficaces en la jouant collectif et en s’organisant avec des tenues officielles, des talkies-walkies... » commente l’un d’entre eux.
À Bordeaux, la plupart de ces croix bleues, plus communément appelés « médics », appartiennent au corps médical  : infirmiers, aides-soignants, pompiers volontaires, anciens militaires... Les âges sont très disparates  : celles et ceux que nous suivons ont entre 22 et 56 ans. Ils forment, comme les gilets jaunes, un groupe hétéroclite.



« C’est génial ce que vous faites, continuez »
Leur après-midi commence souvent par un bilan de la dernière manifestation. Aujourd’hui, ils évoquent le cas d’un jeune homme, blessé à la tempe par un tir de flash-ball. Il n’avait pourtant rien à voir avec les gilets jaunes  : il traversait la rue pour aller dîner chez des amis. La mère du jeune garçon rapidement pris en charge par l’équipe de médics présente sur place leur a témoigné sa gratitude par téléphone. Sourires complices et sentiment du devoir accompli. Tous se félicitent.
Avant de partir, ils se séparent en quatre équipes. Bastien, ancien militaire en charge du groupe, distribue les talkies-walkies et nous regarde fixement  : « Tu as bien ton équipement  ? Sans cela tu ne viens pas avec nous, c’est trop dangereux, tu ne tiendras pas un quart d’heure là-bas. »
Il est 12h15, et le ton est donné. Nous enfilons la tenue officielle de ces soigneurs de l’extrême  : un pardessus blanc floqué d’une croix bleue. À nos côtés, l’équipe se prépare  : masque respiratoire et lunettes de protection hermétiques pour tous.

« On cherche à se distinguer pour que les forces de l’ordre nous reconnaissent et évitent de nous tirer dessus »

La troupe se met en branle, direction place de la Bourse. À son arrivée, quelques gilets jaunes déjà sur place applaudissent les médics. Certains viennent leur serrer la main  : « C’est génial ce que vous faites, continuez » s’exclame l’un d’eux.

Leurs sacs sont remplis de sérum physiologique, afin de calmer les irritations provoquées par le gaz lacrymogène, mais aussi de bandelettes, de pansements israéliens, de compresses, de sparadraps…

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L'équipement complet - Photo  : ALexis Lopez

Jacques, l’aîné de l’équipe, reçoit un coup de fil de sa femme. Elle vient d’être contrôlée à un barrage de police. Les policiers lui ont confisqué son matériel médical ainsi que ses équipements de protection individuelle. Comme elle, au moins une centaine de personnes seront refoulées, à cause d’une paire de lunettes ou d’un casque.
Les premiers slogans retentissent. Les médics, eux, suivent le cortège en marge de la foule, neutralité oblige. « C’est une cause de cœur bien évidemment » confie l’un d’eux. « Si les manifs étaient pro-FN, je ne serais pas là. Mais cela ne nous empêche pas d’être neutre sur le terrain  : on ne fait aucune différence, on ne prend parti pour rien, on est juste là pour soigner. La semaine dernière nous avons donné pas mal de sérum aux CRS qui se prenaient leur gaz en pleine tronche à cause des vents contraires. Ils étaient hyper mal équipés contre leurs propres armes, ils n’avaient qu’un masque à gaz pour deux… » Rires dans l’assemblée.

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La manifestation commence - Photo  : Alexis Lopez

Après plusieurs dizaines de minutes de marche dans le calme, nous recevons un appel par talkie-walkie  : « Ça commence à chauffer au niveau des CRS cours Victor Hugo, on a besoin d’une autre équipe. » Nous nous précipitions sur les lieux. Loin du cortège, des manifestants font face aux CRS. Figure respectée, un des médics intervient et tente de convaincre les gilets jaunes de rejoindre le reste des troupes. Mais ces derniers sont déterminés symboliquement à accéder au plus près de la mairie de Bordeaux. Les médics capitulent et restent sur place, prêts à intervenir.

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Un medic cherche à convaincre les manifestants de rejoindre les autres - Photo  : Alexis Lopez

La situation est délétère. Des gilets jaunes entourent désormais un des deux cordons de CRS. Ces derniers resserrent leurs rangs. Une main se saisit d’un flash-ball. Mal à l’aise, nous nous collons contre un mur. Nous repensons aux récentes déclarations des porte-paroles du gouvernement, qui assurent que depuis des mois, les forces de l’ordre ne sont là que pour assurer la sécurité des manifestants. Notre constat est sans appel  : nous ne nous sommes jamais sentis aussi peu en sécurité qu’ici.

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Dix longues minutes plus tard, les CRS laissent les manifestants pénétrer dans la rue Sainte-Catherine. Les forces de l’ordre ont réussi leur manœuvre  : le cortège est divisé en deux, une partie a regagné les quais, l’autre a rejoint la mairie. Les médics s’engouffrent dans une petite rue pour rattraper la tête du cortège. « Merde  ! Y a les flics au bout de la rue », lâche l’un d’eux. « C’est trop risqué de passer, ils pourraient nous prendre notre matériel. » Nous faisons demi-tour.

Place Pey-Berland, les hostilités ont déjà commencé. Le camion à eau excite les manifestants comme un picador énerve le taureau. En échange, quelques pavés, canettes, et autres projectiles font le chemin inverse.

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L’équipe de médics tente de se positionner au cœur de l’action, là où les premières blessures sont susceptibles d’arriver, quitte à se mettre en danger personnellement. Un déluge d’eau s’abat sur nous. Nous continuerons la journée saisis par le froid de nos vêtements humides.

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Les medics restent au plus près des affrontements - Photo  : Alexis Lopez

Non loin de nous se tiennent des camions de pompiers.

« Les pompiers  ? Ils ont un protocole d’intervention très long par rapport à nous. Nous sommes des relais, pour eux. Sur des blessures graves, c’est presque de la médecine de guerre avant que les pompiers ne les prennent en charge. Néanmoins, 90  % des blessures que nous traitons, ce sont des bleus, ou des malaises à causes des gaz lacrymogènes. D’ailleurs ces gens ne sont jamais pris en compte comme blessés dans les statistiques. Si tu regardes les bilans des manifs tu rigoles, en général il y a plus de flics blessés que de manifestants…  » raconte Paul.

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Le médic n’a pas le temps de finir sa phrase qu’une salve de galets de gaz lacrymogènes fend le ciel et se sépare en langue de serpent à 5 branches. Les vapeurs toxiques inondent la place. Malgré nos équipements, des larmes coulent de nos yeux brûlants. Nous suffoquons. Sans attendre, nous nous réfugions dans une petite rue.
Les médics s’auto-médiquent, à grand coup de sérum physiologique. Pendant ce temps, un manifestant réplique en tirant quelques feux d’artifices en direction des forces de l’ordre. La foule applaudit.
Visiblement très remontés, les CRS et les agents de la Brigade Anti Criminalité (BAC) se renvoient les manifestants, en orchestrant différentes charges. La nuit tombe sur la ville. La peur, aussi.

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La nuit tombe - Photo  : Alexis Lopez
En vingt minutes, le cortège est divisé et rabroué dans deux rues perpendiculaires, hors de portée de la mairie. Nous nous retrouvons aux côtés de manifestants essoufflés et hagards. Tout à coup, une équipe de la BAC –véritable bête noire des manifestants comme des médics- déboule derrière nous. Brassards orange au bras, visage masqué par une cagoule, ils avancent à vive allure en direction des CRS.

L’un d’entre eux pointe les manifestants au flash-ball. Nous nous décalons précipitamment de l’autre côté de la rue. Certains se mettent de dos, face contre le mur et bras en l’air. Un médic nous met en garde  : « Il faut faire hyper gaffe avec la BAC  ! Ils tirent n’importent où, ils s’en foutent. Les gros dégâts, c’est eux qui les font. » Les officiers de la BAC ont rejoint leurs collègues.

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Un jeune homme démonte un feu de signalisation. À nouveau, la tension monte. Soudain, des cris de panique se font entendre. Perdus au milieu d’un nuage de gaz, nous n’y voyons plus à deux mètres. Des voix s’élèvent  : « Ne courrez pas  ! Restez calme. » Nous entendons le bruit des balles en caoutchouc qui s’écrasent contre les murs. Des hurlements de douleur raisonnent aussi de part et d’autre. Nous sommes en danger. Nous courrons. Un médic nous rattrape  : « Il faut rejoindre les autres au Subway  ! »

Nous agrippons son épaule et fonçons tête baissée dans l’épais nuage de gaz jusqu’au fast-food où l’un des serveurs crie « Par ici, allez, dépêchez-vous  ! » À l’intérieur, nous retrouvons un homme qui se tord de douleur, c’est Jacques, un des médics. Il vient de recevoir un tir de flash-ball dans les côtes. Marie, elle, a été brûlée à l’épaule par un galet de gaz lacrymogène. En plein milieu du restaurant, une personne âgée reçoit des gouttes d’apaisement dans l’indifférence générale  : les clients du fast-food, impassibles poursuivent leur repas, comme si la ville s’était habituée à de telles scènes.

social brutal, violences, violent, revue far ouest, local, documentaire, long formats, sud ouest, bordeaux, manifestations, CRS, Bordeaux, Pey Berland, débordement, politique, affrontements, street medics, croix bleues, soins, blessés, violences policières Photo  : Alexis Lopez
« Le propriétaire du Subway est super sympa. Lors d’une manif, il nous a ouvert les portes pour que l’on puisse soigner des blessés. Depuis, le restau constitue notre base arrière on y vient avant les manifs y déposer du matériel » raconte Bastien.
Dehors, les manifestants ripostent en mettant le feu à quelques poubelles. Les médics reprennent leur souffle avant de repartir soigner les personnes blessées et incommodées. Une manifestante nous interpelle. « Venez, venez, il y a un blessé  ! »
Nous la suivons. Au milieu de la foule, un homme apparaît. Il se tient les testicules et hurle de douleur. Les médics cherchent un endroit au calme.

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« Venez, venez, il y a un blessé  ! » - Photo  : Alexis Lopez

L’homme, âgé d’une vingtaine d’année, demande à son amie de se retourner, puis baisse son pantalon et se palpe. Plus de peur que de mal, finalement. Mais le jeune homme le sait  : il a échappé à une blessure beaucoup plus grave. Durant les mobilisations du mois de décembre, un Bordelais n’a pas eu cette chance et a dû subir une ablation d’un testicule suite à un tir de flash-ball. Un danger dont Bastien a conscience  : le medic porte d’ailleurs une coquille. « Certain ont même des blousons de motos et des protèges tibia pour amortir les tirs de flashball » explique Vincent.

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Photo  : Alexis Lopez

« Médics, Médics ».... Des voix hurlent dans la nuit bordelaise. Les appels sont de plus en plus rapprochés. C’est fois-ci, une dame de 40 ans vient de recevoir un tir de flash-ball dans le pied. Elle est clouée au sol. Les blessures se succèdent, comme si la ville était tombée sous une chape de plomb répressive. Sans distinction, elle transforme en cible potentielle toutes celles et ceux qui sont dans la rue. Les CRS donnent un nouvel assaut. La foule se disperse.

« Nous ne sommes à l’abri de rien »

Les médics se regroupent devant la Grosse cloche pour dresser à chaud un premier bilan de la manifestation. Tous pointent du doigt « l’extrême violence » des forces de l’ordre. Les terribles images de cet homme, errant place Pey-Berland avec une main arrachée suite à l’explosion d’une grenade GLI F4 il y a quelques jours, sont encore dans toutes les têtes. « On ne peut pas frapper sur nos concitoyens comme ça, cela n’est pas possible  ! » tranche Paul.
Au cours de la manif, Jacques nous signale plusieurs manifestants violents en les pointant du doigt. « Ceux là, ils sont juste la pour foutre la merde. » Jacques ne les supporte pas  :« Ils excitent les forces de police, on s’en serait tous bien passé  !  »
« En même temps, faut les comprendre, personne n’écoute ces jeunes. Ils hurlent dans le désert depuis plus de dix ans et personne ne leur répond, au bout d’un moment ils haussent le ton, il ne faut pas s’étonner » intervient un gilet jaune qui écoutait notre conversation.
Pour Jacques, Bastien, ainsi que la majorité des médics, la journée s’arrête là. Pas question pour eux de compromettre les missions futures en suivant les derniers heurts qui éclatent ça et là. Mais chaque médic semble libre de ses décisions  : Xavier, un SDF formé aux premiers secours, prend la tête d’une équipe réduite et part en direction du cours de la Marne. Nous le suivons. Des barricades jonchent le macadam, des guichets de banques ont été vandalisés. Les CRS stationnent là, à une dizaine de mètres devant nous. Pour leur témoigner de leur neutralité, Xavier se jette sur une barricade effondrée et l’enlève à main nue afin de libérer la chaussée. Un autre médic vient lui prêter main forte. Quelques minutes après, l’équipe prend en charge un jeune homme touché au visage par un nouveau tir de flash-ball alors qu’il sortait de chez lui.
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Le décor parait désolé. Les médics, eux, regagnent les quais, où une armada de véhicules de police et de gendarmerie stationnent. « Trop suspect de passer sous le pont » commente Xavier. Un policier nous salue et nous lance un amical «  merci les gars, bonne fin de journée ». Une formule de politesse que les médics renvoient.

Quelques mètres plus loin, le ton change. Ils sont encerclés par une équipe de la gendarmerie, et fouillés comme des suspects. Face à l’évidence, les militaires laissent l’équipe continuer sa route  : « Soyez plus identifiables la prochaine fois  ! » lâche l’un d’entre eux. Les médics n’en reviennent pas. Comment être plus reconnaissables  ?

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Photo  : Alexis Lopez

 

Soigner les blessures que personne ne veut voir
Le rôle des Croix bleues est chaque semaine plus précieux. En plus de soigner, ils rassurent de nombreux manifestants par leur simple présence. Et ce n’est pas rien. Alors qu’à l’échelle nationale, au terme de neuf semaines de mobilisation, plus de 1700 personnes ont été blessées dans des opérations de maintien de l’ordre –dont une centaine grièvement-, ils sont devenus un acteur incontournable des manifestations. À Bordeaux particulièrement, où le « bilan blessures » est très lourd.

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Photo  : Alexis Lopez
Depuis le début des manifestations, ils sont plusieurs dizaines à s’être relayés bénévolement, afin de soigner des blessures que personne ne souhaite voir. Vers minuit, Bastien, ancien militaire pourtant aguerri aux scènes violentes, nous envoie un message « Ça va  ? Vous encaissez  ? J’en ai pris gros aujourd’hui, vraiment… »
Nous lui demandons si il a eu peur.
« Tu vois Agathe qui était pourtant en deuxième ligne  ?  ! Elle m’a dit qu’elle ne viendrait plus car c’était trop violent. En même temps, elle a raison. Toutes les semaines l’un d’entre nous repart avec un hématome causé par un tir de flash-ball. Après pour ma part, comme on est de plus en plus identifiables par les forces de l’ordre, j’ai moins peur qu’en tant que manifestant. »

 

Alors, qu’est-ce qui pousse ces hommes et ces femmes à mettre en danger leur intégrité physique afin de soigner, de panser, de réconforter  ?

Depuis le début du mouvement, Paul a mis sa vie de famille entre parenthèse. Finies les promenades du soir avec sa fille et les week-ends en amoureux. « Ma femme me le reproche, mais devant la violence de la répression policière, je ne pouvais pas rester là sans rien faire. C’est mon devoir de citoyen. » Vincent ajoute « Pour moi c’est à peu près la même chose. Quand on réprime des manifestants avec autant de violence, c’est une atteinte à la liberté d’expression. »

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Les lacrymogènes et les grenades pleuvent - Photo  : Alexis Lopez
Les médics avancent sur le fil du rasoir, coincés entre des manifestants déterminés et des forces de l’ordre qui semblent prêtes à tout afin de contenir la colère des gilets jaunes. L’histoire de Paul, Bastien, de Vincent, de Jacques, et des autres est intimement liée à celle du mouvement. Face à une escalade de violence à laquelle personne ne voit d’issue, ils entendent bien continuer leur rôle chaque samedi dans les rues de la capitale girondine  : « Depuis peu, nous sommes en contact avec un haut-gradé des forces de l’ordre, commente Vincent. Le contact est bien passé entre nous. Il a reconnu notre sérieux et notre neutralité sur les manifs, cela devrait nous éviter d’être pris pour cible. »
Pour autant, ces secouristes des temps modernes ne sont à l’abri de rien. Et ils le savent. Sans diplôme certifié et sans activité contrôlée dans ces manifestations, ils n’ont aucun statut spécial à faire valoir auprès des autorités en cas d’interpellation.
À Lille, lors d’une manifestation, l’ensemble de l’équipe des médics a été placée en garde à vue et certains ont même été accusés du délit « d’exercice illégal de la médecine ». Mais pour Marie, « ne pas intervenir cela serait de la non-assistance à personne en danger. »
Doivent-ils pour autant attendre de l’État et de ses représentants une reconnaissance  ? Rien n’est moins sûr. Reconnaître l’utilité des médics reviendrait pour l’État français à reconnaître de facto des violences disproportionnées.

social brutal, violences, violent, revue far ouest, local, documentaire, long formats, sud ouest, bordeaux, manifestations, CRS, Bordeaux, Pey Berland, débordement, politique, affrontements, street medics, croix bleues, soins, blessés, violences policièresSur les pavés, le sang  : Photo  : Alexis Lopez
« Actuellement, on travaille sur plusieurs choses. L’objectif numéro un est de préserver le lien que nous avons commencé à construire avec les forces de l’ordre. On veut pouvoir circuler librement sans être menacé d’interpellation ou de se voir confisquer notre matériel. Ensuite, on travaille en interne sur une tenue officielle, avec un logo commun pour être identifiable plus facilement des forces de l’ordre et des manifestants. On a mis en place un financement participatif pour ceux qui veulent nous aider. Ça nous servira à acheter des EPI (équipement de protection individuelle) pour les médics qui n’en ont pas les moyens et à financer les tenues » conclut Bastien.
La fin de leur aventure collective reste à écrire.
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