Épisode 3
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Mardi 5 février 2019
par Laurent Perpigna Iban
Laurent Perpigna Iban
Il travaille principalement sur la question des nations sans états, des luttes d'émancipation des peuples aux processus politiques en cours, des minorités, et des réfugiés. Il est souvent sur la route du proche et du moyen Orient pour son site Folklore du quotidien.

Enseignant chercheur, « géographe libertaire » et auteur d’une vingtaine d’ouvrages, Philippe Pelletier écume les sphères militantes depuis la fin des années 1970. Son implication au sein de la Fédération Anarchiste (FA) et ses travaux sur ces questions lui confèrent un regard avisé sur les soubresauts de nos sociétés. Alors que la France est secouée par un mouvement horizontal, protéiforme et hétéroclite inédit, Revue Far Ouest s’est intéressé à sa lecture de la situation.

Quel regard porte le géographe libertaire que vous êtes sur le mouvement des gilets jaunes ?

C’est un mouvement national, pas seulement périurbain et rural. Cette problématique de la précarité est présente sur l’ensemble du territoire. Sa spécificité, ce sont les modes d’occupation de l’espace : immédiatement, les gilets jaunes ont ciblé les espaces de consommation de masse, les supermarchés et des ronds-points emblématiques de la reconfiguration des flux routiers. Les grandes manifestations qui se sont déroulées sur les Champs-Élysées ont un caractère symbolique très intéressant : cette avenue représente la richesse, le clinquant. Et dans toutes les manifestations radicales, c’est bien la richesse et le luxe ostentatoire qui sont visés.

Caractériser ce mouvement, un exercice difficile ?

C’est un mouvement social, populaire et spontané, même si les manifestations ont tout de même été préparées en amont via un fonctionnement communautaire sur les réseaux sociaux. Ce sont de nouveaux modes opératoires, très porteurs en termes de mobilisation.

Le sens de la révolte, le besoin de liberté, le désir de justice, ce sont des éléments consubstantiels à l’anarchisme. Après, peut-on théoriser le mouvement des gilets jaunes en tant que tel ? Il est beaucoup trop tôt pour le dire. Si le mouvement des gilets jaunes a une dimension anarchique, il n’en est pas pour autant anarchiste. Il n’est pas pensé comme un projet libertaire et émancipateur. En revanche, certaines de ses formes relèvent bien, elles, d’une démarche libertaire : la dimension spontanée du mouvement, son horizontalité, et surtout son refus de tout mandatement.

Il n’est pas pensé comme un projet libertaire et émancipateur, mais certaines de ses formes relèvent bien, elles, d’une démarche libertaire

J’insiste sur ce point, qui est très révélateur : traditionnellement, dans la logique des pouvoirs politiques et médiatiques, il faut stratégiquement des représentants, des responsables, ou des bureaucrates syndicaux, afin de négocier la paix sociale. La nouveauté, c’est que ce mouvement a refusé ce principe de délégation.

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Laurent Perpigna Iban
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