Au cœur de la campagne girondine, une génération de jeunes agriculteurs se prépare à prendre la relève de la vieille garde incarnée par Hervé Georges, paysan et militant. Dans ses pas, ils poursuivent le rêve d’approvisionner la population locale en produits bio et locaux. Un idéal d’autonomie alimentaire de plus en plus pris au sérieux par les collectivités locales. Mais ces agriculteurs modernes devront d’abord revendiquer leurs droits sur une terre depuis longtemps accaparée par l’urbanisme. Hervé Georges nous raconte son dernier combat.
La ferme de Sillac a un air de carte postale. Au bout d’un chemin de campagne long de 8 km, véritable trait d’union entre la Gironde et les Landes, la résidence d’Hervé Georges apparaît enfin au milieu de nulle part. Oasis en plein désert. Précédé par sa basse-cour, le maître des lieux nous invite à passer le pas de sa porte.
Rebelle dans l’âme, son visage, à moitié mangé par une épaisse barbe, en dit long sur ses années au service de la terre. Ancien président de l’association girondine pour l’agriculture paysanne, il fonde en 2003 Les jardins de Sillac, la première AMAP d’Aquitaine (association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Aux premières heures de la révolte verte, il était faucheur volontaire aux côtés de José Bové. Militant, il participe au blocage du CEA au Barp dans les années 90 « quand Chirac faisait des essais nucléaires ».
Il a vu naître les « verts » en Aquitaine dans les années 1980 et a été le témoin de « la création de la gauche plurielle ». Membre de la confédération paysanne, conseiller municipal à Salles… Un pedigree qui ne l’empêche pas de garder la tête froide et de rester pragmatique. À 64 ans, Hervé Georges ne jure désormais que par son engagement local. N’oubliant pas ses promesses d’un avenir meilleur, c’est donc vers l’éducation des jeunes qu’il se tourne. « On croit plus en eux qu’aux adultes… »
Passer le flambeau
Conscient de sa place dans son environnement, il ne peut se résoudre à séparer son exploitation agricole de son volet social. « C’est ce qui fait la différence avec les gros producteurs qui se disent “bio”, mais qui exploitent la main-d’œuvre. » Au sein de sa ferme, située à 40 kilomètres de la métropole bordelaise, une demi-douzaine d’apprentis s’affaire.
Un véritable ballet de personnages accordant çà et là les attentions propres à la bonne tenue de ce lieu de vie rustique, presque communautaire. En reconversion professionnelle, ces paysans de passage se forment chaque année à « l’agriculture bio ». Une méthode qui exclut l’usage de produits chimiques de synthèse et d’OGM et qui en contrepartie impose d’être au chevet de cultures fragiles par essence. « Il faut surveiller toute la journée. Aérer, arroser, observer… Quand tu es en “chimique”, tu peux passer à autre chose, mais nous, il faut que l’on soit toute la journée le nez dans les plates-bandes pour surveiller les maladies… »
Respectant la nature et ses cycles, cette approche délaisse la monoculture, les élevages industriels et leur préfère la création d’écosystèmes vertueux. Ainsi la ferme de Sillac produit plus de 40 sortes de légumes différents tels que radis, choux, tomates, concombres et salades parmi tant d’autres. […]
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Retrouvez cet article dans Revue Far Ouest : Courage.
Qu’ils portent de grandes causes ou qu’ils luttent au quotidien pour leur survie, nous avons voulu vous raconter ces courageux et ces courageuses, qui souvent s’ignorent.