Épisode 9
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Jeudi 12 avril 2018
par Laurent Perpigna Iban
Laurent Perpigna Iban
Il travaille principalement sur la question des nations sans états, des luttes d'émancipation des peuples aux processus politiques en cours, des minorités, et des réfugiés. Il est souvent sur la route du proche et du moyen Orient pour son site Folklore du quotidien.

Le canot pneumatique est à l’arrêt. Ses passagers sont cahotés, de gauche à droite. Plus personne ne parle. Chacun scrute l’horizon, craignant de voir apparaître les très redoutés garde-côtes. Tous ont déjà parcouru des milliers de kilomètres, pas question de se faire prendre si près du but. Finalement, l’embarcation de fortune reprend sa course vers les côtes européennes. Ces moments de doutes, Nayem S. les a vécus. De cette partie de cache-cache avec la mort tout autant qu’avec les garde-côtes espagnols, il en garde des souvenirs indélébiles. Aujourd’hui, il vit à Bordeaux, où il a posé ses valises.

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Chaque odyssée a son point de départ. Celle de Nayem débute quelque part dans une enclave sous haute surveillance, au cœur du grand sud algérien, à quelques kilomètres de la ville de Tindouf. Dans ces zones désertiques coupées du reste du monde, balayées par des vents brulants, ce sont près de 165 000 Sahraouis qui survivent encore aujourd’hui dans les camps du Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR, rattaché à l’Organisation des Nations Unies).

Dans les camps, la vie est très dure. « Nous avons passé 38 ans sans électricité. Il a fallu attendre l’intervention d’organisations européennes et du HCR en 2013, pour voir notre quotidien un peu amélioré. Mais c’est la misère. Il n’y a pas de travail. Les seules possibilités qui s’offrent aux habitants sont une place à l’hôpital de Rabouni, dans l’administratif au sein du Front Polisario, où dans les écoles » explique Nayem.

Nayem, un sahraoui
Nayem vivait dans un camp, dans le désert — Photo : Laurent Perpigna Iban

Les Sahraouis, ce peuple que tout le monde oublie

Le conflit sahraoui est souvent présenté comme un conflit « oublié ». Pourtant, la bataille qui se livre pour le contrôle du Sahara occidental engage directement la responsabilité des peuples européens, puisqu’elle puise sa source dans le partage de l’Afrique de l’Ouest entre les puissances coloniales françaises et espagnoles.

C’est en 1975 que l’Espagne se retire du Sahara occidental, sans prendre la peine d’organiser de référendum, malgré les recommandations de l’ONU. Pour le Maroc, il n’y a pas à discuter. Ce territoire est le sien, d’ailleurs il en revendique le contrôle depuis son accession à l’indépendance, en 1956. Le 6 novembre 1975, face aux velléités indépendantistes sahraouies, Hassan II lève 350 000 volontaires qui vont tous converger vers le Sahara occidental. C’est la Marche Verte. Une large partie des Sahraouis n’a d’autre option que de fuir. Ils passent la frontière algérienne, et s’installent au milieu du désert. 43 ans après, ils y sont toujours.

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