Et si la contraception n’était plus seulement une affaire de femmes ? Préservatif, vasectomie, méthodes thermiques… les options masculines existent bel et bien, mais restent méconnues. Entre idées reçues et manque de soutien, ces solutions gagneraient pourtant à être mieux connues et discutées.
En mars dernier, la France a été le premier pays au monde à inscrire explicitement l’interruption volontaire de grossesse (IVG) dans sa Constitution. Mais quid de la contraception ? Et surtout de la contraception masculine. À la rédaction, on s’est demandé où on en était et on a cherché à comprendre pourquoi celle-ci était encore peu développée.
Depuis quand parle-t-on de contraception masculine?
La contraception, c’est l’une des plus grandes avancées médicales et sociales du XXe siècle. Mais une avancée qui semble être une affaire de femmes. Et pourtant, ça aurait pu ne pas être le cas… Dans les années 1950, lorsque le scientifique américain Gregory Pincus invente avec l’aide de militantes féministes, une pilule contraceptive féminine, une version masculine est aussi pensée. Mais elle est très rapidement abandonnée. La raison : «Le plus gros obstacle pour les scientifiques était l’attitude des hommes en général. Ils avaient peur qu’une pilule contraceptive interfère avec leur libido, ce qui n’était pas acceptable», explique le médecin.
Dans les années 1970, une méthode avec des injections de testostérone est mise en place, mais elle cause des effets secondaires qui la rendent impopulaire auprès des hommes : prise de poids, baisse de la libido, troubles de l’humeur… Bref, les mêmes effets secondaires que la contraception hormonale féminine.
Quelles sont les options qui existent aujourd’hui?
Aujourd’hui, en France, seulement deux méthodes de contraception masculine sont reconnues par la Haute Autorité de santé (HAS). Le port du préservatif masculin et la vasectomie, une opération consistant à sectionner les canaux déférents, reliant les testicules à la prostate, pour empêcher le passage de spermatozoïdes. Cette contraception autorisée depuis 2001 est considérée comme définitive, bien qu’une opération restauratrice soit possible, mais avec des résultats aléatoires.
Selon une étude menée par l’Assurance maladie et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), cette dernière a vu son nombre d’interventions multiplié par 15 entre 2010 et 2022, passant de 1 940 à 30 288. Même si cette évolution semble importante, le phénomène reste marginal puisqu’il représente 0,15 % des Français.
D’autres méthodes contraceptives existent, mais ne sont ni reconnues par l’OMS, ni par les autorités de santé en France. C’est par exemple le cas de la méthode thermique. Depuis les années 1980, une équipe de médecins toulousains travaillent sur ce principe : en remontant les testicules, leur température augmente de quelques degrés grâce à la chaleur corporelle et va ainsi mettre la production de spermatozoïdes en sommeil. Plusieurs techniques utilisant ce principe existent comme le slip chauffant, le jockstrap ou l’anneau thermique Andro-Switch, conçu par le bordelais Maxime Labrit.
Pourquoi la contraception masculine peine tant à se développer?
La contraception masculine se développe difficilement, et de nombreux facteurs semblent être responsables. Tout d’abord, les laboratoires peinent à investir. Pour Maxime Labrit, « le problème pour les pharmaceutiques, c’est qu’avec une technique comme l’anneau, ils ne gagnent pas assez d’argent. C’est une méthode qui coûte peu cher à la personne et à la société. »
Dans une tribune de Libération portée par un collectif d’associations dont le Planning familial ou GARCON (groupe d’action et de recherche pour la contraception masculine), l’idée qu’il n’y ait pas de volonté politique à promouvoir la contraception masculine est également abordée. « Quand les institutions font correctement leur travail, on observe qu’un homme sur cinq y a recours [à la vasectomie] ».
En plus de tout cela s’ajoute un tabou tenace : « Il y a encore de nombreux freins virilistes. Pour plein de mecs, porter atteinte à leur fertilité revient à mettre en cause leur masculinité », explique Guillaume Daudin, auteur de la BD « Les Contraceptés ».