En Nouvelle-Aquitaine, un habitant sur sept peine à se chauffer ou s’éclairer. Cette précarité énergétique, qui pèse lourd sur la santé et le quotidien, dépasse le simple problème de chauffage. Ce décryptage explique ce phénomène, ses causes multiples et ses enjeux régionaux.
La précarité énergétique en Nouvelle-Aquitaine, on en entend parler à toutes les sauces. Mais est-ce qu’on a vraiment compris ce que c’est et ses conséquences ? En lien direct avec la crise économique et les infrastructures énergétiques défaillantes, cette réalité n’épargne pas les foyers néo-aquitains, confrontés à des conditions de vie parfois difficiles.
C’est quoi la précarité énergétique ?
La précarité énergétique, c’est quand des ménages se retrouvent en difficulté pour accéder à l’énergie nécessaire pour des besoins essentiels comme se chauffer, se nourrir, ou s’éclairer. Lise Desvallées, géographe spécialisée sur la vulnérabilité énergétique, précise : « On parle de précarité énergétique dès qu’un ménage consacre plus de 10 % de ses revenus à payer ses factures d’énergie. »

En Nouvelle-Aquitaine, un habitant sur sept est concerné, soit 440 000 logements. Mais certains départements sont bien plus touchés que d’autres : dans les zones éloignées de l’océan, où les hivers sont plus durs, comme en Creuse, le taux grimpe. Pour s’en sortir, beaucoup de foyers réduisent leurs dépenses énergétiques, quitte à sacrifier leur bien-être. En 2024, 30 % des ménages français déclarent avoir souffert du froid chez eux selon l’Observatoire national de la précarité énergétique.
Et cette réalité a des conséquences bien au-delà de l’inconfort : la précarité énergétique augmente les risques d’asthme, de troubles respiratoires et aggrave même des maladies chroniques, comme la bronchite ou l’arthrite. « Ces conditions de vie pèsent sur la santé mentale et physique », alerte dans Santé publique France le Dr Bernard Ledésert, médecin de santé publique, soulignant aussi l’impact sur l’anxiété et la dépression.
La précarité énergétique, ça ne concerne que les logements ?
Pas du tout ! « La précarité énergétique touche toutes les dépenses en énergie. Si on parle souvent des bâtiments, c’est parce que cette dimension paraît plus concrète, mais ce n’est qu’une partie du problème », contextualise Lise Desvallées.
Dans le Médoc, 22 % des foyers vivent une précarité énergétique liée aux déplacements
En réalité, la précarité concerne tout autant le logement que les dépenses liées aux déplacements. « À Bordeaux, Pau ou Poitiers, les habitants utilisent moins leur voiture ou alors sur des distances plus courtes. Mais dans les zones rurales, c’est le coût de la mobilité qui pèse le plus lourdement, avec des budgets mensuels avoisinant parfois les 400 euros en essence », explique la géographe.
Dans le Médoc, par exemple, 22 % des foyers vivent une précarité énergétique liée aux déplacements selon le contrat local de santé (CLS). Et les conséquences sont directes. D’après l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), 50 % des Français en situation de précarité de mobilité ont déjà dû refuser un emploi ou une formation à cause de difficultés de transport.
La hausse des prix de l’énergie est-elle la seule explication ?
Pas uniquement ! « La guerre en Ukraine a renforcé cette précarité, il y a une vraie fracture avant et après cette crise pour de nombreux foyers », admet Lise Desvallées. En cause, la situation de nombreux ménages qui ont choisi de vivre plus loin de leur lieu de travail, sans anticiper la hausse des frais de transport. Entre 2013 et 2023, le prix de l’essence a bondi de 46 %, selon l’INSEE. « C’est difficile pour ces foyers qui n’avaient pas prévu un tel budget pour leurs trajets », ajoute la chercheuse.
À cela s’ajoutent d’autres facteurs comme un climat de plus en plus extrême en Nouvelle-Aquitaine. Avec le dérèglement climatique, les étés deviennent de plus en plus chauds et les hivers plus rudes, en particulier sur la côte océanique, où de nombreux bâtiments mal conçus et ont du mal à s’adapter. Pour rappel, en 2022, la région a enregistré plus de 70 jours au-dessus des 30 °C.

En 2023, plus d’un million de ménages ont subi des coupures ou des réductions de puissance pour impayés. En Nouvelle-Aquitaine, ce sont surtout les foyers les plus fragiles qui ont souffert, accentuant encore la précarité énergétique.