En Nouvelle-Aquitaine, 42 musées possèdent des pièces originaires du continent africain. Et avec son passé colonial, toutes ne sont pas arrivées sur le territoire en tout légalité. Découvrez l’enjeu derrière la restitution de ces objets volés.
C’est quoi ces « objets volés » ?
Bijoux, instruments du quotidien, restes humains… Ces « objets volés » désignent des pièces acquises dans le contexte de la domination coloniale en Afrique. « On parle d’objets volés quand le contexte de l’obtention rend impossible le consentement », développe Clarisse Gomis, secrétaire générale de l’association girondine Mémoires et Partages qui promeut un travail de mémoire sur la colonisation.
Tous les biens culturels en Europe ne sont donc pas des « objets volés ». Ce point est au cœur du rapport Restituer le patrimoine africain rédigé en 2018 par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy, à la demande d’Emmanuel Macron. Ce document préconise la restitution des œuvres acquises lors des conquêtes militaires, des missions scientifiques, ou encore des objets entrés illicitement dans les collections après les indépendances de 1960.
Mais comment déterminer l’origine de ces objets ? C’est le casse-tête auquel se frottent de nombreuses institutions face au manque de sources. Pour faciliter cette tâche, l’Institut national d’histoire de l’art (INHA) et le musée d’Angoulême ont créé en 2021 une carte en ligne des collections africaines et de leurs archives. Ainsi en Nouvelle-Aquitaine, 42 musées possèdent des pièces originaires du continent africain.
Pourquoi les musées en Nouvelle-Aquitaine ont-ils autant d’objets africains ?
La présence importante d’objets africains dans les musées de Nouvelle-Aquitaine s’explique en partie par son passé colonial. « La région comptait quatre ports stratégiques : Bordeaux, La Rochelle, Rochefort et Bayonne. Ensemble, ils ont accueilli plus de 1 400 expéditions, servant de portes d’entrée et de sortie pour le territoire français », explique Clarisse Gomis de Mémoires et Partages. « De grandes expéditions sont passées par la Nouvelle-Aquitaine, notamment celle de Pierre Savorgnan de Brazza, fondateur de la ville de Brazzaville au Congo. » Bordeaux, en particulier, s’est imposé comme le deuxième port négrier de France, devenant un carrefour clé des échanges entre l’Europe et ses colonies.

Cette dynamique a également conduit de nombreux chercheurs, ethnologues et archéologues à s’installer dans la région, contribuant à l’enrichissement des collections muséales par leurs dons. C’est le cas du musée d’Angoulême, qui détient aujourd’hui la deuxième plus grande collection d’objets africains en France. En 1934, il a reçu plus de 3 200 objets, dont 65 % sont d’origine subsaharienne, grâce au legs du docteur Jules Lhomme. « Ce sont des pistes de réflexion, nous en sommes encore au début de nos recherches pour comprendre comment des villes éloignées de l’océan, comme Angoulême, ont pu rassembler autant d’objets », précise Émilie Sallabery, directrice du musée d’Angoulême.
Est-ce que c’est la fin des collections africaines dans les musées français ?
Pas du tout ! Le débat sur la restitution des collections africaines est loin d’être clos, en grande partie en raison du principe d’inaliénabilité qui régit les collections publiques en France. En bref, la restitution des œuvres ne peut se faire qu’au cas par cas, par le biais de lois spécifiques. C’est pourquoi, à ce jour, parmi les sept demandes officielles de restitution, seules celles du Bénin et du Sénégal ont abouti.
Tous les pays africains ne cherchent pas non plus à récupérer leurs objets. De nombreux États africains n’ont pas formulé de demande officielle de restitution, souvent par manque de moyens ou d’infrastructures. De plus, la restitution ne signifie pas nécessairement que les objets retourneront en Afrique. Il s’agit également de permettre à ces pays de retrouver une propriété symbolique et de participer à la discussion autour de leur patrimoine culturel.
Ainsi, certaines œuvres restituées peuvent rester conservées dans des musées en France sous forme de prêts. « Il faut aborder chaque cas individuellement selon les pays concernés. Une approche créative est essentielle pour assurer des échanges équitables. On pourrait envisager une taxe prélevée dans les musées pour soutenir des initiatives artistiques et éducatives dans les pays concernés », suggère Clarisse Gomis.
Enfin, même si tous les objets devaient être restitués, l’impact sur les musées serait relatif. En effet, plus de la moitié des objets africains détenus par les musées français sont conservés en réserve selon la chercheuse de l’art Bénédicte Savoy.