Mauvaise réputation, maladies supposées, carnage dans les poulaillers… Le renard cumule les accusations. Rencontre avec Yves Verilhac, directeur général de la LPO, qui plaide pour la réhabilitation d’un animal injustement condamné — et économiquement précieux.
L’être humain est quelque peu autocentré. Il a tendance à percevoir les animaux sauvages en fonction de qu’ils… ou de ce qu’il coûte ! Évidemment que nous avons envie de sauver des hérissons tous mignons ou des rapaces majestueux. Le renard, lui, est une espèce nuisible. Mais l’est-il vraiment ?
Le renard est classé en ESOD : « Espèce pouvant occasionner des dégâts ». Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’il peut être chassé toute l’année et sans restriction. On estime entre 500 000 et 600 000 renards tués par an. Pourtant, le renard ne mérite pas sa vilaine réputation. Mieux : il peut être un véritable auxiliaire pour l’homme. De plus en plus d’associations défendent le renard et réclament qu’il quitte la liste ESOD. Pourquoi ?
C’est ce qu’on a demandé à Yves Verilhac, directeur général de la LPO. Direction la station de Lagunage de Rochefort, pour observer les renards.
Un sujet tiré de l’émission PopEx « Sauver le sauvage » (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Camille Poirot.
Le renard est une espèce nuisible parce que… il transmet des maladies.
Est-il vrai que le renard a la rage ?
À la fin des années 60, on repère des cas de rages du renard en France métropolitaine. On décide alors d’éradiquer la maladie en chassant le renard, mais sans succès. Dans les années 1990, il y a eu une campagne de vaccination de la faune sauvage, au moyen d’appâts vaccinaux. Ça, ça a marché, et depuis 2001, la rage du renard est déclarée éliminée par l’Institut Pasteur.
Donc le renard ne transmet plus aujourd’hui la rage. Et les autres maladies ?
Il est accusé aussi de transmettre, par ses excréments, l’échinococcose alvéolaire, une maladie grave véhiculée par un parasite qui s’attaque au foie. Mais avec des réflexes d’hygiène simple et un peu de bon sens, comme ne pas manger de fruits qui poussent près du sol en forêt, l’homme ne craint rien.

Des études ont démontré que tuer le renard n’a aucun effet sur la diffusion de l’échinococcose alvéolaire. Le renard est un animal territorial. Vous en tuez un, vous libérez donc son territoire pour un autre. Donc les déplacements de renard sont augmentés, et avec ça, la diffusion de la maladie. L’abatage massif des renards est non seulement inefficace, mais même contre-productif.
Le renard est une espèce nuisible parce que… il manque les poules
Mais le renard fait tout de même des dégâts. Le renard n’est-il pas un tueur de poules ?
Alors, écoutez : moi j’appâte le renard pour l’observer, et j’ai quand même un poulailler. Et mes poules vont bien. Vous les rentrez, vous avez un poulailler étanche et c’est bon. Les poules ont bien plus à craindre des belettes ou des chats, que des renards.
Les dégâts sur les poulaillers de particulier ne devraient même pas être décomptés, c’est un non-sens. Les élevages professionnels ne sont pas concernés par ce type de dégâts, ils sont bien protégés contre les intrusions. Il s’agit surtout d’expliquer aux particuliers comment bien protéger leur poulailler, et surtout : vérifier que c’est bien le renard qui est responsable des dégâts. Il n’y a aucune vérification de faite, et le renard n’est pas toujours le responsable.
Est-ce que le renard peut avoir des effets positifs, notamment sur l’agriculture ?
Chaque renard mange entre 3000 et 8000 rongeurs par an, et surtout des campagnols, qui pourrissent la vie des agriculteurs. On parle de 40 % de perte dans les récoltes agricoles à cause du campagnol. Chaque renard ferait ainsi économiser entre 1000 et 2400 € par an à l’agriculture. 600 000 renards tués par an… Faites le calcul.