Épisode 12
9 minutes de lecture
Dimanche 16 novembre 2025
par LA RÉDACTION
LA RÉDACTION
Nous sommes un média en ligne, local, indépendant, sans publicité et engagé. Nous voulons partir de chez nous, du local, pour ancrer des histoires et des personnages dont le vécu interroge notre place au sein de la collectivité.

À Ustaritz, le centre de soin Hegalaldia reçoit chaque année des animaux sauvages blessés. Dans cet entretien, Stephan Maury, livre ses conseils pour aider sans nuire.

En 2020, 2500 animaux ont été recueillis par le centre de soin Hegalaldia, à Ustaritz. Pourquoi ?

En 6 ans, entre 2009 et 2015, 30 000 hectares de nature ont été artificialisés en Nouvelle-Aquitaine. Autrement dit, des prairies et des forêts ont été transformées en habitations, en zones industrielles ou encore en stade. Pour vous donner une idée, cela représente l’équivalent de 6 fois la superficie de Bordeaux. 

Alors que le sauvage voit son territoire se rétrécir, on croise de plus en plus souvent des animaux en détresse en ville. Un oiseau à l’aile cassée, un hérisson blessé ou même un lézard fatigué.

Qu’est-ce qu’on peut faire pour aider ces animaux sauvages ? Les amener dans un centre de soin à la faune sauvage. Comme le centre de soin Hegalaldia, à Ustaritz. Chaque jour, des bénévoles et des salariés se battent pour sauver des animaux en détresse et leur permettre de retrouver la vie sauvage. Pour comprendre comment ils « sauvent le sauvage », nous avons rencontré Stephan Maury, le responsable animalier de l’association Hegalaldia.

Un sujet PopEx (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Laurent Target.

Vous êtes soigneur depuis 20 ans. Comment je fais, si je vois un animal sauvage en détresse ?

Déjà, il faut s’assurer qu’il est en détresse. On l’observe avec les collègues, depuis 5 ou 6 ans, il se passe quelque chose… Moi au printemps, chaque année, j’ai entre 20 et 30% d’animaux qui arrivent au centre Hegalaldia et qui ne devraient pas arriver. Merles, mésanges, moineaux… les espèces communes dans les jardins. On a tellement parlé d’environnement, d’effondrement de population, maintenant les gens, le moindre animal, ils pensent qu’il est en détresse.

Au printemps, quand tous les jeunes oiseaux sortent du nid, selon l’espèce, il faut deux à trois jours, voire dix avant qu’ils volent correctement. Moi je leur dis aux gens, « quand vous êtes sortis du ventre de votre mère, vous êtes pas tout de suite parti faire un marathon ». On rentre dans un engrenage qui est pénalisable pour la faune, surtout pour celle qui est en milieu urbain et périurbain.

Les gens lisent les informations, les reportages de travers. Les gens survolent, et faire passer un message de fond avec les détails, la compréhension ne se fait pas, les gens sont trop éloignés de la nature. La connaissance de l’animal, les citadins l’ont perdue. Complètement. Et ça nous horrifie tous dans les centres de soins à l’heure actuelle.

On fait plus de mal que de bien alors ?

Il y a un éloignement de la nature qui est catastrophique chez les citadins, et on se fait de plus en plus engueuler quand on leur dit qu’il faut laisser l’oisillon. Ils pensent aux prédateurs, qu’ils vont se faire manger. Leur faire comprendre la chaîne alimentaire, que ça fait partie de la vie de la nature, ça c’est très très dur.

J’ai eu des gens, qui avec la communication sur les hérissons en danger qu’il faut sauver, faisaient 300 à 400km sur les routes la nuit, qui ramassaient tous les hérissons et qui me les ramenaient le matin.

J’ai été dur. J’ai pris les hérissons, et je leur ai dit : « Une femelle, allaitante, vous avez tué quatre petits. » En voulant les sauver, ils ont tué toutes les portées des femelles. On en est là. Ça part d’un bon sentiment, mais le résultat est catastrophique.

C’est pour ça que vous recevez plus d’animaux à Hegalaldia ?

On a plus d’animaux en détresse parce qu’on a l’urbanisation qui avance de plus en plus, donc on reçoit plus d’animaux suite à des chocs véhicules et tout ça. Nous, chez Hegalaldia, on travaille aussi sur les espèces marines, donc on a aussi les oiseaux mazoutés, les filets de pêche…

On a les deux : l’augmentation de la pression humaine avec les constructions de route, la perte d’espace… et la « bienveillance » des gens qui devient impactante sur certaines espèces. Si on arrivait à le faire comprendre aux gens, ça serait un pourcentage assez facile à baisser en termes d’animaux accueillis.

Comment on reconnait un animal sauvage en détresse ?

Un animal en détresse, ça dépend du lieu, de l’espèce, des conditions météo, si c’est des animaux migrateurs ou pas… plein de paramètres.  Après, au printemps sur des mammifères, selon le descriptif que me font les gens… je prends l’exemple du renardeau : il y a des renardeaux dans le champ, sans la mère. Quel est leur comportement ? Ils sont ensemble, ils jouent… Bon bah non, la femelle est sans doute dans le terrier et ils sont sortis pour jouer. Après, un renardeau tout seul dans le champ, couché et qui ne fuit pas quand on approche à dix mètres… oui, il est en détresse.

Comment on fait pour intervenir dans la nature, sans intervenir ?

C’est la grande question. Je me pose la question toutes les semaines. Est-ce que mon métier a un réel rôle pour la biodiversité ? Et plus les années passent, moins j’en suis convaincu. On va soigner des individus, mais on ne règle pas les problèmes environnementaux.

Pour vous donner un exemple, on a relâché 9 ou 10 Gypaètes barbus ces dernières années. Belle espèce, emblématique… On sait que sur toutes les études espagnoles, des gypaètes barbus qui ont été blessés et qui ont fait un passage dans un centre de soin, sont des individus qui une fois relâchés dans la nature ne se sont jamais reproduit. Par contre un Gypaète barbu élevé en captivité et réintroduit, il se reproduit. Pourquoi ? Je pense qu’on amène des déviances.

Et même des animaux qui nous sont amenés… qu’est-ce qui nous dit que ce ne sont pas les parents qui l’ont abandonné parce qu’il y avait une tare, un truc qui n’allait pas avec ces animaux-là. On soigne des individus, on relâche des individus qui peuvent poser problème peut-être à terme dans l’environnement. Il va forcément y avoir, à terme, un faible pourcentage d’animaux qui ont peut-être des tares génétiques ou des comportements qui ne sont pas bons.

LA RÉDACTION
Nous sommes un média en ligne, local, indépendant, sans publicité et engagé. Nous voulons partir de chez nous, du local, pour ancrer des histoires et des personnages dont le vécu interroge notre place au sein de la collectivité.
Dans le même feuilleton

Dans le creux de la vague

L’été dernier, une société privée, Wavelandes, a annoncé la création d’un complexe aquatique, qui aura pour attraction phare une vague artificielle destinée aux surfeurs...

La plaie des cochons

Paysans, riverains et écologistes se mobilisent contre deux projets de porcheries industrielles dans les Pyrénées.

Île de Ré : un problème environnemental étouffé

Une bataille contre les algues vertes se déroule depuis une dizaine d’années sur l’île de Ré. On les connaît surtout pour leur présence sur les côtes bretonnes mais elles...

La Chrysalide : école à ciel ouvert

En ville ou à la campagne, le modèle des « écoles du dehors » se répand doucement en France alors qu’il est beaucoup plus répandu en Europe et dans le monde. Immersion à la...

Villa Shamengo : utopie suspendue

À Bordeaux, les travaux de la Villa Shamengo sont suspendus depuis le 3 janvier dernier. Le projet de construction de la maison-école-laboratoire subit depuis son annonce en...

Le vieil homme et la terre

Au cœur de la campagne girondine, une génération de jeunes agriculteurs se prépare à prendre la relève de la vieille garde incarnée par Hervé Georges, paysan et militant. Dans...

Désobéir pour sauver la nature

Quelque part en Corrèze, au milieu des bois, une poignée de cabanes se fondent dans le paysage. Organisés en collectif, ses habitants n’ont pas choisi la forêt pour s’y cacher...

Éxilé volontaire : mode d'emploi

Jean-Marie voulait promouvoir la nature et l’écologie : l’étalement urbain l’a rattrapé et a bétonné la nature du bassin d’Arcachon qu’il aimait tant. Il a préféré partir....

Bordeaux : moins de lumière, plus d'insécurité ?

La pollution lumineuse est un enjeu majeur de l'écologie moderne. Une solution : éteindre les lumières. Mais les débats autour de la sécurité nocturne poussent certaines villes...

Les lacs des Pyrénées : pas si purs...

On pense tous que l’air est plus pur en montagne, et que sa nature est préservée de la pollution… Mais en sommes-nous certains ?

L'agglo de La Rochelle face à l'explosion des cancers pédiatriques

L'agglomération de La Rochelle fait face à une réalité inquiétante : un nombre anormalement élevé de cancers pédiatriques touche ses enfants depuis plus d’une décennie. Entre...

Hegalaldia à Ustaritz : un refuge pour la faune sauvage en détresse

À Ustaritz, le centre de soin Hegalaldia reçoit chaque année des animaux sauvages blessés. Dans cet entretien, Stephan Maury, livre ses conseils pour aider sans nuire.

Le Clos des Renardises : à Douzillac, le renard est roi

Pour le Clos des Renardises, le renard n’est pas un nuisible, mais un auxiliaire précieux. À Douzillac, Carine Gresse milite pour une faune locale mieux comprise.

Ces épisodes pourraient vous intéresser
Comment vivre en paix ?

Pays basque : le désarmement

Pays basque : le désarmement

Le chemin de l'apaisement au Pays Basque est semé d'embûches. Retour sur le désarmement chaotique de l'ETA.
Écartez-vous mesdames

Contraception : du latex et des hormones

Contraception : du latex et des hormones

« Et toi, tu utilises quoi comme contraception ? ». Pour de nombreuses femmes, le choix de la méthode contraceptive peut devenir un vrai parcours du combattant, entre mal...
Soutenez Revue Far Ouest !

Nous avons besoin de 1 000 nouvelles souscriptions pour continuer à exister.

Découvrir nos offres d’abonnement