La Nouvelle-Aquitaine est une des régions de France les plus exposées au réchauffement climatique. Et ce sont les sentinelles du climat qui tirent la sonnette d’alarme.
En Nouvelle-Aquitaine, certaines espèces d’animaux sont devenues des sentinelles du climat. Ce sont elles qui nous informent du changement climatique. Comment cela est-il possible ? Pour le comprendre, nous avons rencontré Maud Berroneau, herpétologue (spécialiste de la sauvegarde des amphibiens et des reptiles présents en forêt) et membre du programme « sentinelles du climat ».
Un sujet tiré de l’émission PopEx « Sauver le sauvage » (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Hermine Costa.

Comment faites-vous pour observer la nature ?
Avec mon groupe d’étude qu’on a baptisé « les sentinelles du climat », on a surtout déposé plein de petits capteurs dans différents milieux. Dunaire comme ici, mais aussi humide, sec et montagneux. Ces capteurs vont mesurer tout un tas de données. Par exemple ce capteur va mesurer la température de l’air toutes les heures pendant des années. Du coup ça va nous donner une idée de l’évolution de la température en milieu dunaire. Et surtout toutes ces données vont nous permettre d’évaluer les effets du changement climatique sur les espèces qu’on a décidé d’observer.
Ici par exemple, vous observez quelle espèce de sentinelles du climat ?
Sur cette dune, on s’est focalisé sur le lézard ocellé qui est une espèce de sauriens de la famille des Lacertidae. Et on a déjà récolté suffisamment de données pour tirer certaines conséquences.
Avec l’augmentation des températures, on a constaté une disparition de certaines populations de lézard ocellé… Pourquoi ils disparaissent ? Parce que leur habitat naturel, qu’on appelle la dune grise a tendance à se faire de plus en plus rare avec la chaleur et donc plus d’habitats, plus de lézard ocellé.
On ne peut rien faire pour empêcher ça ?
Alors si justement et c’est le but de notre action. On ne se contente pas d’observer pour constater, l’idée c’est d’observer pour mettre ensuite en place des actions pour lutter contre cette fatalité… Là, par exemple, on va essayer de recréer son habitat en jouant sur différents paramètres.
Par exemple, dans la lagune de Port Médoc, ce sont les rainettes qui sont en danger. Ici aussi les années sèches et chaudes que l’on connaît de plus en plus vont avoir un impact désastreux. Dans cette lagune, il y a deux populations de rainettes : la rainette ibérique et la rainette méridionale. Et il y en a une des deux, la rainette ibérique qui supporte très mal l’assèchement de la lagune… Et devine ce que ça va provoquer chez elle ?
Je sais pas, sa peau va se déshydrater ?
Non ! Elle va cesser de chanter. Et c’est primordial ! Le chant des rainettes mâles c’est ce qui permet l’accouplement. Donc plus de chant, plus d’accouplement et plus de rainettes ibériques… Résultat : la rainette méridionale prolifère jusqu’à prendre définitivement le pas sur l’Ibérique qui finit par disparaitre…
La disparition des rainettes ibériques ou des lézards ocellés est-elle si importante que ça ?
C’est vrai qu’en apparence, on pourrait penser que ces espèces ne servent à rien et que leur disparition n’aura pas d’impact. Mais la nature, c’est tout un ensemble. Et ces petites espèces en font partie. Mieux, elles contribuent à l’équilibre de tout l’écosystème planétaire, elles rendent plein de petits services. Ces espèces on les a appelées « les sentinelles du climat ». Elles sont comme un témoin qui nous montre l’évolution des changements climatiques. C’est elles qui nous montrent le chemin. Tu vois aujourd’hui c’est nous qui les aidons à survivre. Mais on peut aussi voir les choses sous un autre angle : on lutte pour leur survie parce qu’elles-mêmes contribuent à la nôtre !