Épisode 9
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Vendredi 29 mai 2020
par Laurent Perpigna Iban
Laurent Perpigna Iban
Il travaille principalement sur la question des nations sans états, des luttes d'émancipation des peuples aux processus politiques en cours, des minorités, et des réfugiés. Il est souvent sur la route du proche et du moyen Orient pour son site Folklore du quotidien.

Ce 11 mai 2020 devait faire date. Pour des millions de personnes, cette journée était celle du renouveau ; et même si le covid-19 est loin d’avoir disparu de nos vies et de nos esprits, ce 11 mai marquait une première étape, comme si nous venions de gagner une première bataille collective contre l’angoisse. Soyons francs : depuis l’annonce de cette échéance le 13 avril dernier, nous n’attendions plus que ce jour. Manon, Rosa, Grégoire et les autres acteurs de notre série « contagions chroniques », à des degrés divers, également. Plongez avec eux dans la phase 1 du monde d’après.

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Mercredi 6 mai 2020. Ces derniers jours de confinement sont interminables. Si une partie des Français et des Françaises est dans les starting-blocks, en coulisses, des milliers de petites mains s’affairent.

Dans les foyers, les attestations de sortie se remplissent pour les toutes dernières fois. Enfin, c’est ce que tout le monde espère. Dans une rue Sainte-Catherine toujours clairsemée, d’étranges signes viennent d’être disposés au sol : des inscriptions « zone d’attente » devant les magasins, des flèches indiquant un sens de circulation… Les passants sont amusés par ce nouveau code de la route version piéton ; d’ailleurs, en cette douce après-midi printanière, ils déambulent presque systématiquement à contresens. « Oui, j’ai vu. Je me suis mis sur la bonne file, en partant de l’intersection du cours Victor Hugo. Je ne sais pas comment je me suis retrouvé à contresens », s’amuse un homme d’une cinquantaine d’années.

À quelques mètres de là, un autre, en situation de handicap visuel, avance à tâtons. Il finit par interpeller une passante afin de s’assurer qu’il n’y ait pas de barrière rigide au beau milieu de la rue. Rassuré, il reprend sa route. À la gare Saint-Jean aux arrêts de tramway, même scénario, en plus complexe : des ronds et des croix sont disposés un peu partout afin d’organiser l’attente. Des agents de la société de transport TBM, dépêchés Porte de Bourgogne afin de sensibiliser les usagers au port du masque obligatoire et à la distanciation sociale aux arrêts, appréhendent : « Aujourd’hui, ça va. Lundi matin [le 11 mai], cela risque d’être très compliqué en fonction de l’affluence. »

Deux personnes marchent dans la rue Sainte-Catherine, découvrant les marquages au sol pour que les piétons respectent les sens de circulation.
8 mai : les Bordelais découvrent les marquages au sol installés par la mairie afin de faire respecter les sens de circulation pour les piétons. — Photo : Laurent Perpigna Iban

Un peu partout, c’est la course aux masques. Si les envois tardent à arriver dans les boîtes aux lettres, la majorité des personnes qui parcourent l’espace public en sont bien équipées. Le hall de l’hôtel de Bordeaux métropole fourmille. La tâche est colossale : il s’agit de livrer près de 800 000 masques aux habitants de la métropole, tantôt en livraison directe, tantôt en livraison par points relais, selon le souhait des communes.

Grégoire, employé par la Mairie de Bordeaux, participe à la mise sous pli : « Les masques sont distribués par La Poste. La distribution se fait en fonction de la taxe d’habitation. Mais les facteurs ne distribuent les lots que si le nom sur la boîte aux lettres correspond au nom sur l’enveloppe. » Conséquence, le jeune homme avance « des milliers de retours ». « Les équipes des mairies de quartier doivent vérifier les adresses, se rendre chez les gens, demander la pièce d’identité contre remise des masques. Le plus gros problème, c’est sur les quartiers de Ginko et de Bordeaux maritime. On a entre 10 000 et 15 000 retours », explique-t-il.

Le chronomètre, lui, continue de tourner. Lentement mais sûrement.

LE GRAND JOUR

Lundi 11 mai 2020. Nous y arrivons péniblement, un peu comme un grimpeur viendrait à bout de la dune du Pilat en santiags, le sac à dos lesté de pierres, un jour de canicule.

Mais alors que, depuis des semaines, chacun spéculait sur le programme de « sa libération », cette journée, contre toute attente, ne ressemble absolument pas à ce qui était attendu. Elle ne ressemble à rien, à vrai dire. Le temps est gris, maussade, digne d’un mois de novembre. La grisaille et la pluie refroidissent les cœurs. En ville, rien ou presque ne distingue ce jour des précédents. Pied de nez du destin, il y a même moins de monde que la veille, alors que les boutiques étaient fermées.

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Laurent Perpigna Iban
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