Épisode 1
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Jeudi 19 mars 2020
par Laurent Perpigna Iban
Laurent Perpigna Iban
Il travaille principalement sur la question des nations sans états, des luttes d'émancipation des peuples aux processus politiques en cours, des minorités, et des réfugiés. Il est souvent sur la route du proche et du moyen Orient pour son site Folklore du quotidien.

Autour de la table: un médecin urgentiste, une pharmacienne, une cheminote, un agent de la Mairie, un employé d’une grande surface, la propriétaire d’un bar… et un invité surprise: le Covid-19.

Pourtant annoncée depuis plusieurs mois, l’épidémie semble nous prendre de vitesse. Revue Far Ouest prend le temps de raconter cette histoire collective, au travers de personnages, tous en première ligne face à cette pandémie. Un récit au long court, qui suivra chaque étape de cette contagion. Premier épisode : le moment où tout a basculé.

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Pendant de longues semaines, le coronavirus n’a été pour nous, habitants du Vieux Continent, qu’un épouvantail lointain, confiné dans des contrées éloignées. Un peu à l’instar des drames humains qui parcourent quotidiennement nos actualités sans pour autant faire irruption dans nos foyers.

Pourtant, le « Covid-19 » s’est invité perfidement dans notre intimité collective. Chacun d’entre nous possède désormais son propre point de bascule, ce moment où nous avons réalisé que le cours de nos vies serait — au moins temporairement — bouleversé.

Mon point de rupture commence à Qalandiya, le 7 mars, dans un terminal militaire israélien lugubre séparant la Cisjordanie de l’État d’Israël. L’apparition, quelques jours auparavant, de premiers cas de coronavirus dans les territoires palestiniens venait de faire fondre une psychose assez irrationnelle sur les villes de Cisjordanie. Face à l’imminence d’une probable épidémie, l’Autorité palestinienne venait d’ordonner des mesures pour le moins radicales.

C’est décidé, je dois repasser en Israël, afin de rentrer en France. Je ne le sais pas encore, mais mon retour va être un casse-tête de premier ordre : je suis persona non grata en Palestine autant qu’en Israël. Les vols vers la France sont supprimés… Tout commence dans ce terminal militaire, dans lequel je vais être bloqué plusieurs heures, sous le regard inquisiteur des militaires israéliens.

Les messages anxieux de mes amis quant à mon sort se muent en propositions d’apéritifs.

Finalement, le 11 mars, j’embarque pour Bordeaux, via Istanbul. Nouvelle crise de nerfs dans les aéroports. Pourtant, les territoires palestiniens et Israël, ainsi que la Turquie sont pour l’heure relativement épargnés par l’épidémie de coronavirus. Surtout en comparaison à mon pays de résidence qui, lui, suit les pas de ses voisins italiens et espagnols.

J’assiste depuis plusieurs semaines, à distance, à l’augmentation exponentielle du nombre de cas de coronavirus en France. Mon arrivée à Bordeaux est déroutante. Les messages anxieux de mes amis quant à mon sort se muent en propositions d’apéritifs. Il flotte un parfum de résilience que j’assimile à celui qui régnait après les attentats qui ont secoué le pays en 2014 et 2015 : « même pas peur ». Il n’y a qu’une heure de décalage d’horaire avec le Proche-Orient, mais j’ai l’impression d’être lourdement jetlagué. Et je n’ai pas encore idée de ce qui va suivre.

Le déni ?

L’allocution d’Emmanuel Macron, prévue pour le lendemain soir, est tout de même très attendue. Si personne ne semble avoir changé son mode de vie, l’anxiété se lit sur les visages. Ce 12 mars au soir, plus de 25 millions de personnes suivent l’intervention du Président. Le ton est grave. « Je veux aussi saluer le sang-froid dont vous avez fait preuve. […] Tous, vous avez su faire face, en ne cédant, ni à la colère, ni à la panique. Mieux, en adoptant les bons gestes, vous avez ralenti la propagation du virus et ainsi permis à nos hôpitaux et nos soignants de mieux se préparer. C’est cela, une grande nation. »

Télévision montrant le discours présidentiel du 12 mars, sur la fermeture des établissements scolaires à cause du coronavirus.
Le 12 mars marque le début de l’immersion du Covid-19 dans notre quotidien — Photo : Laurent Perpigna Iban

Pourtant, conscient que le virus continue de se propager et pire, qu’il est « en train de s’accélérer », le Président ordonne la fermeture des écoles et des universités. Contre toute attente, il annonce également, de manière presque schizophrénique, le maintien des élections municipales prévues le dimanche15 mars.

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Laurent Perpigna Iban
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