Épisode 2
11 minutes de lecture
Article réservé aux abonné.e.s


Vendredi 27 mars 2020
par Laurent Perpigna Iban
Laurent Perpigna Iban
Il travaille principalement sur la question des nations sans états, des luttes d'émancipation des peuples aux processus politiques en cours, des minorités, et des réfugiés. Il est souvent sur la route du proche et du moyen Orient pour son site Folklore du quotidien.

Rosa la pharmacienne, Virginie la gérante de bar, Manon l’urgentiste, Anthony l’employé de grande surface… Nous retrouvons nos personnages – rejoints par d’autres – au lendemain de l’annonce du confinement. Pour la plupart d’entre eux, rester chez soi n’est pas une option. Alors que la France plonge dans la claustrophobie, nos protagonistes révèlent les manquements et les aberrations de ce nouveau chapitre de l’Histoire.

Soutenez Revue Far Ouest !

Nous avons besoin de 1 000 nouvelles souscriptions pour continuer à exister.

Découvrir nos offres d’abonnement

Lundi 16 mars, 20 heures. 35 millions de Français se branchent sur le discours présidentiel. Le ton est martial, la rhétorique guerrière. Emmanuel Macron annonce un confinement général pour une durée « d’au moins 15 jours », à partir du lendemain midi. Une décision inédite aux allures de saut dans le vide.

Les images spectaculaires qui nous sont parvenues de Chine ces dernières semaines nous hantent : villes fantômes, rues désertes, couvre-feu… Ce 16 mars au soir, alors qu’Emmanuel Macron vient d’encadrer rigoureusement la liberté de circulation, la limitant « aux déplacements nécessaires » mille questions nous parcourent l’esprit.

Alors, le lendemain matin, dès l’aube, c’est la ruée vers l’or. Il ne reste que quelques heures avant la mise en place de l’arrêté. Comme si c’était la matinée de la dernière chance, les Français sortent. Emmanuel Macron l’a suffisamment martelé pendant sa prise de parole : la France est en guerre. Alors, il faut prévoir. Après tout, nul ne sait quelle sera la prochaine occasion de remplir le réfrigérateur.

En ce mardi matin, la longueur des files d’attente devant les supermarchés est déconcertante. De longues lignes de caddies — séparés entre eux par une distance d’un mètre — s’étendent par-delà les portes des grandes surfaces, dans un silence profondément gênant.

Une caissière derrière des bandes d'aluminium passe les articles.
Malgré eux, les employés de supermarchés sont en première ligne — Photo : Laurent Perpigna Iban

Anthony, depuis le centre commercial Carrefour rives d’Arcins, raconte : « C’était la panique. En réponse aux limitations, les gens ne pouvaient entrer que par une seule porte, du coup la queue s’étendait sur plus d’une centaine de mètres… »

Pendant ce temps, du côté des Urgences, cette décision de confinement est plutôt bien accueillie, comme l’explique Manon : « J’étais en poste lors de l’allocution. J’ai suivi ça d’un œil, sans le son. Nous nous doutions que nous allions vers un confinement et cette décision m’a plutôt rassurée. Cela reste la meilleure solution pour venir à bout d’un virus qui se transmet si facilement », explique-t-elle depuis le CHU de Pellegrin.

À Bordeaux, petit à petit, les rues se vident. Les contrôles sont peu nombreux en ce mardi après-midi, mais la présence des unités de police est particulièrement visible.

Villes fantômes

Si la mairie annonce la continuité des services publics essentiels, le lendemain, Bordeaux n’est déjà plus que l’ombre d’elle-même. Rues désertes, silence de plomb, centre-ville quadrillé par les forces de police… Un scénario orwellien, où chaque citoyen est tenu de remplir une dérogation de « droit de sortie » afin de ne pas être verbalisé.

Cet article est réservé aux abonnés. Déjà abonné ? Se connecter


Soutenez Revue Far Ouest !

Nous avons besoin de 1 000 nouvelles souscriptions pour continuer à exister.

Découvrir nos offres d’abonnement
Laurent Perpigna Iban
Il travaille principalement sur la question des nations sans états, des luttes d'émancipation des peuples aux processus politiques en cours, des minorités, et des réfugiés. Il est souvent sur la route du proche et du moyen Orient pour son site Folklore du quotidien.
Dans le même feuilleton

La bascule

Autour de la table: un médecin urgentiste, une pharmacienne, une cheminote, un agent de la Mairie, un employé d’une grande surface, la propriétaire d’un bar… et un invité...

Claustrophobie

Rosa la pharmacienne, Virginie la gérante de bar, Manon l’urgentiste, Anthony l’employé de grande surface… Nous retrouvons nos personnages – rejoints par d’autres – au lendemain...

Silence

Bordeaux ne méritait plus vraiment son surnom de « Belle endormie ». Jusqu’à ce que le confinement vide les rues, les bars de nuits et les marchés du matin. La frénésie a laissé...

L'enfance placée confine à l'abandon

Déjà difficile en temps normal, la situation des enfants placés durant le confinement devient intenable.

Questions sans réponses

Les jours défilent. Manon, Rosa, Anthony, Willy et les autres acteurs notre série sont toujours au front. La fatigue commence à se faire sentir. Ils témoignent de leurs doutes...

L'horizon du 11 mai

4e volet de notre série contagions chroniques. Nous sommes le 13 avril 2020. Rosa la pharmacienne, Manon la médecin urgentiste, Virginie la gérante d’un bar, Bastien, professeur...

Assurances, le lien de défiance

La pandémie et le confinement qui en a découlé ont conduit beaucoup de professionnels à se tourner vers leur assurance, espérant voir leur perte d’exploitation être en partie...

Déconfinons le futur

« Les Français ne retrouveront pas avant longtemps leur vie d’avant. » Quelle était notre vie d’avant ? Et souhaitons-nous tout·e·s la reprendre telle quelle ? Nous avons voulu...

Le jour d'après, phase 1

Ce 11 mai 2020 devait faire date. Pour des millions de personnes, cette journée était celle du renouveau ; et même si le covid-19 est loin d’avoir disparu de nos vies et de nos...

Pour les autres

La crise du coronavirus a mis en lumière des dizaines de métiers jusqu’alors relativement invisibilisés. Comme si, soudain, le monde prenait conscience de leur importance de...

7 jours pour changer de métier

Mise à mal par la pandémie de Covid-19, Ramset NSO, une petite entreprise girondine spécialisée dans la distribution de ramettes de papier et produits d’impression grand format...

[En images] Covid : Vivre avec

Lorsque nous bouclions le dernier sujet de « contagions chroniques » à la fin du mois de mai, les personnages de notre série étaient partagés entre l’espoir d’un retour à la...

Précarité étudiante : solidarité sur le campus de Bordeaux

Avant même la crise sanitaire, L’Insee estimait que 20 % des étudiant·e·s en France vivaient sous le seuil de pauvreté. Créé au début du premier confinement, l’association...

Concerts et artistes : la scène musicale en plein flou artistique

La musique « live » va-t-elle disparaître ? Adieu concerts, salle de répétition et pogo ? Un an après le début des premières restrictions sanitaires, le flou est toujours total...

Ces épisodes pourraient vous intéresser
Présences Noires

Lamine Senghor, poumon de la lutte anticoloniale

Lamine Senghor, poumon de la lutte anticoloniale

France, fin des années 1920. Malgré sa santé fragile, Lamine Senghor lutte pour améliorer les conditions de vie des anciens tirailleurs sénégalais, dont il fait lui-même partie....
Les Illustres anonymes

Sans-abri devenue Mamie

Sans-abri devenue Mamie

À la suite d’un cancer, Élizabeth a tout perdu : sa situation financière aisée, la maison de retraite qu’elle gérait, son toit. Du jour au lendemain, elle s’est retrouvée...
Soutenez Revue Far Ouest !

Nous avons besoin de 1 000 nouvelles souscriptions pour continuer à exister.

Découvrir nos offres d’abonnement