Épisode 14
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Mercredi 7 avril 2021
par Laurent Perpigna Iban
Laurent Perpigna Iban
Il travaille principalement sur la question des nations sans états, des luttes d'émancipation des peuples aux processus politiques en cours, des minorités, et des réfugiés. Il est souvent sur la route du proche et du moyen Orient pour son site Folklore du quotidien.

La musique « live » va-t-elle disparaître ? Adieu concerts, salle de répétition et pogo ? Un an après le début des premières restrictions sanitaires, le flou est toujours total pour les acteurs de la vie musicale en Nouvelle-Aquitaine. Streaming sur les réseaux sociaux, jauge réduite, retour vers une production « locale »… ils tentent, autant que possible, d’aller de l’avant.

Photo de couverture : le Reggae Sun Ska de 2017 — Laurent Perpigna Iban

Le 16 mars 2020, Emmanuel Macron prenait la parole afin de décréter un confinement général de quinze jours. La suite, tout le monde la connait : deux mois de mise sous cloche, un bol d’air très relatif de juin à octobre, puis un nouveau confinement, et enfin différents couvre-feux qui rendent toujours nos nuits interminables.

Un an nous sépare de cette journée grisâtre de mars 2020, où chacun tâchait d’apprendre à vivre différemment. Était-ce il y a quelques jours ou il y a un siècle ? Difficile de trancher.

Ne reste-t-il que la colère croissante d’intermittents du spectacle, au bord du précipice ?

Nos dernières émotions collectives, elles, semblent bien dater du siècle dernier. Car s’il est un secteur plus naufragé que les autres — avec les établissements de nuit et les bars, mais cela va de pair —, c’est bien le « monde » de la musique.

 Que sont devenues les salles de concert étroites et obscures, dont les murs gouttaient en fin de soirée ? Que ce sont devenus ces groupes — amateurs ou non — qui le temps d’une soirée ou d’un pogo nous permettaient d’oublier les tracas du quotidien ? Que sont devenus ces festivals, dont les dates se cochaient instinctivement sur les calendriers, année après année ? Tout a-t-il disparu ? Ne reste-t-il que la colère croissante d’intermittents du spectacle, au bord du précipice ? La musique « live » est-elle définitivement en deuil ?

« On s’est pris un mur en pleine gueule »

C’est un fait : les studios de répétition aquitains n’affichent plus complet depuis des mois. Et pourtant, leur amplitude horaire n’a jamais été aussi réduite que depuis la mise en application d’un couvre-feu nocturne. Face aux difficultés financières, certains ont dû mettre la clé sous la porte. C’est le cas de l’équipe de Zik’n’live, à Cadaujac (Gironde) qui tenait un studio de répétition depuis 2017, fréquenté par une trentaine de groupes. « Face à l’absence de rentrées d’argent, et après l’utilisation de tout le fonds de caisse de l’association, nous n’étions plus en mesure de payer les charges. Notre équipe étant entièrement bénévole, nous n’avons pas pu prétendre aux aides. Faute de pouvoir payer les charges, nous avons dû fermer. Avec un gros pincement au cœur, car nous avons mis beaucoup de sueur dans ce projet », expliquent-ils.

Les instruments du groupe les Hurlements d’Léo
Les répétitions se font rares pour les artistes — Photo : Laurent Perpigna Iban

Pour les musiciens et les musiciennes, l’absence d’échéances pèse. Alors que la crise sanitaire semble repartir de plus belle, nombre d’entre eux avouent avoir connu une année 2020 noire. « Pendant le confinement total de mars à mai 2020, je me suis retrouvé en huis clos familial, pendant deux mois, explique Vincent, un des musiciens des Hurlements d’Léo. Financièrement, j’avais eu une intermittence assez correcte, donc je m’en suis sorti, grâce aux aides. C’est davantage au niveau professionnel, et au niveau psychologique que cela a été difficile. Je passais ma vie sur la route, la rupture avec cette vie a été rude. »

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