La rivalité entre Tulle et Brive, c’est du sérieux ! Mais c’est surtout une histoire commune qui lie les deux villes plus qu’aucune autre en Nouvelle-Aquitaine.
Vous êtes plutôt Tulle ?Ou plutôt Brive-la-Gaillarde ?Tulle, c’est la préfecture et le chef-lieu du département. Pourtant, c’est plutôt Brive le poumon économique de la Corrèze…
Entre ces deux villes, la rivalité, c’est une tradition ! Et ça dure depuis des siècles ! Cette rivalité, personne ne se souvient vraiment quand elle a commencé. Mais tout le monde (ou presque) la prend au sérieux.
Nous avons rendez-vous avec Nicolas Giner, le directeur des archives de Tulle, et Thierry Pradel, directeur des archives de Brive-La-Gaillarde. De quoi nous plonger dans les temps forts de cette relation… conflictuelle dirons-nous.
Un sujet PopEx (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Chandrou Koumar.
Au départ, quelle est la ville la plus puissante ?
Nicolas Giner : Au Moyen-Âge, Tulle est une ville puissante, plus peuplée et plus riche que Brive. Pourquoi ? Grâce à sa position géographique. À cette époque, la priorité d’une ville c’est de protéger sa population.
Tulle est protégée par 7 collines, sans oublier sa position en hauteur : elle est absolument parfaite pour protéger la population, contrairement à Brive, qui est une ville plus « ouverte ». Elle est aussi l’évêché, avec sa propre cathédrale, et la capitale du Bas-Limousin.
Aujourd’hui, Tulle c’est un peu moins de 15 000 habitants et Brive… presque 47 000. Soit trois fois plus ! Qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Thierry Pradel : Avant, la priorité des villes était de défendre la population, et Tulle, entourée de collines, était bien meilleure à ça que Brive. À la Révolution industrielle par contre, les villes s’ouvrent, et les avantages défensifs du passé deviennent des inconvénients. L’arrivée du chemin de fer va en cela être déterminante.
Lorsque la question de la création d’une ligne Limoges-Cahors se pose au XIX° siècle, la ville de Tulle manque le coche et le tracé passera finalement par Brive. L’inauguration aura lieu le 30 septembre 1860.Et ça, c’est un gros avantage pour Brive. En 1896, à peine 30 ans après l’arrivée du chemin de fer, Brive-la-Gaillarde compte pour la première fois plus d’habitants que Tulle.
La construction du lycée de Tulle, finalement, elle doit beaucoup à sa rivalité avec Brive, non ?
Nicolas Giner : Entre 1879 et 1882, Jules Ferry fait voter les lois structurantes sur l’enseignement. Il est donc temps de se doter d’un lycée. Il est décidé que le lycée sera à Tulle, mais ça coûte cher. Le budget, année après année, augmente. Les élus tullistes prennent peur et attendent un soutien financier de l’État avant de voter la construction. Pas bête, ce dernier joue sur la rivalité Tulle-Brive : si les élus ne votent pas vite la construction, l’état financera la construction d’un lycée plutôt à Brive. Autant dire que les élus ont voté, et ont voté vite.
Aujourd’hui, elle se vit comment la rivalité entre Tulle et Brive ?
Nicolas Giner : Elle est surtout folklorique, Tulle ne peut plus rivaliser avec Brive, qui s’est beaucoup développé depuis les années 60. Tulle c’est à peine 15 000 habitants, quand Brive en compte plus de 46 000. Aujourd’hui, on a plutôt tendance à vouloir créer du lien entre les deux villes, avec une course nature, et surtout la réunion des deux théâtres et une scène culturelle commune.