Épisode 19
3 minutes de lecture
Mercredi 23 juin 2021
par Chloé RÉBILLARD
Chloé RÉBILLARD
Bretonne qui s’est volontairement exilée au Pays basque, Chloé a fait ses premiers pas de journaliste au sein de la rédaction de Sciences Humaines et a rencontré le Pays basque avec Mediabask. Désormais journaliste indépendante, elle travaille sur les questions de société et d’environnement. Elle est notamment correspondante pour Reporterre.

Les Bascos est une association LGBT+ au Pays basque. De ses débuts comme club de randonnée, en passant par la lutte contre les discriminations, le collectif a grandi au milieu des débats et s’est peu à peu transformé pour offrir une meilleure visibilité aux problématiques LGBT+.

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À l’origine de l’association, une petite annonce publiée dans le magazine Têtu en 2004 : « Baroudeur, de retour sur les terres basques recherche complices pour partager passion de la montagne». Michaëlla Clapisson, co-présidente en charge du pôle convivialité, se remémore les débuts: « On était une poignée de copain·es et on randonnait. Au fur et à mesure, on a agrégé de plus en plus d’autres personnes qui sont venues marcher avec nous. »

L’association créée à l’initiative de Bernard Gachen, longtemps président des Bascos, n’avait pas de vocation militante. Peu à peu, elle va néanmoins endosser ce rôle. Aujourd’hui, environ 300 personnes adhèrent à l’association et se répartissent entre trois pôles complémentaires : convivialité, militant et social. Plongée dans l’histoire de cette association et de ses transformations successives au gré des contextes.

La Manif Pour Tous et le combat contre l’homophobie

Si au départ l’association regroupait des amoureux de la montagne, le débat public est venu la rattraper. L’électrochoc se produit en 2013 : le projet de loi du Mariage pour tous pousse les Bascos à prendre position, comme le rappelle Michaëlla Clapisson, « Mika » dans le monde militant : « il y a eu les débats sur le mariage pour tous. On a commencé à se dire que c’était un devoir de se mobiliser pour arrêter d’entendre des bêtises. » Cette année-là, le discours homophobe explose. SOS homophobie qui publie chaque année un rapport sur la haine contre les LBGT+ note : « En 2013, année marquée par les débats et le vote de la loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, le nombre de témoignages reçus par SOS homophobie enregistre une hausse sans précédent (+78 %), pour atteindre un niveau record (3 517). » Record à ce jour inégalé.

C’est à ce moment-là que Jean-François Seilhan – aujourd’hui co-président en charge du pôle militant – pousse la porte de l’association avec celui qui deviendra son mari une fois la loi passée. « Bernard Gachen a décidé de monter un bus en rameutant tous ses amis. Gays, mais pas seulement. » Ce bus parti de Bayonne vers Paris pour participer à une grande manifestation en février 2013 pro mariage pour tous va être l’occasion d’une augmentation des effectifs au sein de l’association et intégrer de nouvelles personnes, attirées par le militantisme.

Illustration : Adèle Bartherotte

Le débat, qui a lieu sur tous les territoires de France et s’accompagne d’une montée des paroles et des actes homophobes, est particulièrement vif au Pays basque. L’évêque de Bayonne, Marc Aillet, proche des milieux traditionalistes et de certaines mouvances d’extrême droite, prend position contre le mariage pour tous et enjoint ses fidèles à rejoindre les mani- festations « Manif Pour Tous ». « M. Aillet nous connaît très bien et ne nous porte pas spécialement dans son cœur», constate Jean-François Seilhan.

L’opposition entre les valeurs portées par les Bascos et les discours de l’évêché devient frontale. Lors d’un déplacement de Christiane Taubira, alors garde des Sceaux à Bayonne, l’évêque tente d’annuler la rencontre prévue avec les Bascos. La voiture de Bernard Gachen est bloquée par un rassemblement afin qu’il ne rejoigne pas la sous-préfecture. Jean-François Seilhan se rappelle : « Cela a été un peu houleux. La rencontre a bien eu lieu, mais en huis clos, il a fallu reporter le rendez-vous. L’évêché de Bayonne a une grande influence sur ses ouailles et Aillet n’est pas un parangon d’humanisme et de tolérance, loin de là. »

Une autre bataille a été remportée contre l’évêque ultraconservateur lorsqu’en 2018 les Bascos, aux côtés d’autres associations, ont réussi à faire annuler des conférences organisées par l’évêché. L’association catholique « Courage », qui prône officiellement la chasteté pour les homosexuels, devait y intervenir. Aux États-Unis cette même association proposait les très controversées « thérapies de conversion » qui consistent à chercher à modifier l’orientation sexuelle d’une personne vers l’hétérosexualité. « Courage» est proche de la communauté de l’Emmanuel, elle- même très active au sein de la Manif Pour Tous. […]

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Retrouvez cet article dans Revue Far Ouest : Courage.
Qu’ils portent de grandes causes ou qu’ils luttent au quotidien pour leur survie, nous avons voulu vous raconter ces courageux et ces courageuses, qui souvent s’ignorent.

Chloé RÉBILLARD
Bretonne qui s’est volontairement exilée au Pays basque, Chloé a fait ses premiers pas de journaliste au sein de la rédaction de Sciences Humaines et a rencontré le Pays basque avec Mediabask. Désormais journaliste indépendante, elle travaille sur les questions de société et d’environnement. Elle est notamment correspondante pour Reporterre.
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