Épisode 3
5 minutes de lecture
Dimanche 8 avril 2018
par Jean BERTHELOT DE LA GLÉTAIS
Jean BERTHELOT DE LA GLÉTAIS
Correspondant à Bordeaux pour Europe 1, pour qui je commente les matchs à domicile des Girondins, et pour Radio Classique, pour qui je fais des reportages d’information générale. J’écris dans Grazia en tant que pigiste régulier, pour la rubrique actualités, sur des thèmes très divers. J’assure également une correspondance, toujours à Bordeaux, pour le quotidien Le Courrier de l’Ouest. Je suis pigiste pour Sud-Ouest Magazine, le mook Sang-Froid et le Journal des Télécoms. .

Contre toute logique environnementale et même économique, les mines d’or pourraient bientôt redevenir une réalité sur le territoire métropolitain. Dans le Limousin, deux permis de recherche ont ainsi été accordés : l’un à l’est, dans la Creuse, l’autre à l’ouest, principalement en Haute-Vienne. C’est à ce dernier permis, dit « de Bonneval », auquel nous nous intéressons dans cet épisode. Sur place, le collectif Stop Mines 87 tente de mobiliser mais ne parvient pas à empêcher l’avancée des recherches.

« Avant c’était une vallée, maintenant c’est une fausse colline de 10 millions de tonnes de déchets. 5 % des déchets sont extrêmement toxiques au cyanure, à l’arsenic, au cadmium. De l’autre côté, 800 000 tonnes de déchets toxiques dont 15 à 20 % donnent une résurgence orangée à 5 km, avec 400 fois la dose admissible d’arsenic qui repart dans la nature. Il y a aussi des pollutions aériennes : le vent emporte l’arsenic. Il y a de quoi empoisonner quelques dizaines de millions de personnes. »

Réjouissant, non ? Cette description idyllique, c’est celle que faisait Frédéric Ogé des abords de l’ancienne mine d’or de Salsigne, dans l’Aude, en mai dernier, sur France Inter. Le chercheur au CNRS, spécialiste de la question, connait les conséquences de la pollution de cette mine, pourtant fermée en 2004 : dans les 20 communes alentour, 80 % de cancers du poumon et 110 % de cancers du larynx en plus, par rapport à la moyenne française selon une étude menée par l’European journal of cancer prévention.

Un long passé aurifère

De quoi refroidir durablement toute envie de rouvrir un jour une mine d’or en France ? Loin de là. Une dizaine de permis de recherche auraient ainsi été déposés ces trois dernières années, dont deux dans le Limousin qui ont été acceptés. L’une de ces deux autorisations concerne un territoire situé à cheval entre la Haute-Vienne et la Dordogne. En 2015, un permis avait été demandé par la société Cordier Mines, qui portait sur 301 km2.

En 2017, le permis a été accordé et le périmètre a été quelque peu réduit, passant à 261 km2 sur les communes de Coussac-Bonneval, Chateau-Chervix, la Meyze, la Roche-l’Abeille, Ladignac-le-Long, le Chalard, Meuzac, Saint-Priest-Ligoure et Saint-Yrieix-la-Perche en Haute-Vienne, ainsi que Jumilhac-le-Grand en Dordogne. Englobant au passage quatre concessions encore actives accordées à Areva, arrivant à échéance en 2018.

Mine de potasse dans le Haut-Rhin
Mine de potasse dans le Haut-Rhin – Source  : Wikimedia

Des mines d’or dans le Limousin ? L’idée est loin d’être nouvelle. Elle remonte même à l’Antiquité. De la deuxième partie du XIXe siècle à la fin du XXe, le précieux métal y est même extrait en masse, comme le rappellent plusieurs sites culturels dont la Galerie de l’or, à Jumilhac-le-Grand.

Des « stages de chercheurs d’or » y sont même organisés, notamment destinés aux enfants, qui sont « assurés de repartir avec quelques paillettes d’or », assure la Galerie. Et pour cause : de l’or, il y en a toujours eu, et il y en a encore, dans le sol du Limousin.

5 millions d’euros sans certitude ?

Et pourtant, Cordier Mines ne serait pas certain d’en trouver ; c’est en tout cas ce que déclarait son président, Yves Hirbec, à l’Usine Nouvelle en janvier 2017 : « La phase d’exploration démarrera dans un an et demi, après une cartographie détaillée de la zone, des campagnes de géophysique et géochimie, la collecte et l’analyse d’échantillons. Nous n’allons pas faire des trous partout ! La probabilité de découvrir un gisement en cinq ans est faible, le délai est en général de huit à quinze ans. » Habile exercice de communication : circulez, braves gens, de toute façon on ne trouvera rien, donc dormez sur vos deux oreilles, on investit 5 millions d’euros — comme Yves Hirbec l’expliquait à Challenge en 2016 — pour le seul plaisir de venir nous promener en Limousin.

Beaucoup d’emplois sont liés, ici, à l’agrotourisme. Comment continuer avec une mine d’or à proximité, dévastatrice pour l’environnement ?

« C’est évidemment n’importe quoi, ils savent pertinemment qu’il y a de l’or », enrage Roselyne Dion, membre active et administratrice de la page Facebook du collectif Stop Mines 87. « Et une fois qu’ils en auront trouvé, il va se passer quoi ? Il va bien sûr y avoir une demande d’exploitation, et si elle est acceptée, qu’en sera-t-il de notre santé ? » Puisqu’il est acquis que la « mine propre » est un mythe, comme nous l’expliquions dans le premier épisode de ce feuilleton, celle-ci sera évidemment sacrifiée.

Un intérêt économique douteux

Mais sur l’autel de quoi, au juste ? « Si au moins la France avait un besoin vital d’or, on pourrait comprendre à défaut d’accepter », soupire Roselyne Dion. « Mais ce n’est même pas le cas. La Banque de France est pleine de lingots d’or, et c’est en plus une société étrangère qui aura la main sur cette mine. » Cordier Mines, basée à Orléans et Toulouse, n’est effectivement que la filiale française d’une société minière australienne, la Montezuma Mining Compagny, et n’a a priori vocation qu’à rechercher l’or, pas à l’exploiter.

Mineurs aux États-Unis, 1908
Mineurs aux États-Unis, 1908 – Source  : Wikimedia

Second argument des pro-mines : l’emploi. Un site de la taille de celui dit « de Bonneval » serait susceptible de créer 150 postes, assurent ses promoteurs. Oubliant de préciser que l’essentiel de ces postes n’est une réalité qu’au moment de la construction et du lancement de la mine, l’automatisation prenant ensuite largement le relais. « Et surtout, énormément d’agriculteurs vivent sur ce territoire ou aux alentours », rappelle Roselyne. « Comment vont-ils pouvoir continuer à travailler si les sols, les eaux sont pollués ? Plus largement, beaucoup d’emplois sont liés, ici, à l’agrotourisme. Comment continuer avec une mine d’or à proximité, dévastatrice pour l’environnement ? Et quelle qualité de vie voulons-nous ? »

Alors que la Haute-Vienne semble avoir endigué sa baisse démographique, la question mérite effectivement d’être posée. « Beaucoup de ceux qui arrivent quittent de grandes aires urbaines pour venir chercher le calme, respirer, faire revivre un territoire qu’ils découvrent ou aiment depuis toujours. Cette dynamique sera forcément brisée par cette mine d’or, partie pour tout massacrer pour des siècles… »

« La mobilisation reste marginale »

Alors Stop Mines 87 tente, tant bien que mal, de mobiliser la population. Soutenue par la presse locale, mais dans un silence souvent assourdissant de la presse nationale. « Nous essayons de sensibiliser les gens à ce problème et je dois dire que l’on est de plus en plus entendus, mais la mobilisation reste marginale », regrette Roselyne. « On va dans les villages, on tient des réunions d’information, mais tous les membres du collectif travaillent, il n’est donc pas évident de trouver le temps pour le faire. On aimerait notamment aller davantage dans les grandes villes, qui sont elles aussi concernées, puisque c’est notamment l’eau qu’on y boit qui pourrait, demain, être polluée. Il n’y a pas encore vraiment de mouvement populaire significatif. Peut-être sommes-nous trop gentils ? »

Mine de Val-d'Or, Québec
Mine de Val-d’Or, Québec – Source  : Wikimedia

Allusion à peine voilée au projet de mine d’or dans le Pays basque dont nous nous étions également fait l’écho, presque enterré désormais en raison de la mobilisation locale. Une mobilisation pacifique, mais qui ne le serait sans doute pas restée si les pouvoirs publics avaient accordé le permis de recherche ; ses opposants cachaient à peine leur volonté de s’y opposer même physiquement, s’il l’avait fallu. Et Roselyne Dion de s’interroger : « le Gouvernement aurait -il plus peur des Basques que des Limousins ? »

Jean BERTHELOT DE LA GLÉTAIS
Correspondant à Bordeaux pour Europe 1, pour qui je commente les matchs à domicile des Girondins, et pour Radio Classique, pour qui je fais des reportages d’information générale. J’écris dans Grazia en tant que pigiste régulier, pour la rubrique actualités, sur des thèmes très divers. J’assure également une correspondance, toujours à Bordeaux, pour le quotidien Le Courrier de l’Ouest. Je suis pigiste pour Sud-Ouest Magazine, le mook Sang-Froid et le Journal des Télécoms. .
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