En 2020, la station d’Artouste, dans les Pyrénées, a voté l’interdiction de la neige artificielle. Quand il n’y a pas de neige, la station de ski propose d’autres activités. Un modèle plus écologique et plus rentable.
À Artouste, au cœur de la vallée d’Ossau, une petite station des Pyrénées a décidé de se réinventer. Ici, pas de canon à neige ! Et pourtant : ils ont de plus de visiteurs. Prenons le petit train jusqu’à 2 000 mètres d’altitude pour rencontrer Jean-Christophe Lalanne. Il est le directeur de la station d’Artouste et il va nous raconter cette reconversion sans neige.
Selon l’Observatoire pyrénéen du changement climatique, les Pyrénées devraient perdre un mois d’enneigement d’ici 2050. Partout, la neige fond, mettant en péril le business des stations de ski.
Un sujet tiré de l’émission PopEx « Que la montagne est belle » (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Ana Hadj-Rabah.
La particularité d’Artouste, c’est que quand il n’y a pas de neige, c’est pas si grave ?
Oui ! On sait depuis longtemps qu’on ne pourra pas vivre uniquement de la neige. Alors, en 2019, on a pris la décision de miser sur le « 4 saisons », et en 2020, on a voté l’interdiction de la neige artificielle, avec cette idée : quand il n’y a pas de neige, on propose autre chose.

Quelles sont ces autres choses ?
On a installé une Tyrolienne, une luge d’été à proximité du village, on fait également du mountain kart, un espace spa en altitude… Mais notre principale attraction, c’est celle que vous venez de faire : le petit train ! À la base, le train a été créé pour permettre la construction du barrage du lac d’Artouste : c’est lui qui montait les hommes et les matériaux dans la montagne. Aujourd’hui, chaque année, 120 000 touristes montent dans le petit train… Deux fois plus que pour le ski.
Et c’est ouvert à tout le monde, ces activités ?
Oui, il y en a pour tous les âges ! La Tyrolienne est accessible pour petits et grands, comme le petit train, et le mountain kart, pour les plus grands qui ont envie de sensations fortes…
Tout part de votre décision de ne pas utiliser de neige artificielle. C’est un choix économique ou écologique ?
C’est un choix écologique et un choix de position pour l’avenir. On ne voulait pas de neige de culture principalement pour économiser de l’eau et de l’électricité. Mais ça n’a pas été facile de convaincre, à l’époque. En 2022, ça aurait été plus facile : entre les incendies, la sécheresse, le coût de l’électricité avec la guerre en Ukraine… De nombreuses stations ont maintenant compris qu’il fallait changer de modèle. Nous, on l’a fait un peu plus tôt.
Comment avez-vous fait pour convaincre les habitants et les personnes qui vivaient du ski à Artouste ?
On fait ça avec eux, tout simplement. Toutes ces activités, on les développe avec les gens du cru : les bergers notamment, pour ne pas gêner les brebis en montagne.
Quel est l’avenir de la montagne, pour vous ? Est-ce que le ski, c’est fini ?
Fini, je ne sais pas. Réduit, certainement. Une station doit avoir 100 jours d’exploitation de ski par an pour être à l’équilibre. Aujourd’hui, à Artouste, on est plutôt autour de 50 jours.
Notre modèle est à contre-courant de ce qu’on nous a vendu pendant des années : une vallée, de la neige, une station de ski, le tout pour fixer ces populations sur site et leur trouver du travail. Le même modèle industriel a été fait partout, dans les Alpes comme dans les Pyrénées. C’est un modèle très performant, mais urbain, et qui a atteint ses limites.
Aujourd’hui, c’est le site qui doit faire la station, et plus l’inverse. C’est à nous de nous adapter : en fonction de ce qu’on trouve sur place, on décline le modèle. Mais pour ça, il faut que les pouvoirs publics accompagnent tous les sites à se transformer. Sinon, c’est la casse de toute une économie et un environnement.