À Loupiac-de-la-Réole, Toopi Organics recycle l’urine pour la transformer en engrais. Une solution 100% locale et écologique.
Et si notre urine pouvait servir à fertiliser nos champs ? Ce serait une solution écologique et économique… Et c’est justement ce que fait Toopi Organics !
Chaque jour, chaque personne produit plus d’un litre d’urine. Mais saviez-vous qu’en tirant la chasse d’eau, vous privez vos tomates d’un atout précieux ? Car oui, notre urine vaut de l’or ! Elle peut servir à faire pousser du blé, des tomates ou encore du maïs, et ce naturellement, tout en réduisant les engrais minéraux dans l’agriculture.
En Gironde, Michael Roes a eu une idée lumineuse : utiliser notre urine pour en faire de l’engrais. Son entreprise, Toopi Organics est basée à Loupiac-de-la-Réole. Et c’est là-bas que nous sommes allés le rencontrer pour en savoir plus.
Un sujet tiré de l’émission PopEx (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Luigy Lacides.
Comment est venue cette idée de recycler l’urine ?
Tout part d’un constat simple : un ami qui loue des toilettes sèches m’a expliqué qu’il devait payer pour se débarrasser de l’urine après des festivals. Il m’a demandé si j’avais une idée pour en faire quelque chose.

Je me suis intéressé à la composition de l’urine, et j’ai réalisé qu’il s’agissait d’un milieu propice à la culture de bactéries. Alors, je me suis dit : si des bactéries se reproduisent, pourquoi ne pas les utiliser ? C’est comme ça qu’est née l’idée de base de Toopi Organics.
Et pourquoi la transformer en engrais ?
Lorsqu’on regarde ce qui compose l’engrais utilisé dans l’agriculture, on retrouve 70 % de ces molécules dans l’urine humaine.
En plus, on sait que les plantes ont besoin de phosphore pour vivre et on va la chercher dans des gisements rocheux, notamment au Maroc. Écologiquement, c’est terrible. Mais surtout, cette substance se raréfie à cause de l’agriculture intensive alors que l’urine…. Tant qu’il y aura des hommes, il y aura de l’urine !
Concrètement, chez Toopi Organics, comment vous passez de l’urine à l’engrais ?
Nous avons différents points de collecte : les festivals et parcs par exemple, comme le Parc du Futuroscope, Rock en Seine, Solidays, mais aussi les aires d’autoroutes, les collèges et lycées… On collecte aussi chez les particuliers et les entreprises. Il faut pour cela qu’ils soient équipés de toilettes sèches, idéalement. Au total, nous sommes capables de recycler 250 000 litres d’urine humaine chaque année.
On collecte l’urine puis on l’amène ici, dans notre usine de recyclage à Loupiac-de-la-Réole. Le principe est simple : d’abord, on filtre l’urine pour la dépolluer, en lui enlevant toutes les hormones, les antibiotiques ou l’alcool qu’on peut trouver dedans.

Une fois dépolluée, il faut la faire fermenter, un peu comme quand on fait de la bière, du vin ou de la choucroute. On ajoute donc à l’urine filtrée du sucre et des bactéries, qui vont se développer dans l’urine. Et ce sont ces bactéries qui vont fabriquer de l’engrais pour les jeunes pousses. À la fin, l’engrais va se présenter sous forme de liquide dans de gros bidons.
Une fois que l’engrais est prêt, à quoi va-t-il servir ? Et à destination de qui ?
Notre engrais est principalement à destination des agriculteurs de la région. Son utilisation est très variée : cela va des grandes cultures à la vigne, en passant par le maraîchage… Notre but est de fournir aux agriculteurs de la région des alternatives naturelles, plus efficaces que les engrais chimiques.
L’attrait est écologique et économique pour l’agriculteur : s’il veut fertiliser un hectare de blé, il n’a besoin que d’une seule cuve, contre pour des dizaines avec un engrais traditionnel. Et notre engrais est en moyenne 20 fois moins cher que les engrais traditionnels.
On vit une époque où on commence à manquer d’eau, pourtant, on continue de faire nos besoins dans de l’eau potable…
Combien faut-il de litres d’urine pour un bidon d’engrais ?
Si l’engrais est dilué dans suffisamment d’eau, un seul litre de cette urine pleine de bactéries peut aider à la fertilisation d’un champ d’un hectare. Car une fois pulvérisées dans les champs, les bactéries vont capter l’azote dans l’air et les restituer aux plantes qui ont besoin de ce nutriment pour leur croissance.
Avec Toopi Organics, vous êtes les premiers au monde à recycler l’urine pour en faire de l’engrais ; comment expliquez-vous que personne n’y ait pensé avant ?
On n’est sûrement pas les premiers à y avoir pensé, mais je crois qu’on est les seuls à utiliser l’urine pour aider à fertiliser les sols à grande échelle.
Recycler l’urine m’a presque paru comme une évidence : on vit une époque où on commence à manquer d’eau, pourtant, on continue de faire nos besoins dans de l’eau potable… Ça n’a aucun sens. Il n’y a aucune raison valable de ne pas recycler l’urine : ça va devenir un flux indispensable pour l’avenir.