Épisode #
8 minutes de lecture
Lundi 23 février 2026
par LA RÉDACTION
LA RÉDACTION
Nous sommes un média en ligne, local, indépendant, sans publicité et engagé. Nous voulons partir de chez nous, du local, pour ancrer des histoires et des personnages dont le vécu interroge notre place au sein de la collectivité.

Après 20 ans à élever des vaches sans pouvoir en vivre, Jouany Chatoux a tout misé sur le chanvre bien-être. Installé sur le plateau de Millevaches, il incarne la reconversion d’une filière agricole creusoise.

Vous l’avez sûrement remarqué autour de vous : en tisane, en boisson ou en huile, le CBD est à la mode. Mais saviez-vous que la majorité de la production française vient d’ici, en Nouvelle-Aquitaine ? En Creuse, ils sont nombreux à s’être lancés dans l’aventure. Et parmi eux, il y a Jouany Chatoux, l’un des premiers à avoir misé sur le CBD dans sa ferme de Gentioux.

Un sujet tiré de l’émission PopEx « Pousse Pousse : cultiver autrement » (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Ana Hadj-Rabah. 

Comment en êtes-vous venu à la culture de chanvre ?

Avant, j’étais éleveur de vaches et cultivateur de seigle et de sarrasin, ici même, dans cette ferme. Historiquement, on était sur de la transformation directe de viande. J’ai fait ça pendant 20 ans, mais c’était trop difficile, mon métier ne me permettait pas de vivre décemment. J’avais cette ferme de 350 hectares sur le plateau de Millevaches dans le Limousin. Dès 2018, j’ai pris la décision de me reconvertir dans le CBD bien-être.

Et c’est quoi, le CBD bien-être ?

C’est une molécule que l’on retrouve sous forme d’huiles, de tisanes, ou sous forme brute, mais qui ne sert pas à se défoncer : le CBD a des vertus contre l’anxiété, et peut soulager des effets indésirables de gros traitements et des douleurs musculaires.

Et c’est légal, tout ça ?

Oui, c’est légal, mais un peu galère : nos produits respectent la loi, et ne dépassent pas les normes de THC autorisées (soit 0,3 %). Mais les plantes inscrites au catalogue européen dépassent bien souvent ce taux, ce qui nous complique la vie et nous empêche d’être compétitifs.

Et vous vendez aussi le produit brut ?

Oui, on vend le chanvre bien-être sous forme brute. Nous développons également une gamme cosmétique.

On utilise aussi la fibre de chanvre, qui sert pour la construction et l’isolation. On est sur une déclinaison du chanvre à plusieurs niveaux, et on est très peu à le faire en France.

Et c’est facile de faire pousser du chanvre en Creuse ? Le climat est adapté ?

D’un point de vue climatique, il n’y a aucun souci, au contraire. Le chanvre est une plante assez rustique et qui s’adapte à tous les climats et les types de sol.

Ce qui est intéressant avec cette plante, c’est que plus elle est agressée, plus elle produit des cannabinoïdes, donc de CBD. Ici, sur le plateau de Millevaches, on a de forts écarts thermiques en mois d’août et septembre, ça permet d’avoir une belle production de cannabinoïdes.

La Nouvelle-Aquitaine est historiquement une terre qui cultive du chanvre, que ce soit textile ou industriel. Mais surtout, il y a beaucoup d’agriculteurs qui cultivaient du tabac ici. Mais la filière française a décliné pendant des années, avant de jeter l’éponge complètement face aux géants chinois, brésilien et indien. Par contre, les producteurs ont gardé tout leur matériel pour semer et sécher notamment. Ce n’était donc pas très compliqué de passer du tabac au CBD.

Et vous n’avez pas peur que la filière soit vite accaparée par les géants de l’agriculture ou de l’industrie pharmaceutique ?

Si, c’est notre crainte. La difficulté, c’est que la filière est naissante et pas réglementée. On se confronte à ce que vit l’agriculture en général, et notre crainte, c’est que de gros agro-industriels s’accaparent le travail de petits producteurs, en déposant des brevets ou en monopolisant la culture de CBD. C’est un combat de tous les jours pour nous, petits producteurs, qui n’est pas gagné.

Pour moi, la seule porte de sortie, c’est de miser sur la qualité de notre chanvre bien-être, avec une notion de terroir, comme pour le vin et le fromage. Alors, pour s’organiser et défendre nos droits, on a créé une association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC).

LA RÉDACTION
Nous sommes un média en ligne, local, indépendant, sans publicité et engagé. Nous voulons partir de chez nous, du local, pour ancrer des histoires et des personnages dont le vécu interroge notre place au sein de la collectivité.
Dans le même feuilleton

Sanctuariser la terre

« Terre de Liens s’inscrit dans le changement que doivent opérer l’agriculture et les paysans dans leurs pratiques. » Alors que la Nouvelle-Aquitaine est la 1ère région agricole...

Spiruline bio : la Ferme de l'or vert

À la ferme de l’or vert, située à Bruges, Arthur et Fatima produisent leur propre spiruline bio depuis août 2020. Cette cyanobactérie, surtout utilisée comme complément...

La forêt de Higas : une forêt comestible dans les Landes

Au cœur des Landes, à Estibeaux, Yoann Lang sème les graines d’un projet fou : créer la plus grande forêt comestible d’Europe. Étendue sur près de 7 hectares, la forêt de Higas...

Cannabis : en Creuse, les rois du chanvre

Saviez-vous qu'un tiers de la production française de CBD vient de Nouvelle-Aquitaine ? Dans la Creuse, département où les agriculteurs sont en difficultés depuis près de 20...

3 questions sur la méthanisation en Nouvelle-Aquitaine

Saviez-vous que la région est elle-aussi capable de produire du gaz ? Ce procédé porte un nom : la méthanisation. Et elle est au coeur de la politique énergétique et...

Le mal-être des agriculteur·ices en 3 questions

Les agriculteur·ices ont 43,2% plus de risque de se suicider que le reste de la population. Et chez les plus de 65 ans, le risque de suicide est deux fois plus élevé. Que se...

Le kiwi des landes : une histoire de famille(s)

La France est aujourd’hui le sixième producteur mondial de kiwi, avec plus de 45 000 tonnes de kiwis produits chaque année. Et la Nouvelle-Aquitaine est la première région...

Toopi Organics : l'urine, l'engrais du futur

À Loupiac-de-la-Réole, Toopi Organics recycle l'urine pour la transformer en engrais. Une solution 100% locale et écologique.

Prévenir le suicide des agriculteurs : le réseau de sentinelles en Haute-Vienne

En Haute-Vienne, un réseau de sentinelles formées par la MSA repère le mal-être des agriculteurs et les oriente vers des professionnels pour prévenir le suicide et accompagner...

Le plateau de Millevaches, terroir idéal pour le chanvre bien-être

Après 20 ans à élever des vaches sans pouvoir en vivre, Jouany Chatoux a tout misé sur le chanvre bien-être. Installé sur le plateau de Millevaches, il incarne la reconversion...

Ces épisodes pourraient vous intéresser
Les Embarqués

Pierre(s) : de Carles à Molinier

Pierre(s) : de Carles à Molinier

Partons sur les traces de Pierre Molinier, un personnage fantasque à la sexualité exaltée.
Soutenez Revue Far Ouest !

Nous avons besoin de 1 000 nouvelles souscriptions pour continuer à exister.

Découvrir nos offres d’abonnement