Après 20 ans à élever des vaches sans pouvoir en vivre, Jouany Chatoux a tout misé sur le chanvre bien-être. Installé sur le plateau de Millevaches, il incarne la reconversion d’une filière agricole creusoise.
Vous l’avez sûrement remarqué autour de vous : en tisane, en boisson ou en huile, le CBD est à la mode. Mais saviez-vous que la majorité de la production française vient d’ici, en Nouvelle-Aquitaine ? En Creuse, ils sont nombreux à s’être lancés dans l’aventure. Et parmi eux, il y a Jouany Chatoux, l’un des premiers à avoir misé sur le CBD dans sa ferme de Gentioux.
Un sujet tiré de l’émission PopEx « Pousse Pousse : cultiver autrement » (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Ana Hadj-Rabah.
Comment en êtes-vous venu à la culture de chanvre ?
Avant, j’étais éleveur de vaches et cultivateur de seigle et de sarrasin, ici même, dans cette ferme. Historiquement, on était sur de la transformation directe de viande. J’ai fait ça pendant 20 ans, mais c’était trop difficile, mon métier ne me permettait pas de vivre décemment. J’avais cette ferme de 350 hectares sur le plateau de Millevaches dans le Limousin. Dès 2018, j’ai pris la décision de me reconvertir dans le CBD bien-être.
Et c’est quoi, le CBD bien-être ?
C’est une molécule que l’on retrouve sous forme d’huiles, de tisanes, ou sous forme brute, mais qui ne sert pas à se défoncer : le CBD a des vertus contre l’anxiété, et peut soulager des effets indésirables de gros traitements et des douleurs musculaires.
Et c’est légal, tout ça ?
Oui, c’est légal, mais un peu galère : nos produits respectent la loi, et ne dépassent pas les normes de THC autorisées (soit 0,3 %). Mais les plantes inscrites au catalogue européen dépassent bien souvent ce taux, ce qui nous complique la vie et nous empêche d’être compétitifs.
Et vous vendez aussi le produit brut ?
Oui, on vend le chanvre bien-être sous forme brute. Nous développons également une gamme cosmétique.
On utilise aussi la fibre de chanvre, qui sert pour la construction et l’isolation. On est sur une déclinaison du chanvre à plusieurs niveaux, et on est très peu à le faire en France.
Et c’est facile de faire pousser du chanvre en Creuse ? Le climat est adapté ?
D’un point de vue climatique, il n’y a aucun souci, au contraire. Le chanvre est une plante assez rustique et qui s’adapte à tous les climats et les types de sol.
Ce qui est intéressant avec cette plante, c’est que plus elle est agressée, plus elle produit des cannabinoïdes, donc de CBD. Ici, sur le plateau de Millevaches, on a de forts écarts thermiques en mois d’août et septembre, ça permet d’avoir une belle production de cannabinoïdes.
La Nouvelle-Aquitaine est historiquement une terre qui cultive du chanvre, que ce soit textile ou industriel. Mais surtout, il y a beaucoup d’agriculteurs qui cultivaient du tabac ici. Mais la filière française a décliné pendant des années, avant de jeter l’éponge complètement face aux géants chinois, brésilien et indien. Par contre, les producteurs ont gardé tout leur matériel pour semer et sécher notamment. Ce n’était donc pas très compliqué de passer du tabac au CBD.
Et vous n’avez pas peur que la filière soit vite accaparée par les géants de l’agriculture ou de l’industrie pharmaceutique ?
Si, c’est notre crainte. La difficulté, c’est que la filière est naissante et pas réglementée. On se confronte à ce que vit l’agriculture en général, et notre crainte, c’est que de gros agro-industriels s’accaparent le travail de petits producteurs, en déposant des brevets ou en monopolisant la culture de CBD. C’est un combat de tous les jours pour nous, petits producteurs, qui n’est pas gagné.
Pour moi, la seule porte de sortie, c’est de miser sur la qualité de notre chanvre bien-être, avec une notion de terroir, comme pour le vin et le fromage. Alors, pour s’organiser et défendre nos droits, on a créé une association française des producteurs de cannabinoïdes (AFPC).