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Lundi 23 mars 2026
par LA RÉDACTION
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Et si votre vieux téléphone cassé n’était pas bon pour la poubelle ? En France, des millions d’appareils jugés hors d’usage peuvent encore être réparés, testés, remis sur le marché — ou donnés. Julien Maranon fait ce métier depuis 26 ans. Il nous explique comment, et pourquoi ça change tout.

Pour vos vieux smartphones, vous avez pensé au reconditionnement ? À mi-chemin entre le recyclage et la réparation, cette solution permet de lutter contre l’obsolescence programmée.

Chaque année, 1,5 milliard de smartphones neufs sont vendus en moyenne à travers le monde. Entre sa conception, l’extraction des matières premières, sa fabrication, son assemblage et sa livraison chez nous… chaque téléphone fait au moins 4 fois le tour du monde avant d’arriver dans notre poche. D’un autre côté, en France, 54 à 110 millions de vieux smartphones dorment dans nos tiroirs. Mais, même cassés et irréparables, nos smartphones peuvent encore lutter contre l’obsolescence programmée. Comment ? Avec le reconditionnement de nos vieux smartphones (et pas que!). 

une caisse remplir de smartphone qui attendent le reconditionnement

Pour comprendre comment tout cela fonctionne, nous avons interrogé Julien Maranon, spécialiste du reconditionnement depuis 26 ans. Direction son usine à Saint-Loubès (Gironde)

Un sujet tiré de l’émission PopEx « Obsolescence déprogrammée » (France 3 Nouvelle-Aquitaine), incarné par Laurent Target.

Comment est-ce que vous récupérez tout ce matériel ?

Les entreprises ou les collectivités nous envoient leur matériel informatique en fin d’utilisation. Ça peut être par exemple un parc d’ordinateur de la métropole de Bordeaux ou leurs téléphones. Soit parce qu’ils ne savent plus quoi en faire, soit parce qu’ils ont changé de logiciels et que leur matériel n’est plus suffisant. Nous, notre vrai métier c’est l’économie circulaire. Au lieu de jeter ou de gaspiller, le but c’est qu’on puisse limiter la quantité de déchets.

Et tout ça, vous allez le réparer ?

Si on peut réparer, et aller jusqu’au reconditionnement, on va le faire. Si en revanche, les éléments sont pas réunis parce que c’est cassé, c’est obsolète, qu’il n’y a pas d’utilisateurs pour ça… On va le déconstruire pour le recycler.

Comment est-ce que ça marche, le reconditionnement des smartphones ?

Ce sont des téléphones qui ont en général deux ou trois ans, qui ont vécu leur première vie. Et quand on va les recevoir, il y en a certains en état très correct, d’autres qui sont totalement explosés… et nous on va faire le tri parmi tous ceux qu’on récupère. Ceux qui sont explosés vont nous permettre de récupérer les pièces détachées, donc d’avoir un stock de pièces de seconde main.

Ceux qui sont en bon état, on va les passer sur des bancs de tests avec des logiciels qui vont les diagnostiquer. Savoir si la batterie est fonctionnelle, où en est-elle de sa durée de vie ? Est-ce qu’elle est à 60 % ou à 90 % de son potentiel ? On va avoir des manipulations pour voir si le tactile fonctionne bien. Il y a à peu près 60 points de contrôle comme ça pour le reconditionnement des smartphones. 

les étapes du reconditionnement des smartphones à ecomicro

On va faire un écrasement des données pour que le nouvel utilisateur, quand il va le démarrer, il y ait juste le logiciel mais que ça soit totalement vierge de son ancienne vie.On va faire également ce qu’on appelle un grading, c’est-à-dire estimer l’état esthétique du matériel. Parce que s’il est comme neuf ou s’il a quelques rayures, il revient pas sur le marché tout à fait au même endroit, en tout cas pas avec la même information pour le consommateur.

Vous revendez ensuite ces machines ?

On a deux sorties. Il y en a une qui est de la vente, même si on vend pas très cher, notamment pour les associations ou les entreprises du territoire, et on a aussi du don. C’est-à-dire que parfois on ne va pas se demander s’il y a un marché, mais est-ce qu’il y a un utilisateur ? L’objectif, c’est de remettre des machines sur le terrain, mais pour une durée quasiment aussi longue que la durée initiale de vie qui est de trois à quatre ans.

Vous faites aussi du recyclage. Mais je croyais que les ordinateurs et les téléphones c’était la galère à recycler ?

Déjà, je vais vous faire un calcul très simple : dans une tour d’ordinateur, il y a 70 % de ferraille. La ferraille on la recycle à 99,8 %. Donc ce n’est pas très compliqué de se dire que déjà les 70 % de ferraille de l’ordinateur sont correctement recyclés. Après les 30 % restants, c’est le disque dur qui contient de l’aluminium, de l’inox et un petit peu d’électronique. C’est les cartes électroniques en elles-mêmes. C’est pour ça que nous, on en arrive à des taux de performances qui sont beaucoup plus élevés que chez nos confrères, parce qu’on a une bonne maîtrise derrière de nos filières de valorisation et surtout on fait de la déconstruction manuelle.

Ça veut dire que pour recycler l’électronique, il faut en fait le réparer ?

Tout à fait. Quand des confrères du recyclage balancent un ordinateur dans un broyeur, on perd quasiment 20 % de la matière. Ils ont des logiques de déchets. Donc ils vont pas forcément réparer grand-chose. Ils vont se concentrer sur le recyclage sans se poser la question de savoir si on pouvait réparer.

Et en même temps c’est normal : c’est toutes les entreprises qui viennent du monde du déchet, c’est-à-dire des ordures ménagères, du recyclage du papier. Quand vous avez passé votre vie à gérer des usines d’incinération, ou des centres d’enfouissement… On ne peut pas demander à ces acteurs, qui font très bien ce métier-là, de transformer leur modèle pour gérer du déchet électronique, qui représente 0,000 1 % de ce qu’ils gèrent. C’est pour ça qu’il y a quelques acteurs comme nous qui se spécialisent, qui proposent autre chose.

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Retrouvez cet article dans le feuilleton :

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