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Mercredi 17 décembre 2025
par LA RÉDACTION
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En Haute-Vienne, un réseau de sentinelles formées par la MSA repère le mal-être des agriculteurs et les oriente vers des professionnels pour prévenir le suicide et accompagner les exploitants en difficulté.

Difficile de fermer les yeux face à l’ampleur du nombre de suicides chez les agriculteurs. En 2021, l’État s’empare du sujet et annonce la mise en œuvre d’une feuille de route pour lutter contre ce mal-être agricole. L’objectif principal ? Replacer l’humain au centre des préoccupations.

Être une sentinelle

L’un des piliers de ce plan est le réseau de « sentinelles ». En Haute-Vienne, département qui comptait 1600 exploitations en 2020, des sentinelles, soit des citoyens comme vous et nous, ont été formées dès 2022. Aujourd’hui, ils sont une cinquantaine, répartis dans tout le département, à prendre soin des agriculteurs près de chez eux.

Illustration d'un homme seul

« On ne leur donne pas de moyens cliniques, mais on leur apprend à avoir une présence humble, à être dans l’écoute, dans la compréhension de l’autre », explique Guylaine Fabre-Bardou, évaluatrice et formatrice du réseau des sentinelles en Haute-Vienne.

Si les sentinelles peuvent être des quidams, ils sont souvent « des citoyens qui côtoient les exploitants au quotidien, comme des vétérinaires, des contrôleurs laitiers, des médecins traitants ou tout autre professionnel qui travaillent en milieu rural », précise Aurélie Pere, responsable du service sanitaire et social de la MSA Limousin.

Certains exploitants sont eux-mêmes des sentinelles, et peuvent ainsi venir en aide à leurs homologues. Il est parfois plus facile de se livrer à une personne qui traverse les mêmes difficultés que nous.

Repérer la détresse avant le passage à l’acte

L’idée n’est pas de faire des sentinelles des thérapeutes, mais plutôt des personnes présentes pour repérer la détresse et encourager les concernés à se diriger vers des professionnels compétents comme les assistantes sociales, infirmières ou médecins traitants.

Le suicide a toujours existé et existera toujours. L’avantage de ces formations et du réseau sentinelles, c’est de se soucier de l’autre, de remettre du lien

Dans le secteur de l’agriculture, « on retrouve une clinique avec beaucoup d’angoisse généralisée, de la consommation excessive de nourriture ou de boisson et un sommeil perturbé. En clair, les symptômes de la dépression », relève Guylaine Fabre-Bardou. « Et dans ce type de cas, la posture n’est pas de dire de se bouger, mais de montrer sa présence.

Concernant le potentiel suicide, le demander clairement est difficile, mais on peut demander à la personne : si est-ce que s’il n’était plus là, les choses seraient plus faciles ? », poursuit-elle. Ensuite, l’ancienne infirmière recommande de rester présent et d’appeler une assistante sociale ou le SAMU.

Un agriculteur avec des paniers sous les bras

Une fois la détresse repérée par les sentinelles, ce sont les travailleurs sociaux de la mutualité sociale agricole qui prennent le relai. En Haute-Vienne, elles sont six assistantes sociales à sillonner les routes du département pour venir en aide aux agriculteurs. Toutes ont été formées par le centre hospitalier d’Esquirol de Limoges pour repérer et évaluer les crises suicidaires. Elles savent quoi dire et comment réagir lorsque quelqu’un souhaite passer à l’acte.

« Le suicide a toujours existé et existera toujours. L’avantage de ces formations et du réseau sentinelles, c’est de se soucier de l’autre, de remettre du lien », conclut Guylaine Fabre-Bardou.

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