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Mercredi 4 septembre 2019
par Anaelle Sorignet
Anaelle Sorignet
Passionnée de développement durable, Anaelle a travaillé comme consultante avant de se lancer à son compte comme journaliste et rédactrice spécialisée. Elle a écrit pour Rue89 Bordeaux, We Demain, Bio à la Une, et publie régulièrement des articles sur son blog La Révolution des Tortues, dédié à l’écologie et à la consommation responsable.

En 2018 les ventes de livres numériques ont dépassé pour la première fois le cap des 100 millions d’euros, avec une hausse des achats de 6%. Même si cet usage de lecture reste marginal (moins de 5% des français), il peut être présenté comme une alternative écologique. Pourquoi couper des arbres pour faire du papier alors qu’il suffit de télécharger un fichier ? Mais rien n’est jamais simple au pays du tout numérique. De la fabrication du papier jusqu’à un data center, assistez à un combat de titans : Livres Vs Liseuses !

Photo de couverture : Nemichandra Hombannavar

« Pensez à l’environnement, n’imprimez ce mail que si nécessaire » : combien de fois a-t-on lu cette injonction en guise de signature électronique ? Nous sommes aujourd’hui convaincus que le papier est à éviter, car le fabriquer tue des arbres, et donc l’environnement (en gros). L’alternative ? Dématérialiser un maximum en numérisant nos documents, parce que c’est plus écologique. Soit.

Sans oublier que l’empreinte environnementale d’un objet ne se limite pas à ses émissions de CO2. Quels sont alors les autres critères pris en compte ?

Et puis on a commencé à entendre de petites voix discordantes, arguant que le numérique n’était pas si léger que ça. En tout cas, pas plus léger qu’une feuille de papier. Dans un épisode précédent, j’ai enquêté sur ce qu’il y a dans nos smartphones, et plus généralement dans nos appareils électroniques. L’image « propre » et « verte » du numérique en a pris un coup. Aussi, cette histoire de dématérialisation écologique méritait qu’on aille voir de plus près…

Liseuse versus livre papier : lequel est le plus écologique ?

Conférence de rédaction. Clémence, adepte des livres numériques, se tourne vers moi et me demande : « À ton avis, il faut combien de bouquins pour amortir l’empreinte environnementale d’une liseuse ? » Je la vois venir, avec son air innocent : me voilà partie pour enquêter sur l’impact du numérique.

Je la prends au mot — et commence donc mon enquête en me renseignant sur le poids environnemental d’une liseuse. Les chiffres que je trouve donnent toujours l’avantage aux livres physiques, mais dans des proportions allant du simple au triple. Pour le cabinet américain Cleantech, il faudrait acheter 65 livres avant de compenser l’empreinte d’une liseuse, tandis que pour Carbone 4, on monterait jusqu’à 180 livres.

Pourquoi un tel écart d’une étude à l’autre ? Pour plus de précisions, je contacte le BASIC (Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne), qui a publié un rapport sur les impacts du secteur de l’édition en France. Au téléphone, Christophe Alliot, cofondateur, m’explique : « Ce qui est compliqué, c’est la composition de la liseuse. On ne connaît pas forcément tous les matériaux et composants, d’où ils viennent et comment ils sont fabriqués. Une telle complexité demande beaucoup de temps et de moyens pour investiguer, suppose une transparence totale de l’industrie et un vrai suivi des matériaux en fin de vie. »

Une personne tient dans sa main une liseuse.
Comment « rentabiliser » le coût écologique de sa liseuse ? — Photo : Perfecto Capucine

Réaliser une analyse de cycle de vie complète est donc un exercice compliqué, avec des limites évidentes. Sans oublier que l’empreinte environnementale d’un objet ne se limite pas à ses émissions de CO2. Quels sont alors les autres critères pris en compte ? « Tout le reste, comme les pollutions par exemple, est un angle mort », constate Christophe Alliot. Selon lui, une analyse de cycle de vie devrait comporter au moins trois ou quatre indicateurs.

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