Épisode 6
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Lundi 7 juin 2021
par Justine VALLÉE
Justine VALLÉE
J’ai quitté la pluie bretonne pour rejoindre la chaleur bordelaise après avoir terminé mes études. Intéressée par l’Histoire, les problématiques sociales et féministes, je suis venue à Revue Far Ouest pour narrer des récits au long cours.

Ces dernières années, la ville de Bayonne s’est retrouvée sur une des nombreuses routes de l’exil. C’est dans ce contexte que le centre d’accueil « Pausa» a ouvert ses portes à la fin de l’année 2018, afin d’offrir aux mi- grants une halte dans leur parcours.

Midi vient tout juste de sonner. Alpha et Daouda entrent dans le bureau d’accueil de Pausa, à Bayonne. L’un est Guinéen, l’autre Ivoirien. Alpha, coiffé d’un haut-de- forme tranchant avec un pull bleu aux motifs psychédéliques, a entendu parler du centre de transit bayonnais depuis longtemps déjà. C’était à Las Palmas, aux îles Canaries. Les deux hommes attendent avec impatience de se connecter au wi-fi du centre. « J’en ai vraiment besoin», soupire Alpha. Claire, salariée du lieu, entame la discussion avec eux : « Ici, c’est un centre où vous allez pouvoir vous reposer, manger, vous laver. » Elle est interrompue par le vacarme des notifications qui inondent les téléphones des deux compagnons de route.

Au pied de la citadelle de Bayonne, en bord d’Adour, le centre de transit pour migrants a déjà vu défiler plus de 16 000 visages depuis son ouverture en octobre 2018. L’Italie fermait alors ses frontières, et les candidats à l’exil en provenance d’Afrique subsaharienne changeaient soudainement de cap, s’aventurant dangereusement dans les eaux mouvantes du détroit de Gibraltar, afin d’amarrer en Espagne.

Des accueillis partagent un repas dans les locaux de Pausa
Des accueillis partagent un repas dans les locaux de Pausa — Photo : Justine Vallée

Bayonne marque dès lors une étape incontournable dans leur parcours. « En juillet et août 2018, ils n’arrivaient que par petits groupes », se souvient l’adjointe au maire en charge des Solidarités, Christine Lauqué. Alors qu’ils étaient chaque semaine plus nombreux à trouver refuge au cœur de la ville, sur la Place des Basques, elle a convaincu le maire, et par ailleurs président de la communauté d’agglomération du Pays basque (CAPB), M. Etchegaray, d’agir.

Les institutions mobilisées

Un ancien bâtiment militaire de 500 mètres carrés, situé sur le quai de Lesseps, est mis à disposition. Un partenariat naît alors entre l’association Atherbea et le collectif Diakite, la ville de Bayonne et la CAPB. En novembre 2019, la communauté d’agglomération reprend la gestion directe du lieu, en collaboration avec des bénévoles et le collectif Diakité. 65 000 euros mensuels sont injectés dans le projet : « C’est la communauté d’agglomération du Pays basque qui finance tout, même les repas, à l’unanimité des 232 élus », se réjouit son adjointe aux Solidarités, Christine Lauqué. Une coopération peu commune, à l’heure où l’aide aux migrants est sans cesse plus criminalisée : personne n’a oublié les poursuites engagées contre l’agriculteur Cédric Herrou et son centre d’accueil à Briançon n’a pas pu bénéficier de la coopération entre associations et institutions locales.

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