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Jeudi 5 juillet 2018
par Nathan Reneaud
Nathan Reneaud
Nathan Reneaud est journaliste, enseignant et programmateur au Festival International du Film Indépendant de Bordeaux. Il a co-fondé Accréds.fr, site dédié à l'actualité des festivals de cinéma, et a collaboré avec plusieurs publications : Etudes, Vodkaster.fr., Slate.fr, Popcorn, Soap, Rockyrama, Kiblind. Il fait également partie du comité de rédaction de Carbone, revue de pop culture où il anime la rubrique « Black Pop ».

France, fin des années 1920. Malgré sa santé fragile, Lamine Senghor lutte pour améliorer les conditions de vie des anciens tirailleurs sénégalais, dont il fait lui-même partie. C’est le début d’un mouvement plus ample dédié à la condition noire coloniale en général, et au prolétariat en particulier. En 1926, Senghor crée le Comité de Défense de la Race Nègre. Il prononce des discours remarqués, il publie des textes. Ce leader des mouvements noirs dans l’entre-deux-guerres est passé par Bordeaux. On trouve des traces de son séjour. Portrait et enquête.

Avant-propos

J’ai découvert l’existence et le parcours militant de Lamine Senghor en lisant Présence Africaine à Bordeaux, de 1916 à nos jours. À la suite de cela, je suis entré en contact avec son auteur, le sociologue Mar Fall, qui m’a confirmé qu’il existait des traces de la présence bordelaise de Senghor. Monsieur Fall a également mis des livres à ma disposition, dont Les mouvements nègres en France. 1919-1939, de Philippe Dewitte. Une référence. Qu’il en soit remercié. Je dois également remercier le poète et musicien Cheik Sow de m’avoir mis en relation avec Tidiane Dioh, petit-fils de Lamine Senghor. À son tour, Monsieur Dioh a pris l’initiative de mettre David Murphy en copie de nos échanges par mail. S’en est suivi une correspondance riche et très amicale. Monsieur Murphy est le plus grand spécialiste de Senghor. Il prépare actuellement une biographie.

L’expression revient souvent chez lui : « donner jusqu’à la dernière goutte de son sang ». Lamine Senghor est tuberculeux. Il ne lui reste qu’un seul poumon. La Première Guerre mondiale lui a volé sa santé. Blessé, gazé, invalide à 30 % puis à 100 %, l’ancien tirailleur sénégalais s’insurge contre la différence criante de traitement entre les soldats métropolitains et les soldats originaires d’Afrique. Les pensions de ces derniers sont largement inférieures.

La France ne s’est pas acquittée de sa « dette de sang », l’empire colonial est un comte Dracula qui a vampirisé les corps noirs. Senghor n’aura pas de mots assez durs pour celui qu’il considère comme le principal servant de cette vampirisation. Au début de son combat, son plus grand objet de détestation est le député Blaise Diagne, né lui aussi au Sénégal et premier homme politique africain élu à la Chambre des députés française. Ce dernier est un « pourvoyeur de chair noire », il est le « grand serviteur des marchands de cacahuètes de Bordeaux et de Marseille ». Dans un texte intitulé « Camarades sénégalais, en garde ! », le militant y va fort : « Il est donc bien vrai que si la peau blanche se vendait, Diagne l’aurait payée très cher pour achever de renier sa race, comme il vient de le faire à l’égard de son pays. »

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