Épisode 2
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Mercredi 17 janvier 2018
par Laurent Perpigna Iban
Laurent Perpigna Iban
Il travaille principalement sur la question des nations sans états, des luttes d'émancipation des peuples aux processus politiques en cours, des minorités, et des réfugiés. Il est souvent sur la route du proche et du moyen Orient pour son site Folklore du quotidien.

C’est un sujet brûlant. Une épine au cœur du processus de paix. Les mesures d’exception appliquées par les États français et espagnols envers les prisonniers et les prisonnières basques continuent de crisper le débat. En permettant le désarmement d’ETA, les citoyens et citoyennes d’Euskal Herria ont réussi à déplacer les montagnes. Ils se trouvent aujourd’hui face à un autre défi : faire appliquer le droit commun à celles et ceux que le conflit a conduit derrière les barreaux.

Cette scène se répète chaque année, inlassablement. Des centaines de proches de détenus défilent dans les rues de Bilbao au début du mois de janvier. Derrière eux, une marée humaine venue de toutes les provinces du Pays basque converge vers la mairie de la ville, où une prise de parole est organisée. Une manière d’apporter du réconfort à ceux qui souffrent de ce conflit, mais aussi un moment important qui place cette question au centre de l’actualité.

Un « régime d’exception »

Derrière ce que l’on appelle la « politique de dispersion », c’est un cadre de mesures qui est appliqué aux prisonniers et aux prisonnières basques dont il est question. Dans le cas de ces hommes et de ces femmes, c’est l’ensemble du régime pénitentiaire « classique » qui se trouve bouleversé. L’isolement se rajoute souvent à l’éloignement, et les refus de libertés conditionnelles sont quasi systématiques.

Les familles de prisonniers se trouvent quant à elles placées dans une situation très inconfortable : en plus des distances à parcourir, les communications orales et écrites sont contrôlées, et les permis de visite sont soumis à de nombreuses complications.

Ce « régime spécial » a débuté au milieu des années 80 dans l’État espagnol. Les prisonniers d’ETA étaient alors rassemblés dans quatre prisons, déjà éloignées du Pays basque. Le gouvernement, effrayé par les risques d’évasion et par la possible reconstitution de cellules en contact avec l’organisation au cœur des établissements, avait choisi de les disperser. La France finira par prendre la même décision.

Les portraits de prisonniers et de prisonnières peints sur les murs d’une rue de Bilbao
Les portraits de prisonniers et de prisonnières peints sur les murs d’une rue de Bilbao :
« Les prisonniers de la vieille ville à la maison » — Photo : Laurent Perpigna Iban

Ce régime pénitentiaire à part est illégal au regard du droit européen qui stipule que tous les États doivent placer les détenus dans des établissements proches de chez eux, afin de ne pas les couper de leurs familles.

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Laurent Perpigna Iban
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