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Mercredi 19 décembre 2018
par Clémence POSTIS
Clémence POSTIS
Journaliste pluri-média Clémence a pigé pour des médias comme NEON Magazine, Ulyces, Le Monde ou encore L'Avis des Bulles. Elle est également podcasteuse culture pour Radiokawa et auteure pour Third Éditions.

Noël représente 6,5% de nos émissions annuelles de CO2. En seulement 3 jours, nous émettons chacun 650 kg de CO2. Au quotidien, j’essaie de limiter mes déchets et ma consommation. Même pleine de bonnes intentions, Noël me semble insurmontable. Mais quel est le bilan écologique de nos cadeaux de Noël ?

Noël. J’adore Noël. Le calendrier de l’avent, le thé aux épices, la énième rediffusion de Sissi Impératrice… Nous avons tous et toutes des doudous de fin d’année. Au risque d’oublier toutes nos valeurs âprement défendues tout au long de l’année !

Si depuis un an j’ai réussi à passer au travers des filets de la surconsommation, malgré « des promotions incroyables !!!! », Noël représente le boss final de 2018. Acheter des énièmes décorations en plastique, des cadeaux neufs et suremballés, gérer la poubelle pleine de papier cadeau… Sans être une militante écologiste aguerrie, je vois bien qu’il y a anguille sous roche.

310 kg de cadeaux

Nous ne sommes pas les seuls à être attachés à Noël au point garder nos œillères à cette période. À l’instar du Black Friday ou des soldes, j’espérais trouver une flopée de rapports et statistiques en tout genre. Que nenni ! L’étude la plus probante que je trouve date de 2007. Vu nos habitudes, si ces chiffres ont changé depuis, c’est certainement vers la hausse.

Des chercheurs du Stockholm Environment Institute ont calculé le bilan carbone de nos fêtes de Noël. 650 kg de CO2 par personne, soit l’équivalent de 162 steaks frites. Ce savant calcul comprend les repas, les trajets, les décorations et bien sûr les cadeaux.

Ces derniers représentent 310 kg de CO2, presque la moitié des émissions totales de Noël. On offre du neuf, du beau, et dans la plus grande quantité possible. N’est-ce pas magnifique un sapin de Noël au pied recouvert de paquet ? Je suis bien d’accord avec vous.

Les cadeaux « ratés » coûtent 80 kg de CO2

Soyons clairs : la simple idée d’offrir à Noël un cadeau d’occasion me glace les sangs. Le marketing est passé par là : je veux bien acheter mon téléphone d’occasion, mais offrir des playmobils non emballés dans du plastique à ma nièce ? Ma sœur me pendra à une guirlande.

Mais tous ces cadeaux pour quoi ? Pour qu’une bonne partie finisse sur les sites de revente. Selon une étude conjointe PriceMinister et OpinionWay 46 % des Français ont déjà revendu un cadeau de Noël ou envisageraient de le faire. Et je les comprends : croyez bien que si j’avais eu un compte eBay à 14 ans, j’aurais revendu à coup sûr ce livre sur les nœuds marins offerts par ma marraine. À vouloir trop offrir, on tombe souvent à côté. Toujours selon l’étude du Stockholm Environment Institute, ne pas offrir des cadeaux « non désirés » permettrait d’économiser 80 kg de CO2 par personne.

Entre le dessert du 24 décembre et l’entrée du 25 décembre 2017, le site eBay France a recensé 100 000 nouvelles petites annonces, soit une hausse de 10 à 20 %. PriceMinister a quant à lui vu fleurir 500 000 propositions de vente, pendant que la catégorie jeux/jouets du site Le Bon Coin faisait un bond de 40 %.

20 000 tonnes de papier cadeau

Et parlons-en de ces jouets : plus d’un jouet est jeté en France par seconde, et ils génèrent chaque année 75 000 tonnes de déchets. Tout ça pour que 7 jouets sur 10 soient utilisés moins de 10 mois.

Je suis déjà en train de paniquer lorsque s’ajoute à ma longue liste de mauvais points le terrible papier cadeau. Selon Éco-Emballage, la production de déchets augmente de 20 % à l’époque de Noël. Les Français utilisent chaque année 20 000 tonnes de papier cadeau, dont une bonne partie est plastifiée : adieu recyclage !

Que faire alors ? Demander à tous les convives de faire attention en déballant les paquets pour le réutiliser une prochaine fois ? C’est une possibilité à envisager, mais qui oserait ? Si vous êtes un lecteur de presse papier, réutiliser vos journaux favoris pour emballer vos cadeaux. Cela leur donnera en plus un côté fish&chips achetés dans la rue, tout à fait charmant.

Le tissu reste la meilleure solution zéro déchet : réutilisable à l’infini sans passer pour un gros radin. Attaché par un joli ruban ou une épingle, le charme est total. Les plus manuels peuvent même se lancer dans un furoshiki. Tout droit venu du japon, il s’agit d’emballer votre cadeau dans un foulard ou un tissu furoshiki (de préférence très coloré) et de multiplier les nœuds artistiques. Quand l’origami et la passion du nœud marin se rencontrent, on peut passer un Noël serein.

Je ne suis pas manuelle, j’ai horreur de faire les magasins, j’ai trois neveux et nièces à satisfaire à Noël et une certaine pression familiale pour ne pas offrir des « cadeaux écolos à la con ». Je suis partie vers Noël pleine de bonne volonté pour être écoresponsable. À quelques jours de fatidique réveillon, que reste-t-il de mes beaux idéaux ? Réponse au prochain épisode.

Ce que j’ai prévu de ne pas faire

• Acheter sur Amazon. Comme nous le verrons dans l’épisode 3, il s’agit autant de préservation de l’environnement que des commerces de proximité. En attendant, je ne peux que vous conseiller le documentaire d’ARTE « L’irrésistible ascension d’Amazon ».
• Acheter des objets neufs. Certainement mon plus gros défi de Noël. Privilégier les cadeaux d’occasion, joliment emballés dans du tissu et dans ces fameuses boîtes en métal de sablés bretons dont je ne sais plus quoi faire.
• Offrir de l’habillement. En France, environ 70 % de nos vêtements sont fabriqués en Asie du Sud-Est, dans des conditions de travail déplorables. En France, nous achetons en moyenne 10 kg de textile par an, qui seront presque tous donnés ou jetés l’année suivante. Sans oublier les 2 700 litres d’eau nécessaires pour un t-shirt. 4 % de l’eau potable dans le monde est utilisé pour la fabrication de nos vêtements : autant éviter le fashion faux pas à Noël.

Si vous vous sentez l’âme d’une Christina Cordula, l’ADEME conseille quelque labels pour vous repérer dans la mode éthique : Ecocert, Nordic écolabel, Demeter… Pour vous guider, regardez également l’étiquette. Mieux vaut éviter le polyester, le polyamide, la viscose, l’acrylique, l’acétate et l’élasthanne. Fabriquées avec des produits chimiques toxiques, ces matières sont nocives pour l’environnement et pour les travailleurs.

la liste des logos confiance

Source : ADEME

Clémence POSTIS
Journaliste pluri-média Clémence a pigé pour des médias comme NEON Magazine, Ulyces, Le Monde ou encore L'Avis des Bulles. Elle est également podcasteuse culture pour Radiokawa et auteure pour Third Éditions.
Retrouvez cet article dans le feuilleton :

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